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mardi 5 mars 2013

Fragments d'une fantasy antique.

Anecdote : Grande amatrice de mythologie, je suis entrée dans le microcosme de la littérature SFFF française à travers l'anthologie Les Héritiers d'Homère (éditions Argemmios). Lorsque j'ai appris que Mnémos allait sortir un recueil autour des mythologies gréco-romaines, je me suis armée de patience pour en attendre la sortie. 



 


Titre : Fragments d'une fantasy antique

Auteurs : Romain Aspe, Fabien Clavel, Nathalie Dau, Lionel Davoust, Jeanne A. Debats, Nicolas Delong, Sylvie Miller & Philippe Wrad, Rachel Tanner.

Anthologiste :
David K. Nouvel

Éditeur :
Mnémos

Nombre de pages : 240 pages

Prix : 17 €

Couverture :
Rainbowchaser / Dreamstime

Quatrième de couverture
: N’avez-vous jamais rêvé de… 

Devenir le plus grand architecte du monde ?
Trouver des fragments perdus d’un roman à succès ?
Vous venger des Dieux… ou bien devenir leur détective privé attitré ?
Toucher un objet et savoir tout de son histoire ?
Répondre à la célèbre énigme du Sphinx ?
Mettre un terme à la faim dans le monde ?
Ou aimer un bel Apollon au point de l’avoir dans la peau ?

Neuf auteurs français, guidés par Homère et Virgile, sont partis en expédition dans le royaume d’Hypnos cueillir pour vous ces quelques fragments de rêves, et, telle une Pénélope des temps modernes, les ont tissés pour en faire des histoires, belles et vives, sanglantes et graves, anciennes et modernes. Ils ont, lors de leur périple, parcouru les immenses domaines de Rome et d’Athènes, parlé aux Dieux, mangé à la table de Trimalchion et se sont reposés sur les bords du Vésuve endormi. De retour sur nos rivages, ils sont maintenant le souffle contemporain des Muses. Écoutez leur chant, lisez leur prose, dégustez-les.
Ils sont à vous.

Ces huit nouvelles ont été écrites dans le cadre du colloque « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain » (7-9 juin 2012), organisé avec le soutien de l’École Pratique des Hautes Études et de l’Université de Rouen, afin de démontrer la vivacité de l’héritage gréco-latin dans les fictions contemporaines de Fantastique, Fantasy et Science-fiction.

Mon avis :


Dans l'ensemble, je dois reconnaître que j'ai bien fait d'attendre. Cette anthologie a été à la hauteur de mes attentes et plus encore.

Tout d'abord, avec la première nouvelle, « Sur un fragment perdu du Satyricon ». En choisissant d'écrire un des chapitres perdus du Satyricon, Fabien Clavel se met sous le patronage des grands auteurs antiques. Plutôt que de s'appuyer sur un mythe, il préfère travailler autour de la mythologie qui s'est créée autour de ce texte. L'histoire qui est racontée dans ce fragment perdu est celle d' homme qui va tomber sous le charme de Giton et tout faire pour se rapprocher au plus de l'être aimer. Au-delà de l'histoire d'amour, il y a une véritable mise ne avant de la vie Romaine. Les cultes, la vie quotidienne, la religion, tout y passe, il y a non seulement une vraie recherche sur la société mais aussi une recherche sur le style du Satiricon. Un bel exploit de la part de l'auteur et une jolie ouverture.

Le texte suivant, « Le miroir d’Electre » de Jeanne-A. Debats est étrange. Aujourd'hui encore, je ne sais si je l'ai aimé ou non. Il y a une complexité chez les personnages qui m'a perdu. L'absurdité de l'univers avait des reflets de l'Écume des jours mais je m'y suis parfois un peu trop perdue (m'accrochant au titre comme à une bouée). La manière dont Jeanne-A. Debats revisite le mythe d'Electre est intéressant et j'aurai aimé que le texte ce recentre sur le mythe plutôt que sur l'idée tentaculaire dévoilée à la fin (et qui m'a semblé trop compliqué à appréhender).

En revisitant le mythe du labyrinthe, Romain Aspe propose une nouvelle spirituelle sur les désirs des hommes. Icar est à la fois un fils aimant et un jeune homme qui brise les règles au risque de s'y brûler. Si j'ai trouvé le début intéressant mais sans trop savoir par quel bout le prendre, la réflexion sur la vraie nature du Labyrinthe m'a conquise et j'en suis sortie avec ce sentiment étrange entre l'incompréhension et l'émerveillement.

« Le Sphynx » de Rachel Tanner est une nouvelle extrêmement courte et efficace. L'angle d'approche est surprenant et j'en ai aimé l'aura de noirceur qui l'enveloppe. La figure du sphinx est magistralement mise en avant avec tout ce qu'elle a de bestial et de cruel. Savoureux !

Avec « Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse », Lionel Davoust nous propose une nouvelle qui prend la forme d'un rapport tout ce qu'il y a de plus officiel. Si ce genre de lecture me rebute la plupart du temps, ici, les références mythologiques distillées petit à petit et les touches d'humour noir m'ont plusieurs fois fait sourire et j'ai trouvé dans ce mélange entre mythologie et procédure un ton parfaitement délectable.

Il y a dans « Les Dieux veulent, les Dieux prennent », une réflexion sur l'être et le changement qui m'a beaucoup plu. Comment un personnage peut-il devenir son opposé (physiquement et moralement) par la faute des dieux ? Comment la colère, la rancune, peut-elle diriger toute une vie ? Nicolas Delong répond à ses questions avec une sensibilité certaine et ses personnages se nappent d'un voile de douleur et de vengeance.

Ayant déjà eu affaire au détective de Philippe Ward et Sylvie Miller, j'ai commencé « Voir Pompéi et mourir » un peu à reculons (non seulement elle est longue mais je n'apprécie pas plus que ça les aventures de Lasser). Ce n'est clairement pas une nouvelle pour moi. Trop de pulp, de rebondissement, trop peu de réflexions sur la mythologie. J'aime une nouvelle lorsqu'elle m'emporte intellectuellement pas lorsqu'elle est simplement divertissante et je n'ai malheureusement vu que le côté divertissant dans celle-ci. Je ne dis pas qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle, loin de là, les personnages sont dynamiques, l'intrigue intrigante, le côté pulp très bien dosé ; je suis certaine qu'elle peut plaire à beaucoup de monde, mais je ne suis clairement pas le public visé. Dommage.

« À couteau » de Nathalie Dau, qui vient clôturer l'anthologie est une pépite. Je m'attendais à beaucoup de choses lorsque j'ai vu le nom de l'auteur sur la couverture mais je ne pensais pas être surprise à ce point. On y retrouve la plume ultra-sensible de Nathalie Dau qui peint les sentiments humains (notamment les plus sombres) avec une justesse qui m'a fait frissonner. Apollon, dieu solaire et lumineux, se fait de plus en plus obscur, de plus en plus terrible, de plus en plus divin. Le mythe est pris sous un angle nouveau et Marsyas devient l'amant et non plus le rival. Mais toutes les histoires ont une fin et Nathalie Dau fait preuve d'un équilibre entre délicatesse et cruauté admirables pour clore la sienne en beauté.

Le petit plus : la maquette intérieure, camaïeu de brun et beige claire.

dimanche 3 mars 2013

NdS #17 Le chant du cygne - Bénédicte Coudière

Le chant du cygne de Bénédicte Coudière

Pourquoi lire cette nouvelle ?
Pour la poésie et le rythme à la fois saccadé et lancinant qui parcourent le texte.

Une scène clé ? 

Lorsque Julie commence à danser. Il y a un équilibre certain entre la fatigue du corps et la détermination de l'esprit et cet équilibre est retranscrit par la plume de Bénédicte Coudière.

Un personnage ? 

Dans un texte aussi court, il est difficile de s'attacher à d'autres personnages que le principal. Julie la danseuse à la mentalité de fer qui est grignotée petit à petit par autre chose.

Un petit aperçu ?
Bras tendu vers elle en guise d'invite, il s'est figé dans son mouvement en voyant qu'elle ne se relevait pas. Depuis quelques longues minutes maintenant, il attend, un sourire crispé peint sur le visage. Puis, lentement, d'un petit entrechat, il se rapproche de Julie.

