Affichage des articles dont le libellé est SF. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est SF. Afficher tous les articles

dimanche 17 mars 2013

NdS #18 - "Les Maîtres de maison" - Jack Vance

Pour une fois, je suis à l'heure pour vous présenter la nouvelle du mois en téléchargement gratuit sur le site du Belial ^^

Pourquoi lire cette nouvelle ? 
Une énième exploration de planète, se dit-on en ouvrant le fichier... Mais en fait, il s'agit plus d'une redécouverte de notre planète que de celle de l'étoile BCD-1169. Le débarquement des astrographes fait penser à celui des conquistadores en Amérique dans leurs échanges méfiants avec les indigènes. Le ton de la nouvelle est grave, mais la fin inattendue et savoureuse.


Un personnage ? 
Les extraterrestres, étrangement familiers (ils sont humanoïdes et parlent anglais^^), pour certains hostiles (les Sauvages), pour certains accueillants (le Maîtres de maison), pour d'autres mystérieux et vaguement menaçants (les Serviteurs).

Une scène clé ? 

Lorsque les explorateurs se rendent compte que même s'ils parlent anglais et leur ressemblent, les Maîtres de maison se fichent comme d'une guigne de la Terre ainsi que des us et coutumes de ses habitants^^

Un petit aperçu ?
— Comme vous avez pu le voir, le commandant Emerson et son équipage ont vécu une expérience particulière.
— Particulière ? Ben Heynauld émit un sifflement. Bel euphémisme !
— Mais qu'est-ce que ça signifie ? demanda Pritchard. Ces gens qui parlent anglais !
— Et qui ignorent tout de la Terre !
— Emerson et moi avons formulé une hypothèse, reprit Caffridge de sa voix sans timbre. Nous étions mystifiés aussi. Qui sont les Maîtres de maison ? Comment peuvent-ils parler une langue terrienne et tout ignorer de notre planète ? Comment contrôlent-ils leurs serviteurs, ces épouvantables créatures qu'on ne distingue que sous la forme d'ombres et de lumières ?

Où trouver la nouvelle ? 

À télécharger ou à lire gratuitement sur le site du Belial durant tout le mois de mars 2013.
M.

vendredi 18 janvier 2013

Anthologie des Utopiales 2012

Titre : Utopiales 12

Auteurs : Neil Gaiman, Robert Charles Wilson, Pierre Bordage, Ayerdhal, Nancy Kress, Tommaso Pincio, Claude Ecken, Laurence Suhner, Sara Doke et le concerto à quatre mains de Laurent Queyssi et Xavier Mauméjean.

Éditeur : ActuSF


289 pages - 14 euros

Illustration de Nicolas Fructus
Quatrième de couverture :
Et si les extraterrestres nous observaient la nuit ? Et si l’on pouvait se concentrer à l’extrême sur un seul sujet ? Ou connaître tout notre avenir depuis l’enfance ? Ou bien avoir des rendez-vous réguliers avec un visiteur du futur ? Et si on pouvait désinventer des inventions ?
L’anthologie officielle des Utopiales rassemble des auteurs importants de l’imaginaire mondial et francophone et rend, cette année, un hommage à Roland C. Wagner.

Mon avis :
Dans l'ensemble, une anthologie intrigante et plaisante à lire. J'ai cependant eu du mal à relier les textes au thème annoncé dans la préface : "Origines".

*Mon coup de cœur va à la dernière nouvelle de l'anthologie, "RCW" d'Ayerdhal, une incursion dans l'univers de Tem, le célèbre détective au borsalino vert fluo créé par Roland C. Wagner. Ayerdhal rend hommage à l'auteur décédé en 2012 à travers un texte loufoque,  riche en rebondissements et bourré de clins d'œil à l'oeuvre de Roland C. Wagner. Tem se réveille amnésique, mais doit pourtant mener une enquête sur un mystérieux groupe terroriste littéraire : la FN ou Fiction Nationale.

*Dans "L'Observatrice" de R.C. Wilson, une adolescente est confrontée à une forme de vie extra-terrestre qu'elle pourra peut-être apprivoiser grâce à l'aide d'un grand astronome. Un texte où le mystère et sa résolution sont amenés par petites touches, à la fois inquiétant et mystérieux.

*"La Finale" de Nacy Kress nous présente Jeff, un héros entraîné malgré lui dans les travaux scientifiques d'un ancien camarade de classe sur la concentration et l'élimination des pensées parasites. Une nouvelle sur laquelle plane un danger dont on ne sait d'où il va venir, jusqu'à la fin, implacable.

*Dans "La Chose du lac" de Laurence Suhner, on assiste à une double enquête sur un mystérieux voleur de bijoux et une bête assoiffée de sang dans le lac Léman. Le ton suranné nous plonge avec réussite dans l'atmosphère de l'Entre-deux-guerres.

*"Et pleurer comme Alexandre" de Neil Gaiman nous présente un désinventeur qui raconte son parcours au public incrédule d'un bar. Une nouvelle drôlatique et efficace.

*"La fin de Léthé" de Claude Ecken nous transporte dans une chambre d'höpital, où, jour après jour, Claire attend avec appréhension la visite du voyageur du futur qui tient à lui révéler tout de sa vie à venir. Le concept tient en haleine jusqu'à une chute poignante.