Où trouver la nouvelle ? 

Dans l'anthologie du festival Zone Franche, L'amicale des jeteurs de sorts. Disponible sur le site des éditions Malpertuis et commandable dans toutes les librairies.

I.

vendredi 18 janvier 2013

Anthologie des Utopiales 2012

Titre : Utopiales 12

Auteurs : Neil Gaiman, Robert Charles Wilson, Pierre Bordage, Ayerdhal, Nancy Kress, Tommaso Pincio, Claude Ecken, Laurence Suhner, Sara Doke et le concerto à quatre mains de Laurent Queyssi et Xavier Mauméjean.

Éditeur : ActuSF


289 pages - 14 euros

Illustration de Nicolas Fructus
Quatrième de couverture :
Et si les extraterrestres nous observaient la nuit ? Et si l’on pouvait se concentrer à l’extrême sur un seul sujet ? Ou connaître tout notre avenir depuis l’enfance ? Ou bien avoir des rendez-vous réguliers avec un visiteur du futur ? Et si on pouvait désinventer des inventions ?
L’anthologie officielle des Utopiales rassemble des auteurs importants de l’imaginaire mondial et francophone et rend, cette année, un hommage à Roland C. Wagner.

Mon avis :
Dans l'ensemble, une anthologie intrigante et plaisante à lire. J'ai cependant eu du mal à relier les textes au thème annoncé dans la préface : "Origines".

*Mon coup de cœur va à la dernière nouvelle de l'anthologie, "RCW" d'Ayerdhal, une incursion dans l'univers de Tem, le célèbre détective au borsalino vert fluo créé par Roland C. Wagner. Ayerdhal rend hommage à l'auteur décédé en 2012 à travers un texte loufoque,  riche en rebondissements et bourré de clins d'œil à l'oeuvre de Roland C. Wagner. Tem se réveille amnésique, mais doit pourtant mener une enquête sur un mystérieux groupe terroriste littéraire : la FN ou Fiction Nationale.

*Dans "L'Observatrice" de R.C. Wilson, une adolescente est confrontée à une forme de vie extra-terrestre qu'elle pourra peut-être apprivoiser grâce à l'aide d'un grand astronome. Un texte où le mystère et sa résolution sont amenés par petites touches, à la fois inquiétant et mystérieux.

*"La Finale" de Nacy Kress nous présente Jeff, un héros entraîné malgré lui dans les travaux scientifiques d'un ancien camarade de classe sur la concentration et l'élimination des pensées parasites. Une nouvelle sur laquelle plane un danger dont on ne sait d'où il va venir, jusqu'à la fin, implacable.

*Dans "La Chose du lac" de Laurence Suhner, on assiste à une double enquête sur un mystérieux voleur de bijoux et une bête assoiffée de sang dans le lac Léman. Le ton suranné nous plonge avec réussite dans l'atmosphère de l'Entre-deux-guerres.

*"Et pleurer comme Alexandre" de Neil Gaiman nous présente un désinventeur qui raconte son parcours au public incrédule d'un bar. Une nouvelle drôlatique et efficace.

*"La fin de Léthé" de Claude Ecken nous transporte dans une chambre d'höpital, où, jour après jour, Claire attend avec appréhension la visite du voyageur du futur qui tient à lui révéler tout de sa vie à venir. Le concept tient en haleine jusqu'à une chute poignante.

*"En attendant demain" de Laurant Queyssi et Xavier Mauméjean est une nouvelle atypique et surprenante. Pour le héros, le futur semble déjà écrit et pourtant, on en vient à souhaiter que ce n'est qu'un malaise passager de sa part. Une chute émouvante.

Les Utopiales 2012, un bon cru, donc ^^
M.

jeudi 10 janvier 2013

Ouverture des pré-commandes pour l'anthologie *Le monde de la nuit*

Au mois de novembre se clôturait l'appel à texte "Le monde de la nuit" des éditions Sombres Rets.

Le sommaire est connu depuis un petit moment (j'ai surtout noté la présence d'Aurélie Wellenstein, Thomas Spock et Richard Mesplède), voici venu l'heure des pré-commandes pour cette anthologie qui va sortir le lendemain de la saint Valentin.
La couverture d'Elie Draco est assez jolie à mon avis même si quelques détails ne me convainquent pas comme la constellation d'Orion me semble rompre l'harmonie de l'illustration.


Pour en savoir plus, voici une petite présentation de l'éditeur et le sommaire :
Le monde de la nuit, ses codes, ses mystères, ses secrets nous sont révélés par vingt-trois auteurs…
… Qu’est-ce qui hante les nuitées d’un village des Cévennes ?… Que cache la nuit de Samain ?… Qui s’en vient des profondeurs ?… Quel est l’autre rive du rêve ?… Vengeance, kidnappings, soirées qui tournent au cauchemar, poursuites meurtrières, exploration fatale, mythologie infernale, voyages dans l’obscur, légendes urbaines ou folkloriques, rencontres dans les bas-fonds, incantations magiques, vampires et fantômes, prédateurs nocturnes, démons et succubes sont autant de réponses possibles.
Réalistes, fantastiques, mythologiques ou futuristes, les récits de cette anthologie vous plongeront au cœur de la nuit.


Préface de Cyril Carau

Ce qui nait de la nuit…

Heureux les imbéciles de Eva Simonin
L’éveil à la nuit de Sylvain Boïdo
Une gare, c’est propre la nuit de Antoine Lencou
Marlène de Michaël Moslonka
Le Dullahan de Nicolas Saintier
Les secrets de la nuit…

Meccano de nuit de Christophe Migon
Amy, né de l’homme et de la femme de Yves-Daniel Crouzet
Transport nocturne de David Baquaise
Gardien de Nuit de Richard Mesplède
La chaise de C. D. Inbadreams
Des profondeurs de Aurélie Wellenstein
Nuit sortilège…

Marie dans la nuit de Valérie Simon
Le chêne de Emmanuelle D’Arzon
La comptine celte de Emma Fraust
Celles qui ont renié le jour de Louise Roullier
De rêve et de feu de Marie Loresco
Les doigts des morts de Olivier Boile
Nuit sans fin…

Au fond de H. M. Elfenn
Nocturnes du sableur de Thomas Spok
Les funérailles du jour de Pascaline Nolot
Voyage au bout de la nuit de Elodie Zouin
La nuit de claires ténèbres de Bruno Grange
Nocturnales de Magali Lefebvre

Pour pré-commander, c'est par là que ça se passe : http://sombres-rets.fr/le-monde-de-la-nuit-en-precommande




I.



jeudi 20 décembre 2012

Morts, dents, lames, hommage à la violence.

Anecdote : J'ai attendu durant de longs mois de pouvoir lire enfin cette anthologie. Alors, quand l'un de mes amis m'a dit que je pouvais l'avoir en avant-première pour la chroniquer, je me suis jetée dessus sans hésiter.

Titre : Morts dents lames, hommage à la violence.



 




 Anthologie dirigée par : Pénélope Labruyère-Snozzi


Auteurs :
Olivier Caruso, Rébecca Borakovsk, Mathieu Rivero, Christian Janone, Nolween Eawy, Lilian Bezard, Yves-Daniel Crouzet,Clémence Rochat, Siana,Vincent de Roche-Clairmont, Thomas Spok, Gaëlle Etienne, Christelle Lafont, Jeff Balek, Mathieu Fluxe,Guillaume Lemaître, Florence Freguin-Schneider, Christian Perrot, Pénélope Labruyère.


Éditeur : La Madolière

Nombre de pages : 225


Prix :
13 €


Présentation de l'éditeur : Morts Dents Lames est une collection de textes sanglants, dérangeants, morbides et violents. Tout ce que la littérature lissée du moment n'offre plus aux lecteurs en mal de sensations fortes.
Rangez vos couteaux et vos lames de rasoir, les auteurs de cette anthologie ont sorti les leurs pour vous découper des tranches de vies aux petits oignons. De l'inquisiteur pervers &aecute; l'anatomiste fou, du cannibale improbable au légiste pointilleux, de la fille innocente à l'adolescent complexé, la victime se cache parfois là où on ne l'attend pas.

19 nouvelles, 19 expériences de ce que la violence fait de mieux.

Mon avis :

Comme je l'écrivais à l'anthologiste il y a peu, j'ai été très étonnée à la lecture des textes présents. Je m'attendais à lire beaucoup de violence gratuite et de textes qui donnent sang et tripes justes pour les images et, heureusement, l'anthologie m'a détrompée. Cependant, tous les textes ne se valent pas et, plutôt que de faire un billet nouvelle par nouvelle, je traiterai les nouvelles par ensembles.

Seuls deux textes ne m'ont pas convaincue. Le premier, Ils, ne possède aucune réelle intrigue à mes yeux et les tortures subies par la femme m'ont semblé être là plus pour coller au thème que pour apporter quelque chose à l'histoire. La deuxième nouvelle qui ne m'a pas plu s'intitule Le thriller of Mouton Gris. Déjà, avec un titre pareil, ça partait mal pour moi et le côté grotesque de l'intrigue avec ses incohérences ne m'a pas touché. Je suppose que c'est une affaire de goût.

Viennent ensuite les textes dont je reconnais certaines qualités mais qui n'ont pas su me convaincre. Le chef-d'œuvre, part d'une bonne idée : un homme cherche à rassembler, en une musique improbable, les sons des corps torturés mais l'auteur n'exploite pas assez son idée et c'est dommage parce que ça sonne comme une envolée lyrique qui tomberait soudain à plat. C'est le problème que j'ai rencontré aussi dans les nouvelles Biocarburant et Tic-Tac : une idée intéressante mais qui ne possède pas de développement au point que je m'en suis rapidement désintéressée. À l'inverse, j'ai trouvé que L'homme à la pelle se perdait trop souvent dans des détails inutiles qui m'ont fait perdre le fil de la nouvelle au point que j'ai du en relire trois fois la fin pour bien la comprendre. C'est dommage parce que le style de l'auteur était vraiment intéressant et j'aurais aimé lire quelque chose d'un peu moins complexe. J'ai une impression assez étrange vis-à-vis d'Adelphe Ambroisie Je trouve que les scènes de tortures sont vraiment très fortes et que l'ensemble se tient bien, jusqu'à la chute. J'ai trouvé ça un peu trop facile et mon impression première s'est vue modifiée, les scènes qui m'avaient plu n'ayant plus la cohérence première. annA est un texte étrange et lancinant, parfois contemplatif, parfois éclairé de flashs sanglants bien dosés. Cependant, le style beaucoup trop poétique de la nouvelle m'a rebutée. Je suis très sensible à ce genre de chose aussi j'aime qu'un auteur qui utilise la poésie pour les besoins de son texte en connaisse les limites. Ici, il y en a clairement trop et le texte devient lourd.

Le baiser de Simon Soavi et Sous sa peau sont deux nouvelles troubles et sombres, servies par deux styles assez percutants malgré quelques ruptures qui m'ont parfois sortie de ma lecture. Quelques grammes d'humanité est une nouvelle brève, très brève, mais l'intrigue ici est appuyée par l'horreur qui est à peine dévoilée et qui prend donc plus de puissance. Je ne parlerai pas de Poupée Larsen puisque j'ai déjà dit tout le bien que j'en ai pensé dans l'article sur la nouvelle de la semaine. Je passerai donc directement aux nouvelles que j'ai le plus apprécié.

La cité comme les petits crayons rouges sont des nouvelles à la fois percutante et lancinante. Il y a un je ne sais quoi qui plane dans l'air, comme un parfum douceâtre qui donne au texte une ambiance particulière et savoureuse.

Entrez dit-il est, à l'inverse, traversé par un certain humour. Les personnages sont bien campés et j'ai aimé la subtilité de l'auteur dans le traitement du sujet et dans le choix de la chute.

Le sang des cailles mêle mysticisme égyptien et sentiments amoureux dans une nouvelle oppressante. Ici, la naïveté du personnage féminin accentue l'ambiguïté du personnage masculin dans un face-à-face malsain à souhait (et ça fait du bien de lire quelque chose d'insidieusement malsain après avoir lu une multitude de textes remplis de tripes et de sang).

Maintenant, le top 3 :

Au début, je ne pensais pas aimer Les frangins du 77. Je n'ai pas bien compris où l'auteur voulait aller et je trouvais le côté malsain un peu trop injustifié. Mais, petit à petit, cette longue nouvelle gagne en force et en cohérence. Les personnages s'approfondissent, parviennent à devenir à la fois touchants et ignobles et j'ai souri doucement à la fin, attachée malgré moi à ces deux frangins.

Pour moi, Anatomie, une histoire de l'âme, doit être lue à voix haute pour mieux s'imprégner du style de l'auteur, à la fois distant et percutant. J'aime les images qui s'en détachent, les théories, la tournure des phrases. L'histoire peut paraître un peu facile et parfois pas très cohérente mais ces petits défauts sont vite balayés par la manière dont les styles s'imbriquent pour mieux lier l'ensemble.

Si je devais n'avoir qu'un coup de cœur, ce serait Amercian Dream 2010. Ce n'est pas seulement l'intrigue qui est intéressante – histoire de deux hommes, deux amis d'enfance et de la guerre. Il y a ici tous les ingrédients pour faire une grande nouvelle. Des personnages bien campés, à peine esquissés mais cohérents, des dialogues précis, puissants, une intrigue simple mais bien ficelée, une atmosphère à mi-chemin entre celle des villes perdues au fin fond des USA et celle étouffante du campement militaire. Chaque scène est juste, chaque mot sa place, le style est incisif et sans concession. Bref, un vrai coup de cœur.

Le petit plus du livre : la présentation des auteurs. J'ai trouvé ça original et bien pensé. 

I.

dimanche 16 décembre 2012

Borders, anthologie dirigée par Charlotte Bousquet


Anecdote : La thématique très intéressante de cette antho et la taille, relativement courte, des nouvelles m'a tout de suite séduite. Ne me restait plus qu'à trouver le temps de lire et d'écrire ce billet (le deuxième point m'ayant demandé, comme souvent, beaucoup plus de temps que le premier).


Titre : Borders


 


Auteurs : Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy – Ambre Dubois

Éditeur : CDS

Nombre de pages : 105

Prix : 8 €

Couverture : Patrick Imbert

Quatrième de couverture :
Il y a toujours un choix, quelle que soit la nature de la frontière, même s'il n'est pas toujours fait par celui qui le subit. Est-ce qu'être un homme ou pas, finalement, ne résumerait pas simplement à cela ? (Hélène Ramdani)

Sirènes, manipulations génétiques, enclaves entre les mondes et les hommes… Borders, ce sont dix nouvelles sur les seuils et les passages, sur les frontières entre le même et l'autre, entre les hommes et entre les genres…

Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy et Ambre Dubois ont prêté leur plume à cette anthologie dont les droits sont entièrement reversés à RESF.

Oserez-vous, avec eux, la traversée des frontières ?


Mon avis : 

Cette petite anthologie est une petite merveille mêlant très justement puissance et poésie. *quelques petites fautes de mise en pages*

"Celle qui n'a pas lieu d'être", de Li-Cam, est un texte fort, en demi-teinte, à la narratrice poignante dans son mal-être. Clara est 'née sans frontière', une belle formule pour dire qu'elle a l'esprit entre deux mondes et qu'elle n'appartient ni vraiment à l'un, ni vraiment à l'autre. Cette impression de non-appartenance est rendue avec une plume précise et sensible qui dévoile ce texte, mélange d'espoir et de mélancolie. Une très belle ouverture pour cette anthologie.

Sophie Dabat nous plonge dans les brumes de Bretagne et dans ses légendes. Avec "La cave à Margot" elle entraîne le lecteur à la poursuite de fantômes, d'hommes, femmes ou enfants oubliés du monde qui n'aspirent qu'à passer de l'autre côté, même s'ils ne savent pas vraiment ce qui s'y trouve.

"Change de ciel tu changeras d'étoile" Marie-Anne Cleden est une nouvelle plus longue est posée que les autres. C'est peut-être ce qui m'a empêché de véritablement rentrer dedans. Le style très visuel est au service d'une histoire étrange, celle d'une jeune femme cherchant son frère dans la frontière entre les mondes. Une bonne nouvelle mais qui ne possède pas le côté percutant des autres.