*"En attendant demain" de Laurant Queyssi et Xavier Mauméjean est une nouvelle atypique et surprenante. Pour le héros, le futur semble déjà écrit et pourtant, on en vient à souhaiter que ce n'est qu'un malaise passager de sa part. Une chute émouvante.

Les Utopiales 2012, un bon cru, donc ^^
M.

dimanche 16 décembre 2012

Borders, anthologie dirigée par Charlotte Bousquet


Anecdote : La thématique très intéressante de cette antho et la taille, relativement courte, des nouvelles m'a tout de suite séduite. Ne me restait plus qu'à trouver le temps de lire et d'écrire ce billet (le deuxième point m'ayant demandé, comme souvent, beaucoup plus de temps que le premier).


Titre : Borders


 


Auteurs : Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy – Ambre Dubois

Éditeur : CDS

Nombre de pages : 105

Prix : 8 €

Couverture : Patrick Imbert

Quatrième de couverture :
Il y a toujours un choix, quelle que soit la nature de la frontière, même s'il n'est pas toujours fait par celui qui le subit. Est-ce qu'être un homme ou pas, finalement, ne résumerait pas simplement à cela ? (Hélène Ramdani)

Sirènes, manipulations génétiques, enclaves entre les mondes et les hommes… Borders, ce sont dix nouvelles sur les seuils et les passages, sur les frontières entre le même et l'autre, entre les hommes et entre les genres…

Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy et Ambre Dubois ont prêté leur plume à cette anthologie dont les droits sont entièrement reversés à RESF.

Oserez-vous, avec eux, la traversée des frontières ?


Mon avis : 

Cette petite anthologie est une petite merveille mêlant très justement puissance et poésie. *quelques petites fautes de mise en pages*

"Celle qui n'a pas lieu d'être", de Li-Cam, est un texte fort, en demi-teinte, à la narratrice poignante dans son mal-être. Clara est 'née sans frontière', une belle formule pour dire qu'elle a l'esprit entre deux mondes et qu'elle n'appartient ni vraiment à l'un, ni vraiment à l'autre. Cette impression de non-appartenance est rendue avec une plume précise et sensible qui dévoile ce texte, mélange d'espoir et de mélancolie. Une très belle ouverture pour cette anthologie.

Sophie Dabat nous plonge dans les brumes de Bretagne et dans ses légendes. Avec "La cave à Margot" elle entraîne le lecteur à la poursuite de fantômes, d'hommes, femmes ou enfants oubliés du monde qui n'aspirent qu'à passer de l'autre côté, même s'ils ne savent pas vraiment ce qui s'y trouve.

"Change de ciel tu changeras d'étoile" Marie-Anne Cleden est une nouvelle plus longue est posée que les autres. C'est peut-être ce qui m'a empêché de véritablement rentrer dedans. Le style très visuel est au service d'une histoire étrange, celle d'une jeune femme cherchant son frère dans la frontière entre les mondes. Une bonne nouvelle mais qui ne possède pas le côté percutant des autres.

"Ce que l'homme croit" de David Bry est au premier abord une nouvelle assez classique. Un homme demande, soir après soir à un mage de lui montrer le fantôme de son aimée. Et soir après soir, le mage s'exécute. Toute la beauté de la nouvelle repose sur sa chute, une réflexion mélancolique sur le besoin de l'homme à croire en certaines choses, même si, au fond de lui, il sait qu'il se trompe.

Laurent Gidon signe avec "Les intrusions granuleuses" la nouvelle la plus équilibrée d'un point de vu stylistique. Ici, pas de narration, juste un dialogue entre deux personnes dans un univers de science-fiction. Les paroles s'enchaînent, nous dévoilent un univers étrange où les hommes vivent dans leurs rêves. Jusqu'au couac, au grain de sable dans la machine. La maîtrise du dialogue, la manière dont les mots se suivent pour persuader l'autre, est un vrai régal.

"Et les souvenirs glissèrent vers l'océan" de Tepthida Hay parle d'amour et de sacrifices. C'est une belle nouvelle, émouvante et poignante mais peut-être un peu trop lancinante au point que je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans cet univers.

"Les terres du roi sombre" d'Ambre Dubois nous entraînent dans Londres au XIXe siècle, ville emplie de brumes et de mystères. Un homme qui se plaît à maltraiter les femmes qu'il courtise va rentrer sur les terres du roi sombres, il en ressortira changé pour son plus grand malheur. La thématique de la frontière est traitée d'une manière qui m'a semblé un peu plus simple que dans les autres textes et j'en ai trouvé l'intrigue et sa chute un peu fades, peut-être trop moralisatrices à mon goût.

"Eux plutôt que moi" de Franck Ferric est une pépite de justesse et de sensibilité. C'est l'histoire d'un homme qui garde une porte, symbole de la frontière entre un monde et un autre. Je ne peux en dire plus pour ne pas gâcher la "surprise" mais, quand j'ai découvert où se trouvait cet homme, je me suis pris une claque et, ensuite, j'ai continué de lire le texte avec de l'admiration dans les yeux. Il y a de la justesse, dans ce texte mais toute sa force vient du personnage, terrible et pathétique en même temps. Un régal à la lecture.

"La maison" de Yael Assia est aussi un coup de cœur. Courte, percutante, puissante dans les émotions qu'elle m'a fait ressentir, cette nouvelle est à la fois touchante et dérangeante. À travers l'histoire d'une famille à la recherche d'un foyer, Yael Assia montre que même des personnes en marge du monde peuvent avoir des désirs humains.

Après la lecture des deux dernières nouvelles, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans "L'enclave" de Fabien Clavel. Étrange monde, étranges personnages, étrange atmosphère, je n'ai pas bien compris le décor de l'intrigue. Puis, je me suis laissée emporter (sur cet océan sombre qui s'épare l'île de départ d'un monde en périphérie où vivent les exilés) et, si le début fut ardu, la suite me montra que j'ai bien fait de persévérer dans ma lecture. Toute la puissance de Fabien Clavel est de jouer sur le côté attendu de sa chute pour la sublimé prouvant que même les fins les plus attendues peuvent être grandioses. Et je salue l'anthologiste d'avoir choisi ce texte pour clore cette anthologie.

Le petit plus : la taille réduite des textes qui en fait, pour la plupart d'entre eux, un concentré de puissance évocatrice et de sensibilité.


I.

mardi 20 novembre 2012

Quartier Bleu - François Darnaudet

Anecdote : Parler de la collection 'novella SF', pour le mois de la novella, sans parler d'un de leur texte serait, à mon avis criminel (d'autant plus que la collection donne, à la novella, un angle intéressant : comment ancrer une intrigue dans un univers étranger au lecteur sans trop devoir le développer ?). Quartier bleu, en est un parfait exemple et permet au lecteur de saisir toute la subtilité de la novella qui sait en dévoiler assez sans jamais trop en dire. 


 

 Titre : Quartier bleu

Auteur : François Darnaudet

Éditeur : Éditions du Rocher (collection : novella SF)

Nombre de pages : 123

Prix : 12,90 €

Couverture : Thierry Dubreil

Quatrième de couverture : En 2044, le cimetière du Père-Lachaise est devenu un ghetto africain, le Quartier bleu où les plus belles blacks de la ville racolent, à moitié nues, au milieu des tombes et des mausolées dans une lumière d'halogènes bleutés. La police y est assurée par un corps d'élite ultra-violent, les kamis, des auxiliaires maoris recrutés par un ancien ministre gaulliste.
Mais depuis quelques temps, des cadres supérieurs se font exploser en compagnie des prostituées. Le détective Frantz Keller, un ancien copse parisien, est chargé par une veuve pulpeuse d'enquêter sur l'un de ces suicides. Pour Keller, il est temps de pénétrer les mystères et les envoûtements du Quartier bleu…

Mon avis : Pas spécialement friande de SF, je me suis mise à lire cette novella comme il m'arrive souvent de le faire avec la SF, un peu par hasard. Et, comme souvent, ça m'a permis de faire une jolie découverte.

La quatrième de couverture résume parfaitement l'intrigue : une enquête policière digne d'un roman noir, le tout dans un univers de SF bien campé avec des clins d'œil amusants à notre époque (les noms des stations de métro sont savoureux). Le style est vif, prenant, sans concession et l'histoire qu'on suit l'est tout autant. Une SF désabusée dans un monde où règne la règle du chacun-pour-soi.

Le petit plus : l'ambiance du Quartier bleu, sexuelle, moite et terrible.


I.

jeudi 18 octobre 2012

Des nouvelles de Ta-Shima


Anecdote : Lorsqu'on m'a parlé de ce recueil, pour la première fois, je me suis dit, mouais, bof. J'ai appris qu'Adriana Lorusso avait écrit deux romans, se situant dans cet univers, publiés par Bragelonne et, en général, les romans de Bragelonne me plaisent rarement. Du coup, j'ai ouvert le livre avec un a priori plutôt négatif en me disant que, de toute manière, je n'étais pas obligée de tout lire. Et, une fois encore, le dieu des lecteurs (parce qu'il y en a un, si, si, croix de bois, croix de fer…) m'a encore montré que je pouvais faire un petit tas avec mes a priori et aller le brûler dans un coin (ça c'est la version gentille, l'autre est un peu plus douloureuse).

 

 


Titre : Des nouvelles de Ta-Shima

Auteur :
Adriana Lorusso

Éditeur : Ad Astra

Nombre de pages :
224

Prix : 13 €

Illustration :
Laurent Guillet

Quatrième de couverture : Ta-Shima, planète fascinante. Suite à sa colonisation accidentelle par les humains - les premiers d'entre eux étaient des fugitifs - et à leur cohabitation forcée avec la mortelle faune locale, Ta-Shima, au fil des âges, devient le centre d'enjeux politiques, humains, où se joue le destin de deux communautés, étroitement liées : les Asix et les Shiro. Avec, en toile de fond, l'ombre de la toute-puissante Fédération interstellaire...

Mon avis :

Des nouvelles de Ta-Shima nous entraînent sur une étrange planète, loin au-delà de notre système solaire (d'ailleurs, je me demande si la capitale de la Fédération est bien liée à notre Terre ou si je me suis totalement fourvoyée (mais là n'est pas la question)). On y verra aussi bien des autochtones, des immigrés ou des nouveaux venus qui découvrent cet univers pour la première fois et c'est avec plaisir que je me suis laissé guider par l'écriture d'Adrianna Lorusso, portée par ses images.