"Ce que l'homme croit" de David Bry est au premier abord une nouvelle assez classique. Un homme demande, soir après soir à un mage de lui montrer le fantôme de son aimée. Et soir après soir, le mage s'exécute. Toute la beauté de la nouvelle repose sur sa chute, une réflexion mélancolique sur le besoin de l'homme à croire en certaines choses, même si, au fond de lui, il sait qu'il se trompe.

Laurent Gidon signe avec "Les intrusions granuleuses" la nouvelle la plus équilibrée d'un point de vu stylistique. Ici, pas de narration, juste un dialogue entre deux personnes dans un univers de science-fiction. Les paroles s'enchaînent, nous dévoilent un univers étrange où les hommes vivent dans leurs rêves. Jusqu'au couac, au grain de sable dans la machine. La maîtrise du dialogue, la manière dont les mots se suivent pour persuader l'autre, est un vrai régal.

"Et les souvenirs glissèrent vers l'océan" de Tepthida Hay parle d'amour et de sacrifices. C'est une belle nouvelle, émouvante et poignante mais peut-être un peu trop lancinante au point que je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans cet univers.

"Les terres du roi sombre" d'Ambre Dubois nous entraînent dans Londres au XIXe siècle, ville emplie de brumes et de mystères. Un homme qui se plaît à maltraiter les femmes qu'il courtise va rentrer sur les terres du roi sombres, il en ressortira changé pour son plus grand malheur. La thématique de la frontière est traitée d'une manière qui m'a semblé un peu plus simple que dans les autres textes et j'en ai trouvé l'intrigue et sa chute un peu fades, peut-être trop moralisatrices à mon goût.

"Eux plutôt que moi" de Franck Ferric est une pépite de justesse et de sensibilité. C'est l'histoire d'un homme qui garde une porte, symbole de la frontière entre un monde et un autre. Je ne peux en dire plus pour ne pas gâcher la "surprise" mais, quand j'ai découvert où se trouvait cet homme, je me suis pris une claque et, ensuite, j'ai continué de lire le texte avec de l'admiration dans les yeux. Il y a de la justesse, dans ce texte mais toute sa force vient du personnage, terrible et pathétique en même temps. Un régal à la lecture.

"La maison" de Yael Assia est aussi un coup de cœur. Courte, percutante, puissante dans les émotions qu'elle m'a fait ressentir, cette nouvelle est à la fois touchante et dérangeante. À travers l'histoire d'une famille à la recherche d'un foyer, Yael Assia montre que même des personnes en marge du monde peuvent avoir des désirs humains.

Après la lecture des deux dernières nouvelles, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans "L'enclave" de Fabien Clavel. Étrange monde, étranges personnages, étrange atmosphère, je n'ai pas bien compris le décor de l'intrigue. Puis, je me suis laissée emporter (sur cet océan sombre qui s'épare l'île de départ d'un monde en périphérie où vivent les exilés) et, si le début fut ardu, la suite me montra que j'ai bien fait de persévérer dans ma lecture. Toute la puissance de Fabien Clavel est de jouer sur le côté attendu de sa chute pour la sublimé prouvant que même les fins les plus attendues peuvent être grandioses. Et je salue l'anthologiste d'avoir choisi ce texte pour clore cette anthologie.

Le petit plus : la taille réduite des textes qui en fait, pour la plupart d'entre eux, un concentré de puissance évocatrice et de sensibilité.


I.

dimanche 25 novembre 2012

Nouveauté de la semaine

Parce qu'on parle aussi des livres à paraître (et pas de livres à paillettes, ne confondons pas tout), un billet rapide pour présenter la nouvelle anthologie des éditions du Petit Caveau, dirigée par  : 



Au sommaire, douze auteurs se sont attaqués au mythe pour lui offrir un petit ravalement de façade et nous sortir des sentiers battus et des clichés.
Voici ce qu'en dit l'éditeur :


Il est grand, il est beau, il est fort. Sa beauté fait rêver, son regard ténébreux envoûte chaque femme qui le croise. Il dicte ses propres lois, règne dans l’ombre sur le monde. Il fascine autant qu’il effraie ; on redoute de croiser sa route par une nuit sans lune. Le vampire … STOP.
On rembobine et on recommence. Des vampires à cette image, c’est ennuyant, n’est-ce pas ? Ils ne sont pas tous des héros, des créatures dotées d’une puissance sans limite, ils ont aussi des peurs, des tics, des phobies, des faiblesses. Ces vampires malgré eux, ces antihéros, on les oublie bien trop souvent.
Alors aujourd’hui, douze auteurs ont décidé de les mettre sous les feux de la rampe !

 Si vous êtes intéressés, les souscriptions pour l'anthologie sont lancées, n'hésitez pas !

mercredi 14 novembre 2012

Dans ma PAL post-festival

Pour continuer sur la vague Utopiales, un petit article pour vous présenter les derniers achats. Les deux couvertures sont superbes et, pour les avoir feuilletés, les deux objets semblent remplis de plein de bonnes choses (notamment une nouvelle de Neal Gaiman magnifiquement intitulée Et pleurer, comme Alexandre).



J'ai déjà hâte de m'y mettre.
Mais en attendant, j'ai terminé la lecture de Borders, anthologie sur les frontières dirigée par Charlotte Bousquet et il y a beaucoup, beaucoup de bonnes choses dedans, j'ai hâte de vous en parler.
Bref, un 'c'est lundi, que lisez vous ?' avec deux jours de retard mais, c'est normal, tout va bien.

I.

mardi 13 novembre 2012

En attendant l'apocalypse - Frédéric Czilinder et Isabelle Marin

Titre : En attendant l'apocalypse

Auteurs : Alister, Cassandra Amand, David Baquaise, Sylvain Boïdo, Aodez S. Bora, Manon Bousquet, Cyril Carau, Frédéric Czilinder, Maëlig Duval, Marianne Gellon, Romuald Herbreteau, Inbadreams, Narja O. Naryoël, Jérôme Rigall, Louise Roullier, Nicolas Saintier et Aurélie Wellenstein.

Editeurs : Les Netscripteurs éditions et les éditions Nostradamus

Prix : 15,5 euros
Couverture par Elie Darco

Pitch :
Nombre de prophètes l'ont annoncée. Paco Rabanne était un peu en avance, mais les Mayas sont formels : l'apocalypse va advenir, et c'est pour bientôt ! Seulement, personne n'est vraiment d'accord sur ce qui nous attend. Cataclysmes, désastres écologiques, émeutes, holocauste nucléaire, invasion extraterrestre, épidémies, zombies... dans cette anthologie, rien ne vous sera épargné, pas même les réflexions du Créateur sur cet ultime chaos.
Dans ces visions apocalyptiques où l'humour côtoie le tragique, les auteurs explorent des univers d'une grande diversité : oniriques, réalistes, fantastiques, horrifiques, de science-fiction... et confrontent leur imagination aux pires éventualités !


Que faire en attendant la fin du monde annoncée pour le 21 décembre 2012 ? Suggestion d’“Un monde de nouvelles” : lire l’anthologie En attendant l’apocalypse, histoire de savoir à quoi vous préparer. Vous trouverez dedans 17 nouvelles de bonne qualité, et si j’en retiens certaines plutôt que d’autres, c’est surtout parce que certains thèmes développés m’ont plus touchée que d’autres. Mais l’anthologie en entier mérite l’attention.

Voilà les textes qui m’ont le plus parlé :

* “De la Veille au lendemain” de Maëlig Duval. On suit l’héroïne du 20 au 22 décembre 2012. Le style est enlevé, le ton drolatique et j’ai eu l’impression d’être dans la tête d’une fille ordinaire avec ses soucis et ses petites victoires du quotidien. À vrai dire, le texte m’a conquise dès la citation d’Alphonse Allais du début : « Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant ».

* “La Fin du monde n’aura pas lieu” de Louise Roullier. À Thunder Fields, Dan est un jeune statiticien qui affronte la ferveur religieuse de ses concitoyens. Ceux-ci sont persuadés que l’Apocalypse approche sous la forme d’une comète. Ses arguments scientifiques s’opposent à l’obscurantisme de ses concitoyens. Un bon rythme et un personnage principal attachant m’ont fait passer un bon moment de lecture.