Je ne partage pas entièrement l'avis de l'éditeur à propos de la violence et de l'âpreté des nouvelles (le côté sans concession, par contre, je l'ai bien ressenti : l'auteur ne ménage pas ses personnages et encore moins ses lecteurs). J'ai trouvé que l'ensemble des textes oscillait entre une sourde mélancolie et une note d'espoir qui souhaite éclater ; c'est une tension très forte, perceptible à chaque nouvelle, qui offre au recueil un équilibre qui m'a beaucoup touché.

Le recueil s'ouvre avec "L'homme d'au-delà du soleil". On y suit les péripéties de N'Tari capitaine d'astronef qui perd son titre et son vaisseau suite à l'explosion d'un des moteurs de l'appareil. Obligé de retrouver sa concubine Asix (l'un des peuples de Ta-Shima) sur Ta-Shima, il doit également se soumettre à la vie de clan des Asix. À travers les péripéties qu'il rencontre, le lecteur découvre à la fois la planète et sa société. N'Tari va devoir apprendre à s'intégrer au clan de sa compagne, se comporter et vivre en Asix pour être accepté parmi eux. C'est ce dernier point qui est très fort. Adriana Lorusso introduit son univers à petites touches, sans perturber le lecteur. C'est une nouvelle qui permet de découvrir Ta-Shima mais aussi de réfléchir sur les relations entre les peuples qui y vivent et les autres, qui y viennent pour le commerce. Le message de tolérance qui coule le long de cette nouvelle se mêle à une réflexion sur l'être et le paraître qui m'a tout de suite plu.

"Mutation spontanée" est une nouvelle qui nous entraîne à l'intérieur des terres de Ta-Shima. Frey et son frère, Dic, deux jeunes Asix viennent d'être mutés dans une maison de vie pour y apporter de l'aide et subir divers tests. Cette fois, la société se dévoile de l'intérieur. Lire le quotidien de deux jeunes Asix permet une immersion un peu plus profonde. On en apprend ainsi un peu plus sur la relation entre Asix et Shiro, sur leur rôle respectif et sur leur manière de vivre (ensemble puis chacun de leur côté). Ce qui m'a plu, dans ce texte, c'est le contraste entre le paysage et le ton parfois bucolique et l'intrigue. L'atmosphère a anesthésié mon côté tatillon et je n'ai pas prêté attention à la force du fond, jusqu'à la fin qui m'a heurté de plein fouet.

Avec "Miséricorde et Pénitence", on quitte Ta-Shima pour aller s'intéresser à Neudachren, capitale de la Fédération, et à la religion qui s'y est développée sous le nom du Temple. Miséricorde est un moine, orphelin, ni meilleur ni pire que la plupart d'entre eux mais sa ressemblance avec les Asix le conduit à devenir missionnaire sur Ta-Shima. Une fois arrivé, il s'aperçoit que le Temple utilise la famine qui s'étend sur la planète pour échanger des heures de cours religieux contre de la nourriture. C'est à ce moment que le personnage de Miséricorde prend toute son ampleur et je m'y suis très rapidement attaché. Sa naïveté oblige le lecteur à s'interroger sur la mission du Temple (assez classique dans son développement) mais aussi sur le caractère des Ta-Shimoda. Avec le recul, je m'aperçois que la nouvelle marque un vrai tournant dans le récit : on commence enfin à cerner les interactions entre Asix et Shiros mais aussi entre Ta-Shimoda et citoyens de la Fédération et les nouvelles qui suivent nous entraînent doucement vers la fin, inéluctable, de la dernière nouvelle.

"Les Asix font du tourisme" est une nouvelle à l'apparence plus légère que la précédente. Un groupe d'Asix travaillant sur un astronef fait escale à Neudachren puisqu'ils n'a rien d'autre à faire (j'aime la mentalité des Asix, elle est savoureuse). À partir de là, les situations s'enchaînent, rocambolesques et loufoques. Mais toute la beauté et la force de ce texte résident dans sa fin, celle où on voit les Asix redevenir eux même en rentrant sur leur planète. Et là, la cruauté sous-jacente dévoilée légèrement dans les nouvelles précédentes explose.

Avec "L'animal de compagnie", Adriana Lorusso nous entraîne, une fois encore, sur les traces d'un Asix : Yann n'a jamais été très doué à l'école mais il a un don avec les animaux. Aussi, lorsqu'il se voit affecté à un des plus grands élevages de Ta-Shima, c'est comme un rêve qui se réalise. Mais à force de rester proche des animaux, Yann s'éloigne de ses compagnons. Cette nouvelle forme une sorte de parenthèse avec l'ensemble du recueil. "Une sorte" seulement parce que l'auteur nous entraîne encore sur les traces de la psychologie Asix et de la relation qu'a ce peuple avec Ta-Shima. La relation entre Yann et son animal de compagnie peut être vue comme une métaphore de la relation Shiro/Asix et là est toute la force de la nouvelle : elle n'est qu'un reflet de ce qui va arriver dans le texte suivant.

Comme son nom l'indique, "La fin du monde" va nous montrer la fin d'un monde mais, jusqu'à la toute fin de la nouvelle je n'ai pas bien compris de quoi il était question. Parce que l'écriture d'Adriana Lorusso est subtile et elle prouve une nouvelle fois son habileté à jouer avec sa plume. Tantôt évidente tantôt pleine de mystère, cette dernière nouvelle m'a bouleversé. Nous n'assistons pas seulement à la fin d'un monde mais aussi à la fin d'une aventure. C'est ici que se termine notre chemin aux côtés des Asix et des Shiros, c'est ici aussi qu'on s'aperçoit de la méticulosité de l'auteur et de l'éditeur, de ma manière dont ils ont tissé doucement leur toile. Ce sont des adieux que nous font les personnages et chacune des nouvelles n'a servi qu'à nous mener vers ce point.

Le petit plus : cette perfection dans le déroulement des nouvelles et dans la manière de jouer avec les émotions (et des personnages et des lecteurs). Tout cela atteste que, décidément, Ad Astra est une maison d'édition à suivre assidûment !

dimanche 7 octobre 2012

NdS # 5



Chimères ! – Ugo Bellagamba

Pour cette première Nouvelle de la Semaine du mois d'octobre, proclamé par nos soins mois de la novella, voici évidemment la critique d'une petite novella.

Bifrost est une revue dont la qualité littéraire n’est plus à démontrer. À force d’en entendre parler, j’avais acheté un numéro au hasard (le n°36) dans lequel j’ai découvert Ugo Bellagamba à travers sa nouvelle “Chimères !”. Depuis, je suis fan de l’auteur, et tout ce que j’ai pu lire de lui me confirme dans cette voie.

Pitch : Sur Artémis, une planète foisonnant de monstres mortels, les habitants doivent se protéger à l’aide de gardes du corps mi-hommes, mi-animaux, les métas. On suit l’évolution de ce groupe durant trois générations d’héroïnes.

Pourquoi la lire ?
Pour sa force d’évocation, puissante, pour ses personnages justes et touchants, pour son univers dense, dont sont évoquées les dimensions quotidiennes, politiques et scientifiques, pour l’écriture douce et sensible, pour l’histoire forte, dramatique.

Une scène clé : Les scènes d’attaque des monstres d’Artémis, palpitantes.

Un personnage : Les trois héroïnes et leurs métas sont toutes très attachantes à leur manière.

Un petit aperçu ? : 
"Alors qu’elle roulait, écrasée de fatigue, de peur, de tristesse et de dégoût envers elle-même, alors que chaque feuille bruissait pour mieux lui signifier sa petitesse et lui rappeler le prix sanglant de ses certitudes, pas une fois Martha ne regarda derrière elle. Elle ne savait que trop ce qu’elle aurait vu : un sourire sauvage et cruel, celui d’Artémis qui se moquait des idéologies et des technologies d’une humanité grevée d’une arrogance à la mesure de sa fragilité."

Où trouver la nouvelle ? : Dans le Bifrost 36, à commander sur le site du Belial ou à trouver d’occasion à la librairie Scylla à Paris (par exemple).



M.

vendredi 5 octobre 2012

Crépuscules - Thierry Di Rollo

Anecdote : J'ai découvert Thierry di Rollo grâce aux Trois reliques d'Orvil Fisher que j'ai acheté parce que j'ai trouvé la couverture vraiment magnifique et je n'ai jamais regretté cette impulsion. Depuis, je me noie dans l'univers sombre de cet auteur avec grand plaisir.


Titre : Crépuscules

Auteur : Thierry di Rollo

Éditeur : actusf (collection les 3 souhaits)

Nombre de pages : 108

Prix : 8 €

Illustration : Lasth

Quatrième de couverture : Thierry Di Rollo est l’une des voix les plus passionnantes de la science-fiction en France. Chacune de ses histoires possède une force peu commune avec une poésie du désespoir effroyablement belle. Si ses univers sont noirs, c’est pour mieux dénoncer la folie humaine et tous les abus de notre société.

En six nouvelles, il nous entraîne dans des futurs qui déchantent et qui interpellent. Vous visiterez les mines de la planète Loren III, découvrirez d’étranges hippopotames chercheurs d’or, assisterez à des crucifixions puis, dans un autre récit, à l’étrange résurrection de cadavres...

Des textes superbes dans lesquels la mort n’est présente que pour mieux célébrer la vie.
Né en 1959 à Lyon, Thierry Di Rollo est l’auteur de plusieurs romans, dont La Lumière des Morts, La Profondeur des tombes et Le Syndrome de l’éléphant. Après Cendres, Crépuscules est son deuxième recueil chez Actusf.

Mon avis : Ce court recueil est une petite merveille. J'y ai retrouvé tout ce que j'avais aimé chez Orvil Fisher et plus encore. Les six nouvelles qui la composent possèdent chacune leur souffle propre mais on retrouve en filigrane un sentiment de mal-être, un côté sombre qui agit comme un fil rouge sur l'ensemble du recueil. Les textes sont sans espoir, lents parfois, durs et terribles souvent, et possèdent cette force évocatrice qui permet au lecteur de sentir le texte, de l'absorber et d'avoir, une heure, un jour, un mois après la lecture, cet arrière-goût particulier sur l'esprit qui donne envie de replonger dans les univers de Thierry di Rollo.