* “Le Gouffre” d’Aurélie Wellenstein. Une mercenaire doit retrouver des villageois disparus, à l’aide d’un acolyte lourdingue et d’Arthur, son fidèle bazooka. La tension du texte est entrecoupée de touches d’humour très réussies.

* “La Dame noire des Puys” d’Aodez S. Bora. Un texte qui ne lésine pas sur les effets spéciaux : éruptions volcaniques, explosion d’une étoile, dôme protecteur... Mais ce chaos finit par prendre sens pour les Clermontois, héros de l’histoire.

* “Invisible” de Manon Bousquet. Le narrateur antipathique se sent ignoré du reste du monde. J’ai eu un peu de mal à accrocher au début, mais au fur au mesure que l’angoise monte, le récit m'a séduite, jusqu’à une révélation de fin du monde plutôt originale.

* “Ciel de plomb” de Frédéric Czilinder. La Terre est ravagée par des pluies acides. Il reste peu d’espoir aux survivants qui s’accrochent pourtant à leur existence. Un texte à la fois désespéré et plein d’espoir, notamment quand il évoque les stratagèmes de survie et le renouvellement de la nature.

* “Planète bleue” de Sylvain Boïdo. Une de mes nouvelles préférées de l’anthologie, douce-amère et introspective. Les derniers hommes vont-ils réussir à faire vivre la planète où ils ont choisi de recréer la vie ? Cette question essentielle s’accompagne d’une réflexion sur l’existence même de chacun des protagonistes.

* “Hamburger Apocalypse” de Romuald Herbreteau. Dans un univers où règne la dictature de la malbouffe, les protagonistes vont devoir changer leurs habitudes radicalement. Un texte à l’humour absurde, bien enlevé.

* “L’Éternel et le Néant” de Nicolas Saintier. L’Apocalypse selon Saint Jean ne se déroule pas comme prévu : les humains n’ont pas attendu pour disparaître… Un texte fluide, grinçant, avec une philosophie religieuse toute particulière.


Bonne fin du monde !
M. 

lundi 5 novembre 2012

Semaine des Utopiales 2012

Les Utopiales, festival de Science-fiction, se tiennent tous les ans à Nantes depuis 2000. En 2012, elles ont lieu du mercredi 7 au lundi 12 novembre. Elles réunissent des invités prestigieux (cette année Neil Gaiman, en 2010 China Mieville, par exemple) et permet d’assister à des conférences sur la SF passée et à venir. Tous les ans, les éditions ActuSF publient une anthologie dédiée au festival, aussi nous proposons-nous de consacrer cette semaine aux Utopiales, avec des chroniques sur ces anthologies. Le thème de cette année est : “Origine(s)”.

Affiche par Nicolas Fructus
Voici déjà un petit recensement des conférences et tables-rondes liées auteurs de nouvelles ou novellas (retrouvez le programme complet ici). 
Déjà, plusieurs rencontres avec des auteurs de formats courts sont prévues : 
* Jeudi 8 novembre, rencontres avec Pierre Bordage à 13 H, Norman Spinrad à 15 H et Robert Charles Wilson à 18 H. 
* Vendredi 9 novembre, rencontres avec Nancy Kress à 11 H et Laurent Genefort à 18 H, et hommage à Roland C. Wagner à 19 H. 
* Samedi 10 novembre, rencontre avec Neil Gaiman à 19 H. 
* Dimanche 11 novembre, rencontre avec Gérard Klein à 13 H 30. 

Ensuite, quelques sujets de tables rondes et conférences se rapportent directement au thème de la nouvelle, surtout le vendredi 9 novembre : “Chroniques martiennes de Ray Bardbury, une œuvre des origines” à 14 H et “Pulps !” à 16 H. 

N’hésitez pas à parcourir le programme, il y a vraiment des thèmes très intéressants pour qui aime la SF ! 

Bonnes Utopiales !

M.

mercredi 26 septembre 2012

Muséums - Christophe Thill


Titre : Muséums
Auteurs : Nico Bally, Emmanuelle Cart-Tanneur, Olivier Caruso, Nelly Chadour, Romain Champion, Cédric Citharel, Fabien Clavel, Julie Conseil, Robert Darvel, Romain d’Huissier, Franck Ferric, François Fierobe, Anne Goulard, Gudule, Julien Heylbroeck, Jess Kaan, A. Kowski, Léo Lallot, Loïc Lendemaine, Bernard Léonetti, Aurélie Ligier, Jean-François Lubin, Irène Maubreuil, David Miserque, Terry Montcalm, Mathias Moucha, Georges Mugand, Régine Philippe, Véronique Pingault, Pascal Sacré, Ludmila Safyane, Blanche Saint-Roch, Jean-François Seignol, Bernard Weiss.
Éditeur : Malpertuis
Nombre de pages : 406
Prix : 18 euros




Quatrième de couverture :
Palais de la science, institution culturelle, mais aussi lieu de rêverie, le muséum est un endroit riche d’une indéniable et complexe poésie. De nombreuses présences s’y côtoient : brillants chercheurs et obscurs employés, visiteurs parfois studieux et parfois beaucoup moins, à la recherche d’une information, d’un sujet de croquis, voire d’un lieu de rendez-vous discret... Sans oublier ses véritables stars, qui toisent la foule du haut de leur piédestal ou du fond de leur vitrine : qu’elles soient récentes ou antédiluviennes, animaux, végétaux ou minéraux, ou bien encore objets manufacturés.
*
A travers ces 34 nouvelles, parcourez des musées réels ou imaginaires et découvrez leurs secrets. Quels mystères tous ces cabinets et ces tiroirs de bois verni peuvent-ils bien recéler ?

Mon avis :
Avec les 34 nouvelles de son anthologie, Christophe Thill nous emmène dans les profondeurs d’un muséum tentaculaire. Ces textes sont autant de vitrines exposant le mystère des origines, des philosophies de l’art, des créatures fantastiques, des malédictions ou encore des objets dotés de vie.

Mes deux coups de cœur dans ce volume sont :
* “Le Sourire du dodo” d’Olivier Caruso. Les mots de cette nouvelle sont cousus comme pour former une tapisserie qui prend sens à la fin de son exécution. Des refrains rythment une mécanique implacable qui nous emmène jusqu’à la conclusion d’étranges expériences menées par un scientifique obsédé par ses recherches.
* “Le Musée des âmes” de Jean-François Seignol. En dépit d’un titre assez classique, cette nouvelle nous promène dans un muséum d’exobiologie, avec un langage aussi exotique que poétique.

D’autres nouvelles que j'ai aimées :
* “Guide du muséum de Rascanges” de François Fierobe. Cette visite guidée originale et pince-sans-rire s’apparente à un exercice de style très réussi.
* “L’Affaire de l’épidémie dansante” de Nico Bally. Un texte rafraichissant qui transporte le lecteur dans un univers coloré et féérique, avec un style enlevé.
* “La Véritable Histoire du Quetzalcoatlus” de Régine Philippe. Un enfant rencontre un vieil homme qui lui apprend la taxidermie. J’ai totalement adhéré à l’ambiance sombre et oppressante de ce texte, même si la fin m’a paru un peu décevante.
* “Chroniques d’un cabinet de curiosités” de Claire Goulard. Un assistant doit répertorier la collection d’un vieil illuminé qui a rassemblé toutes sortes d’objets et de créatures. Cette histoire captivante lie le muséum au monde féérique.
* “Musée-homme” de Robert Darvel. J’ai eu un peu de mal à accrocher au début de ce texte, puis je me suis laissée séduire par son humour absurde. J’aime l’idée développée, à savoir : le musée est le monde, chaque visiteur est le monde.
* “Bicéphalite” de Julien Heylbroeck. Un récit horrifiant qui tourne autour d’un fœtus malformé. Je n’ai pas réussi à lâcher le texte jusqu’à sa conclusion.
* “Le Directeur des ressources humaines : l’autre” de Mathias Moucha. Le héros doit recruter des veilleurs de nuit pour son musée, ce qui n’est pas de tout repos. Le rythme est enlevé, l’histoire cruelle mais efficace.
* “L’Objet K” d’A. Kowsky. Dans une ambiance lovecraftienne, l’auteur se livre notamment à une réflexion intéressante sur la vanité de la vie symbolisée par les restes humains.
* “Le Secret de Canaletto” de David Miserque. Derrière une toile mystérieuse d’un artiste vénitien se cache un secret qui dépasse tout ce que peuvent imaginer les personnages… Fascinant.
* “La Lyre à trois cordes” de Julie Conseil. À travers un style fluide, l’auteur fait ressurgir les mythes de l’antiquité grecque dans un musée actuel.
* “La Machine des Incas” de Georges Mugand. Un texte contemplatif : ce sont les petits incidents de la vie qui forment la trame du récit, et le sens ne vient pas forcément de l’action.
* “Les Rouages du destin de Terry Montcalm. Un automate écrit sur son pupitre nuit après nuit. On a envie de croire qu’il peut vraiment communiquer avec les gardiens de nuit qui s’y intéressent. Une histoire très vivante.