Avec Éléphants bleus, la première nouvelle, on découvre l'auteur de SF, celui qui peint la noirceur des mondes et donne aux animaux de la savane une place prépondérante. J'avais aimé les descriptions des girafes dans Les trois reliques d'Orvil Fisher, j'ai retrouvé ici la même magie dans celles des éléphants bleus. Mais il ne faut pas s'y tromper, la nouvelle n'est pas centrée sur eux. On suit ici une enquête sur Loren III, planète minière sur laquelle des mineurs meurent de manière étrange. Les mines et les entrepôts emplis de travailleurs offrent un décor poussiéreux, une atmosphère suffocante. L'intrigue autour de la mort de mineurs et leur relation avec d'étranges oiseaux est palpitante et la fin, touchée par une légère mélancolie m'a beaucoup touchée.

On reste dans le même univers (mais sur une autre planète) avec Hippo ! qui nous fait suivre le développement d'une nouvelle IA à l'apparence d'hippopotame qui permet d'aller fouiller le fond des fleuves à la recherche de l'or enfouit dans la vase.
L'ambiance est un peu moins forte que dans la nouvelle précédente mais la nouvelle est plus rythmée. C'est tout aussi agréable à lire et l'idée d'IA en forme d'hippopotames parfaitement justifiée et gagatisante pour quelqu'un qui, comme moi, aime ces espèces de grosses bêtes.  


Seconde mort m'a laissé un goût étrange sur les lèvres. J'ai été surprise de revenir au fantastique après mon intrusion dans la SF de Thierry di Rollo aussi j'ai eu un peu de mal à entrer dans la nouvelle mais rapidement, les personnages se sont imposés à moi et je me suis laissée emporter. Seconde mort c'est une histoire d'amour et de foi (pas religieuse, non, mystérieuse plutôt, celle qui vous fait voir au-delà du mur des réalités). C'est un texte assez étrange, parfois saccadé au début mais qui prend son envole petit à petit jusqu'à cette superbe dernière phrase que j'ai lue et relue à haute voix, comme une prière pour le personnage.


Un dernier sourire est la nouvelle que j'ai préférée du recueil. Elle est courte, puissante et très évocatrice. Je ne peux en dire trop pour ne pas spoiler tellement elle condense toutes les informations en un seul poing qu'elle vous envoie à la figure par la suite. La thématique peut paraître classique mais j'ai trouvé là une vision intéressante de l'âme humaine et de la notion de monstre.

La ville où la mort n'existait pas est, pour moi, une sorte de parenthèse, comme un souffle dans le recueil, pour mieux amener la dernière nouvelle. Il est question, ici, d'une histoire à rebours qui commence le réveil dans un cercueil et la transformation, progressive, du mort en vivant. La réflexion sur les changements incontrôlables et sur les réactions qu'ils entraînement est intéressante à suivre et le texte coule, fluide, au rythme de cette évolution à contre-courant.

La dernière nouvelle clôt avec brio ce court recueil. Tournée autour de la religion et la crucifixion, Le crépuscule des dieux est un texte tout en nuances et en mystère. Je n'ai pas tout compris à la première lecture et je pense que même après deux relectures, je n'en ai pas saisi toutes les subtilités. Cela ne m'a pas empêché de profiter de la fluidité et de l'atmosphère oppressante qui règne ici. Il y a une poésie certaine qui se dégage des dialogues et des réflexions des personnages et même si je suis passée à côté du sens profond de ce texte, il n'a pas atténué mon plaisir de lectrice ni par rapport à la nouvelle, ni par rapport à l'ensemble du recueil.

I.

mercredi 3 octobre 2012

Le Serpent d'Angoisse - Roland C. Wagner

Première novella chroniquée pour ce mois de la novella ! En passant, hommages à l'auteur mort dans un accident de voiture cet été... 

Titre : Le Serpent d’angoisse 
Auteur : Roland C. Wagner 
Editeur : Actu SF 
Nombre de pages : 85

 


Quatrième de couverture : 

“Grâce au semen of gods, riches et puissants peuvent désormais vivre leurs fantasmes les plus fous au sein de réalités virtuelles créées par un groupe de télépathes. Tout serait parfait dans ce paradis artificiel si un élément incontrôlable ne parvenait à s’immiscer dans les séquences mentales et à tuer les clients de la Telepathic Trips Organization, qui exploite la psychosphère. 

Au dehors, la révolte gronde. Le peuple prend les armes contre les élites avec un seul mot d’ordre : 
« Destroy The American Dream ! » 
Avec derrière lui une cinquantaine de romans, Roland C. Wagner est l’une des voix majeures de la science-fiction française. Véritable choc psychopunk, Le Serpent d’angoisse conte les prémisses de sa série la plus connue : Les Futurs Mystères de Paris. Vingt ans après sa parution et son prix Rosny aîné 1988, le voici enfin de nouveau disponible.” 

Mon avis :  

Les nombreux points de vue sont déroutants au début, mais les fils d’intrigue se rejoignent assez vite et l’histoire devient palpitante. L’alternance de scènes courtes, qui accélère le rythme, et le style très fluide m’ont poussé à dévorer l’ensemble. Le potentiel de la psychosphère, dans laquelle se retrouvent les esprits des télépathes et de ceux qu’ils y transportent, est exploré sous diverses facettes et ne m’a pas laissée sur ma faim. Enfin, j’ai beaucoup aimé la conclusion, à laquelle je ne m’attendais pas et qui est aussi philosophique que poétique. 

Un petit extrait p. 32 (une définition de la psychosphère selon un des personnages principaux) : 

“(…) j’étais moi-même demeuré bloqué dans cette « psychosphère » au sujet de laquelle les explications de Brian ne m’avaient guère éclairé. Univers parallèle ? Pure illusion ? Savant mélange des deux – comme par exemple une vacuole située sur un plan différent ? Je penchais pour une manière de monde abstrait, où la notion d’illusion elle-même se montrait illusoire – en ce sens qu’elle pouvait exister en tant que telle et devenait dès lors une para-réalité.”

Le petit plus : L’interview de l’auteur à la fin qui revient sur le parcours de sa novella, publiée originellement au Fleuve Noir en 1985. Trente ans plus tard, elle est disponible sous format numérique ! (c'est d'ailleurs sous ce format que je l'ai lue)

M.

vendredi 14 septembre 2012

Destination Univers - J.-A Debats et J.-C. Dunyach


Titre : Destination Univers

Anthologistes : J.-A Debats et J.-C. Dunyach

Auteurs : A. Boulanger, C. Deiana, A. Fakhouri; O.Gechter, T. Geha, L. Genefort, A. Ligier et O. Paquet.

Editeur : Griffe d'Encre

Nombre de pages : 240




Quatrième de couverture : 
Qui n'a pas rêvé des étoiles ?

Franchir le seuil de la lumière, foncer dans l’hyperespace par des chemins secrets, filer au cœur des astres mourants, plonger dans la chevelure des nébuleuses et s'aveugler à la lumière des supernovae ; rêver parce que le ciel au-dessus de nous est à la fois fascinant et irrésistible.

Mais la navette Atlantis a atterri et ne repartira plus, le ciel nous est désormais fermé.

Huit auteurs ne se sont pas résignés, ils ont pris leur envol dans cette anthologie. Ils nous ont chanté les planètes lointaines et les océans spatiaux, les stations orbitales et les vaisseaux rutilants sous des étoiles inconnues. Ils ont peuplé l'univers immense de dangers incommensurables, d'aventuriers exceptionnels, d’intelligences artificielles, de civilisations oubliées et de trésors fabuleux .

Parce que, même si le ciel nous est fermé, il nous reste le rêve.

Et qu’on ne rêve jamais assez. 

L'avis du critique :
Pour le festival Zone Franche 2012, le thème de l’anthologie était résolument SF : Destination Univers. J.-A Debats et J.-C. Dunyach nous embarquent pour huit voyages interstellaires. Voici ceux qui m’ont le plus séduite.

Pour moi déjà, deux vaisseaux spatiaux se détachent de la flotte :
* “Évaporation et sublimation” d’Anthony Khellendros. Des oiseaux de lumières naissent des étoiles et affrontent le néant, au détriment des hommes. L’auteur nous emmène dans une cosmogonie de son cru : un souffle épique particulier court ainsi tout au long du texte le texte. Le destin emmène les créatures de feu et les hommes dans une danse meurtrière dont on guette l’issue avec avidité.

* “Les Dieux bruyants” de Laurent Genefort. Difficile d’être objective alors que les héros ont des tentacules et que j’adore tout récit comportant des tentacules. Dès le début du texte, l’auteur nous plonge dans un univers très riche. On navigue dans une langue néologique, riche et musicale, très évocatrice. Une histoire de chocs de cultures, vraiment réussie.

En plus de ces deux coups de cœur, j’aimerais signaler les nouvelles suivantes :
* “Le Bal des méduses” de Celia Deiana. Le ton enfantin est très réussi, ainsi que les transcriptions des pensées du héros. La fin m’a beaucoup plu, elle est très poétique et coule de source.

* “Le Marathon des Trois Lunes” d’Aurélie Ligier. Il s’agit d’un récit de course meurtrière dans la veine de “Marche ou Crève”, très sombre mais fluide et prenant.

* “Le Khan Mergen” d’Olivier Paquet. Ce texte confronte un monde encore réfractaire à la technologie à un vaisseau ultra-moderne. Les deux univers peuvent-ils se rencontrer ? Deux choses en particulier m’ont plu : les descriptions de la ville mongole et du vaisseau.

Le petit plus du livre : La griffouille (mascotte-chat) qui scrute les étoiles par son télescope au début du livre. 

M.

mercredi 12 septembre 2012

Les Créateurs - Thomas Geha

Anecdote : À sa sortie, j'ai entendu beaucoup de bien sur ce recueil sans vraiment me décider à mettre la main dessus. Quand je l'ai vu en librairie, j'ai craqué sur la couverture (une habitude que j'ai souvent). 