Le petit plus : La préface passionnée de l’anthologiste Christhophe Thill. Je crois que si je n’aimais pas déjà les musées, il me les aurait fait aimer :-)

M.

vendredi 21 septembre 2012

Monstres ! - Jacques Fuentealba

Titre : Monstres !

Auteurs : Lewis Shiner, Bill Congreve, Jeffrey Thomas, Alan Baxter, Lavie Tidhar, Steve Rasnic Tem, Kaaron Warren, Pablo Dobrinin, Fermín Moreno, Carlos Gardini, Pedro Escudero, Marc R. Soto, Nuria C. Botey, David Pierru, Yohan Vasse, Celia Deiana, Nelly Chadour, Timothée Rey, Marija Nielsen, Leonor Lara, Marc-Olivier Aiken.

Éditeur : Céléphaïs

Nombre de pages : 308

Prix : 12 euros





Quatrième de couverture :
Des eaux troubles de l’océan aux pistes des cirques les plus étranges, de l’apparente normalité de demeures anonymes aux villes cauchemardesques ou fantasmatiques, du passé légendaire aux futurs post-apocalyptiques, voyagez aux côtés de monstres du folklore (vampires, loups-garous, fantômes, Léviathan), de phénomènes de foire comme d’abominations échappant à toute classification. Tour à tour proches de nous, miroirs déformants ou hideuse altérité, les créatures qui peuplent cette anthologie vous convieront à un tour du monde de la littérature fantastique, à travers vingt-et-une nouvelles d’auteurs d’origine américaine, australienne, israélienne, espagnole, argentine, uruguayenne ou française.

Mon avis :

J'ai un rapport particulier avec cette anthologie vu que j'ai fait partie du comité de lecture et que j'ai traduit une des nouvelles. Cependant, une grande partie du recueil m'était inconnu quand j'ai découvert ses 21 textes monstrueux, dérangeants, parfois trash. Le thème s'est aussi prêté à des exercices de style déroutants ou jubilatoires. Une anthologie de grande qualité dans son ensemble.

Mes deux coups de cœur dans ce volume sont :

* “Fantômes” de Carlos Gardini. De mystérieux animaux marins visitent un village dont les habitants tentent d'exorciser la mort de leurs proches. Un texte lancinant et fanstasmagorique qui offre une approche originale sur le thème universel de la mort.

* “Ma femme est un shoggoth” de Jeffrey Thomas. Un jeune homme invoque une créature grâce à un vieux grimoire rédigé par les Anciens. Ce récit pulp à l'humour cynique fonctionne vraiment très bien.

D’autres nouvelles que j'ai aimées :
* “Blue” de Pablo Dobrinin. Dans ce texte qui raconte la légende d'une déesse obèse, on explore les thèmes de la religion et de l'extase.

* “Tania” de Fermin Moreno. Une recrue belle comme un ange arrive dans un cirque. Un récit court et cruel, très percutant.

* “Les meilleurs partent toujours les premiers” de Nelly Chadour. La doyenne du monde terrorise l'hôpital où elle finit ses jours. Un texte dynamique et drôle, qui a un petit goût de Misery de Stephen King.

* “À l'aube de la nuit” de Bill Congreve. Un récit policier dans lequel une adolescente est soupçonnée d'avoir commis des meurtres atroces. L'enquête est palpitante, je n'ai pas pu la lâcher avant la conclusion.

* “Altera in Alteram” de Léonor Lara. En emménageant dans son appartement, un homme s'éprend d'une curieuse créature. Les descriptions du désir sont somptueuses.

* “Liens de sang” de Lewis Shiner. Dans la ferme que viennent de reprendre les héros en bordure d'un marécage, des animaux sont découverts la gorge tranchée. L'horreur croît jusqu'au paroxysme. Les changements de points de vue fréquents sont fluides, très bien réussis.

* “Grand-Père Loup” de Steve Rasnic Tem. Une enfant découvre et apprivoise son étrange grand-père en dépit des réserves de ses parents. Une nouvelle douce-amère.

* “L'Evolution des espèces” de Nuria C. Botey. Un loup devenu homme jette un regard désabusé sur les humains du XXIème siècle. Un texte en forme de délire déjanté, jouissif.

* “Le Vieil Homme et la Mer. Et l'étranger. Et le Kraken.” de Pedro Escudero. Rien que le titre donne envie :-) L'auteur revisite la légende du Kraken du point de vue d'un vieux pêcheur. Un récit fascinant.


Le petit plus : Un extrait du “Vieil Homme et la Mer. Et l'étranger. Et le Kraken.” qui résume bien l'antho :
"- J'ai beaucoup bourlingué ma petite. J'ai vu bien des choses dans ce monde qui échappent à notre entendement. Elles ne s'apprennent pas dans les livres, du moins ceux dont la lecture est conseillée. Il existe trois types de monstres : ceux qu'il faut éradiquer, qu'importe le prix à payer ; ceux que l'on doit fuir et combattre uniquement si l'on est acculé; et ceux qu'il faut apaiser parce qu'ils sont au-delà de notre compréhension."

Alors, faites bien attention à vous ! ;-)


M.

mercredi 19 septembre 2012

Proverbes I - Magali Duez & Michaël Fontayne


Anecdote : La première fois que je suis allée au festival de Bagneux, je savais que Zariel, l'un des illustrateurs de Griffe d'Encre, allait être là. J'ai donc empoché mon Présumé coupable, impatiente à l'idée d'avoir ma dédicace. J'ignorais alors que Nicolas Trève était également présent. Un peu honteuse, je lui ai alors dit que je n'avais pas pensé à prendre mon exemplaire de Proverbes I. Ni une, ni deux, il prend une feuille blanche et me fait une magnifique dédicace tandis que je le regarde avec plein d'admiration dans les yeux. 


Titre : Proverbes I.

Anthologistes : Magali Duez & Michaël Fontayne 



Auteurs : Isabelle Guso, Frédérique Lorient, Ghislaine Maïmoun, Véronique Pingault, Laurence Rodriguez, Nathalie Salvi. 

Éditeur : Griffe d'Encre 

Nombre de pages : 104 

Prix : 9 € 

Illustration : Nicolas Trève 

Quatrième de couverture : 
Bien avant que l'humanité ne se regroupe virtuellement en grand village planétaire, les petits villages disposaient d'un moyen sûr pour transmettre le savoir et repousser les noirs corbeaux de l'inconnu : le proverbe. 

Sibyllin ou sentencieux, réconfortant ou cinglant, il a réponse à tout, même lorsqu'on l'interroge sur lui-même : ainsi, pour les Marocains, "Le proverbe est la lampe des mots" tandis qu'en Chine on affirme que "Lorsqu'on a appris le livre des proverbes, on n'a plus d'efforts à faire pour parler." 

Qu'ils les corroborent ou témoignent de leurs limites, six auteurs ont mis en scène six de ces proverbes. Car s'il y a bien manière d'éprouver leur réalité, c'est en les confrontant à la fiction. 

Mon avis : 

J'ai acheté Proverbes I sans bien connaître les éditions Griffe d'Encre. Je m'attendais à lire des textes amusants ou légers et je suis ressortie de cette lecture un brin déprimée, mais avec un goût agréable en tête. Une bien étrange anthologie. 