Titre : Les créateurs

Auteur : Thomas Geha

Éditeur : Critic

Nombre de pages : 139

Prix : 13 €

Illustration : Laurent Guillet

Quatrième de couverture : Il était une fois rien du tout. Il était une fois six histoires où des hommes et des femmes se trouvent confrontés à des situations improbables, quoiqu'étrangement familières. Et si vous pouviez faire revivre un être disparu ? Et si votre rêve le plus fou pouvait se réaliser ? Et si votre vie était factice ? Et si l'amour n'était qu'un éternel recommencement ? Et si... Voulons-nous vraiment connaître le jardin secret des personnes que l'on aime ? Quel prix sommes-nous prêts à payer pour le découvrir ? Toutes les vies animées au coeur de ces pages e participent à la création d'univers originaux ou alternatifs, proches du nôtre ou éloignés, réalistes ou fantasmagoriques. Mais tous ces univers, tous ces personnages introduisent les mêmes questions essentielles : qui sommes- nous et d'où venons-nous ? Qui donc se cache derrière nos existences et nos destins ? Les nouvelles composant ce recueil ne tentent pas de répondre à ces questions, elles les explorent avec toujours la même ambition : découvrir qui nous sommes au travers de notre humanité.

Mon avis : J'ai découvert la plume de Thomas Geha grâce à l'anthologie Reines et Dragons de Mnémos et j'ai été conquise par sa manière de peindre les décors comme les personnages. Je me suis demandée, comme souvent lorsque j'entame la lecture d'un recueil, si l'auteur est capable de créer une ambiance différente pour chaque nouvelle, s'il peut apposer sa patte sans être répétitif, et j'ai été enchantée de découvrir que Thomas Geha n'en est pas seulement capable mais qu'en plus, il maîtrise l'exercice avec brio.

Le recueil s'ouvre avec La voix de monsieur Ambrose et nous propulse dans un Paris du XIXe siècle, dans l'univers des théâtres de la capitale, de ses acteurs, de ses gloires éphémères. Dans cette nouvelle, le mythe du pacte (diabolique ? divin ? mystique sans aucun doute) se mêle habillement à la vie de Monsieur Ambrose, acteur sur le déclin. Ce que j'ai aimé par-dessus tout c'est le décor, la voix – je m'autorise le petit jeu de mots – du narrateur, particulière, puissante, qui colle tellement au personnage et à l'époque que je me suis laissée emporter. Le Paris du XIXe est parfaitement rendu avec quelques références savoureuses. Le rythme lancinant par moment, comme le personnage, a donné à ma lecture une impression d'entêtement et je l'ai terminée comme on sort d'un rêve.

À cause de l'atmosphère particulière de la voix de monsieur Ambrose, j'ai mis un peu plus de temps à renter dans celle de Là-bas. Cependant, les descriptions de Prague ont ravivé de vieux souvenirs et j'ai pris plaisir à retrouver cette ville et à suivre les aventures parallèles d'Elena et Hélène. L'histoire est classique mais bien menée et l'écriture toujours aussi agréable m'a fait plonger dans ce texte comme d'autres plongent dans la Vltava.

Copeaux est, avec Dans les jardins, ma nouvelle préférée. Pas vraiment de fantastique ici, juste une ferme perdue dans la campagne bretonne, une petite famille, le grand-père, la grand-mère et la petite-fille et la présence lourde et oppressante de la fête de Noël.
Je crois que ce que j'ai aimé, ici, ce sont les sentiments retenus, ces non-dits qui enflent et enflent et enflent jusqu'à éclater en apothéose. Je ne sais pas comment décrire cette sensation. Je souhaiterai simplement remercier Thomas Geha d'avoir si bien rendu l'amour pudique entre un grand-père et sa petite-fille.

Comme avec Là-bas, la nouvelle qui précède Bris m'a trop touché pour que je puisse rentrer facilement dans celle-ci. D'ailleurs, l'atmosphère SF qui plane dans cette nouvelle m'a trop troublée et j'en suis ressortie avec une impression mitigée. J'ai trouvé la chute un peu trop tordue, moins sensible que celle des nouvelles précédentes et pourtant, j'ai trouvé le début un peu halluciné très prenant mais par la suite, l'hallucination s'est dissipée et les explications ne m'ont pas convaincue.

Dans les jardins est mon second coup de cœur du recueil. J'y ai trouvé la même sensibilité que dans Copeaux, les mêmes décors bretons, les mêmes histoires de p'tits vieux. Je ne saurai bien résumer cette nouvelle. C'est une histoire d'amour entre un homme et son jardin, un jardin qu'il redresse, dont il s'occupe jour après jour, qui va devenir le centre de sa vie et qui va l'aider à y reprendre goût. Ici encore, cette sensibilité dans l'écriture et les personnages, une plume légère et précise, une jolie leçon d'écriture.

Sumus Vicinae clôt ce recueil sur une note musicale. Cette nouvelle qui rend hommage au compositeur flamand Nicolas Lens, offre au lecteur un monde de musique et de poésie délectable. L'intrigue se déroule comme une partition, précise et sans fausses notes et je l'ai suivi avec d'intérêt. La chute et le message qu'elle porte m'ont beaucoup plu. Sumus Vicinae me laisse dans la tête des images de mélancolie teintée de lueurs d'étoiles, un joli travail monsieur Geha.