La nouvelle qui ouvre le recueil, "La Vengeance est un plat qui se mange froid" de Ghislaine Maïmoun, est courte (un peu plus de deux pages) et percutante. Elle part d'une scène commune : un garçon, Thibault, ne veut pas manger ses petits pois. Et la scène continue, se déroule comme se sont déroulées toutes les scènes de ce genre dans la vraie vie : la tension et la voix montent, les regards s'affrontent, les esprits s'échauffent. La nouvelle est assez banale jusqu'à la chute, qui lui donne toute sa force et qui provoque un insidieux frisson au creux du dos. 

"Pour vivre heureux, vivons cachés", nouvelle de Frédérique Lorient, m'a semblé un peu désordonnée. Je n'ai pas réussi à rentrer dans cet univers hypersurveillé duquel Victor commence sérieusement à se lasser (jusqu'à commettre des actes que la morale réprouve). L'écriture maîtrisée, mais froide m'a empêché de m'intéresser vraiment aux personnages et à l'intrigue. Victor m'a semblé à la fois trop passif et trop envahissant et ma curiosité n'a pas été assez satisfaite quant aux explications sur l'univers qui est donné à voir. 

Avec "Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir", Laurence Rodriguez signe une nouvelle dans un monde onirique qui cache bien des choses. Danse ses rêves, une jeune fille rencontre un garçon duquel elle tombe amoureuse. S'ensuivent plusieurs discussions sur leur monde respectif, jusqu'au moment où ils décident de faire un échange. Le texte est, une fois encore, bien écrit et l'intrigue intéressante, mais j'ai trouvé qu'elle s'essoufflait un peu vers la fin, de ce fait, je n'ai pas été surprise par la chute. 

Nathalie Salvi utilise le proverbe "L'habit ne fais pas le moine", pour mettre en scène la vie d'Agathe petite fille modèle (dans les deux sens du terme), coqueluche de Modelissima. Mais, derrière les beaux habits et les sourires angéliques, l'esprit d'Agathe s'endurcit suite aux brimades de ses camarades d'école qui n'aiment pas voir leurs parents s'extasier devant sa perfection. La nouvelle, portée par un personnage très fort, est bien menée du début à la fin. L'ambiance de perfection glacée fait froid dans le dos et la rébellion d'Agathe illustre bien son mal être. Seul petit bémol, j'ai trouvé une certaine distance dans le texte qui m'a empêché d'éprouver des sentiments pour Agathe. 

"On n’est jamais si bien servi que par soi-même" est sans doute ma nouvelle préférée de l'anthologie. Elizabeth est une femme qui aime que les choses soient bien faites, à tel point qu'elle préfère effectuer bon nombre de tâches ménagères puisque personne de son entourage ne sait les faire aussi bien qu'elle. Heureusement, la société Ancilla à la solution à ses problèmes. Aussi froide et sans issue que les autres, elle a ce je-ne-sais-quoi de profond qui m'a fait frissonner. L'écriture simple et sans fioritures va droit au but et donne à l'histoire à la fois un côté touchant et terrible. Elizabeth et Jean-Pierre sont des personnages diablement bien écrits et je les ai suivis avec plaisir jusqu'à la fin (savoureuse d'ironie). 

J'aime l'écriture d'Isabel Guso depuis son inoubliable Présumé Coupable (toujours chez Griffe d'Encre (décidément, ils publient des trucs très chouettes)) et j'ai été heureuse de la retrouver à la fin de cette anthologie. "Là où frappe le professeur, une rose fleurit" nous parle du rôle de mère à travers la voix de la narratrice et ses problèmes avec sa fille, des problèmes qui grandissent en même temps que l'enfant. Comme dans Présumé Coupable, la thématique est forte, frappe là où ça fait mal (sans jeu de mots) et posent les questions qui fâchent. Je suis ressortie de ma lecture la tête pleine et le regard légèrement différent. Aujourd'hui encore, je ne sais pas trop, de manière concrète, ce que cette nouvelle m'a apporté, mais je sais qu'elle m'a apporté quelque chose.  


Le petit plus : De manière générale, la façon dont les auteurs s'approprient les proverbes.  

I.

vendredi 14 septembre 2012

Destination Univers - J.-A Debats et J.-C. Dunyach


Titre : Destination Univers

Anthologistes : J.-A Debats et J.-C. Dunyach

Auteurs : A. Boulanger, C. Deiana, A. Fakhouri; O.Gechter, T. Geha, L. Genefort, A. Ligier et O. Paquet.

Editeur : Griffe d'Encre

Nombre de pages : 240




Quatrième de couverture : 
Qui n'a pas rêvé des étoiles ?

Franchir le seuil de la lumière, foncer dans l’hyperespace par des chemins secrets, filer au cœur des astres mourants, plonger dans la chevelure des nébuleuses et s'aveugler à la lumière des supernovae ; rêver parce que le ciel au-dessus de nous est à la fois fascinant et irrésistible.

Mais la navette Atlantis a atterri et ne repartira plus, le ciel nous est désormais fermé.

Huit auteurs ne se sont pas résignés, ils ont pris leur envol dans cette anthologie. Ils nous ont chanté les planètes lointaines et les océans spatiaux, les stations orbitales et les vaisseaux rutilants sous des étoiles inconnues. Ils ont peuplé l'univers immense de dangers incommensurables, d'aventuriers exceptionnels, d’intelligences artificielles, de civilisations oubliées et de trésors fabuleux .

Parce que, même si le ciel nous est fermé, il nous reste le rêve.

Et qu’on ne rêve jamais assez. 

L'avis du critique :
Pour le festival Zone Franche 2012, le thème de l’anthologie était résolument SF : Destination Univers. J.-A Debats et J.-C. Dunyach nous embarquent pour huit voyages interstellaires. Voici ceux qui m’ont le plus séduite.

Pour moi déjà, deux vaisseaux spatiaux se détachent de la flotte :
* “Évaporation et sublimation” d’Anthony Khellendros. Des oiseaux de lumières naissent des étoiles et affrontent le néant, au détriment des hommes. L’auteur nous emmène dans une cosmogonie de son cru : un souffle épique particulier court ainsi tout au long du texte le texte. Le destin emmène les créatures de feu et les hommes dans une danse meurtrière dont on guette l’issue avec avidité.

* “Les Dieux bruyants” de Laurent Genefort. Difficile d’être objective alors que les héros ont des tentacules et que j’adore tout récit comportant des tentacules. Dès le début du texte, l’auteur nous plonge dans un univers très riche. On navigue dans une langue néologique, riche et musicale, très évocatrice. Une histoire de chocs de cultures, vraiment réussie.

En plus de ces deux coups de cœur, j’aimerais signaler les nouvelles suivantes :
* “Le Bal des méduses” de Celia Deiana. Le ton enfantin est très réussi, ainsi que les transcriptions des pensées du héros. La fin m’a beaucoup plu, elle est très poétique et coule de source.

* “Le Marathon des Trois Lunes” d’Aurélie Ligier. Il s’agit d’un récit de course meurtrière dans la veine de “Marche ou Crève”, très sombre mais fluide et prenant.

* “Le Khan Mergen” d’Olivier Paquet. Ce texte confronte un monde encore réfractaire à la technologie à un vaisseau ultra-moderne. Les deux univers peuvent-ils se rencontrer ? Deux choses en particulier m’ont plu : les descriptions de la ville mongole et du vaisseau.

Le petit plus du livre : La griffouille (mascotte-chat) qui scrute les étoiles par son télescope au début du livre. 

M.

jeudi 6 septembre 2012

Reines et Dragons - Sylvie Miller et Lionel Davoust

Anecdote : Je me suis précipitée sur l'anthologie le jour de sa sortie pour avoir un petit bout d'Imaginales avec moi (n'ayant pas pu y aller) et c'est une carte postale du festival, que des amis grenouilles m'ont envoyée, qui m'a servi de marque-page durant la fin de ma lecture.


Titre : Reines et Dragons

Anthologie dirigée par : Sylvie Miller et Lionel Davoust (premier essai réussi pour les successeurs de Stéphanie Nicot).

Auteurs : Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Nathalie Dau, Anne Fakhouri, Mélanie Fazi, Mathieu Gaborit, Thomas Geha, Vincent Gessler, Chantal Robillard, Adrien Tomas, Erik Wietzel.

Éditeur : Mnémos.

Nombre de pages : 204

Prix : 18 €

Illustration : Kerem Beyit.

Quatrième de couverture : "Les ailes immenses. Le corps vaste. La tête cornue et mobile au bout du cou. Et ces plaques d'écailles d'un bleu noir. La reine Ayline aurait pu défaillir si elle n'avait connu une succession d'épreuves, si elle n'avait été ballottée d'un cauchemar à l'autre. Son cœur était celui d'une guerrière : il n'était pas invincible mais il ne cesserait de battre qu'au prix d'une défense farouche. Elle sortit son glaive du fourreau ; il lui sembla dérisoire face à la puissance du monstre qui se percha sur l'édifice, ailes toujours déployées."

[…]

D'un univers à l'autre, de l'exaltation aventureuse à la retenue intimiste, tout l'éventail de la Fantasy se déploie, porté par sa créature la plus légendaire et par sa figure la plus complexe. Drégonjon et son Elfrie, Chuchoteurs de dragons, Reines protectrices ou vengeresses, Sœurs de la Tarasque, Éveilleuse entre les mondes, Déesse aux deux visages : vivez les frissons de l'épopée et de l'émotion, assistez à la confrontation de ces Reines et Dragons !

Mon avis :

L'anthologie Victimes et Bourreaux m'ayant laissé un peu sur ma faim, j'ai commencé celle-ci avec une pincée d'appréhension : si j'aime les dragons sous leurs formes les plus diverses, les personnages féminins gagnent rarement mes faveurs aussi, le côté 'reines' m'a fait grincer des dents en le découvrant mais l'appel des dragons a été plus fort et je ne regrette pas d'y avoir succombé.

D'une manière générale, Reines et Dragons est une anthologie bien pensée. Les textes s'enchaînent de manière cohérente et, pour une fois, je n'ai fait qu'une entorse à mon habitude de lire dans le désordre : j'ai craqué pour le titre "Under a lilac tree" et je n'ai pas pu me retenir de la lire juste après celle d'Adrien Tomas. J'ai également apprécié la diversité des univers, la grandiloquence des décors et la poésie présente de mille manières dans chacun des textes réunis ici (encore bravo à Sylvie Miller et Lionel Davoust, ils ont fait un beau travail). C'est cette pluralité qui fait, à mon avis, toute la magie de cette anthologie : chaque auteur a réussi à donner à la relation Reines/Dragons, une force et une profondeur qui lui est propre c'est ce qui fait toute la saveur de cette anthologie. Je ne m'attarderai pas sur les relations entre les deux créatures de peur de déflorer l'intrigue des nouvelles mais je n'ai été déçue par aucune d'entre elles et, si j'avais peur de trouver des schémas classiques, j'ai été grandement détrompée.

Les nouvelles :

L'anthologie commence par une belle œuvre poétique de Chantal Robillard : "Le dit du Drégonjon et de son Elfrie". Dans leur préface, Sylvie Miller et Lionel Davoust conseillent au lecteur de lire ce texte à voix haute et ils ont bien raison ! Un dit est une forme de poème vouée à être lue à haute voix (si si c'est même dit dans le dit (aha aha aha)) et Chantal Robillard maîtrise ce genre avec un brio certain. Le texte est entraînant et parfait pour entrer dans l'anthologie même si j'ai mis un moment à rentrer dedans (à cause du rythme non classique des vers). Cependant, une fois ce souci passé, je me suis laissé porter par l'histoire de ces Elfries et du Drégonjon. L'univers est à peine effleuré mais on en sent toute la profondeur en quelques phrases bien placées. J'ai aimé cette écriture qui touche juste, cette violence qui n'a pas besoin de dizaines de lignes pour la justifier, l'expliquer, etc. Ajoutez à tout ça une psychologie des personnages bien maîtrisés et un retournement inattendu et vous avez une très bonne première nouvelle.

Thomas Geha offre, avec ses "Chuchoteurs du dragon" une nouvelle ancrée dans un univers riche que j'aurai aimé découvrir plus en profondeur mais, si je reste sur ma faim à ce propos, je dois reconnaître que le reste tient ses promesses. Ici, la relation entre la reine et le dragon commence à prendre forme, s'immisce dans les rêves plus que dans la réalité. Le décor que dessine Thomas Geha prend alors toute son importance. La reine Hiodes est perdue dans un palais dans lequel elle n'aurait jamais voulu se trouver, entourée d'hommes rompus aux complots de cours, dans une atmosphère qui s'obscurcit à chaque instant. L'atmosphère angoissante se resserre autour des personnages tandis que le mystère qui entoure le dragon se lève et donne toute son ampleur à l'intrigue. La chute n'a fait que renforcer mon opinion sur ce texte et sur l'auteur, une très belle découverte.

Je ne connaissais pas Adrien Tomas avant de découvrir sa nouvelle, "Ophëa", bien jolie découverte. Ophëa, reine d'un royaume qu'elle tente de diriger après la mort de son roi, se retrouve contrainte à trouver un nouvel époux pour le bien du royaume. Rusée comme Pénélope, elle décide de n'épouser que l'homme ayant assez de courage et de bravoure pour tuer le dragon qui causa la mort de son mari. C'est là que la nouvelle prend les habits de l'épopée. Mais il ne faut pas se tromper et penser ne trouver là qu'un texte classique de chevaliers et dragons, car Adrien Tomas sait où il va et, une fois terminée, la nouvelle n'en est que plus délectable.

"Au cœur du Dragon d'Anne" Fakhouri est une nouvelle au style fluide et à l'univers intéressant mais j'ai trouvé les personnages traités un peu trop rapidement pour que je puisse m'y attacher réellement. Ceci dit, j'ai aimé l'originalité du monde crée par l'auteur et sa manière de nous le faire découvrir. Malheureusement, j'ai lu sa nouvelle juste après celle de Mathieu Gaborit (l'une des meilleures nouvelles de l'antho pour moi), donc mon avis était forcément biaisé par ma lecture précédente.

Le texte de Justine Nigoret aurait pu être mon texte préféré s'il avait été un peu plus court. "Achab amoureux" ou "La grande déesse de fer de la miséricorde" (le premier titre se trouve en tête de chaque page, le second au début de la nouvelle et, comme j'aime les deux, je n'ai pas su trancher) est un texte barré, surréaliste, il y a un vrai travail sur la langue, sur sa poésie mais aussi sur la quête et sur la fantasy en général. Le décor peint est grandiose et tordu à souhait. Bref, il y a une foule de choses qui fait que j'aime cette nouvelle mais j'ai trouvé qu'elle s'essoufflait sur la fin, que l'ambition du texte étouffait le texte lui-même et c'est dommage (même si la nouvelle reste la plus courte de l'anthologie).

"Morflam" de Pierre Bordage est un récit simple dans sa forme mais, sublimé par la plume fluide et entraînante de l'auteur, se transforme en une nouvelle qui, si elle ne transcende pas le genre reste originale et extrêmement agréable à lire. Une vraie bouffé d'air frai après l'univers déjanté de Justine Nigoret. J'aime ces textes où je sens que l'auteur n'a pas cherché à en faire des tonnes, juste à offrir à son lecteur un agréable moment, et c'est réussi.

De Charlotte Bousquet, j'avoue ne connaître que le côté novelliste et j'ai été contente de la retrouver dans cette anthologie avec sa nouvelle "Azr'Khila". Ce que j'apprécie chez elle c'est sa manière de traiter la violence, avec une subtilité qui de voile rien mais qui permet de la sublimer et de la dénoncer avec doigté. J'ai également aimé le choix du décor : des étendues arides, des peuples nomades, des divinités cruelles et protectrices, des odeurs d'épices, de sang et de chèvres (j'aime les chèvres et leurs odeurs et je l'assume). La reine de l'histoire est peut-être ma préférée de toutes et j'ai aimé la manière dont Charlotte Bousquet a su la magnifier, la rendre forte, puissante et attachante.

"Où vont les Reines" est un texte dont je suis ressortie avec un goût amer aux lèvres, sensation que j'apprécie tout particulièrement. Je ne savais pas trop quoi penser de ce texte avant de lire la dernière phrase. J'aime les textes qui vous portent sans vous chambouler, ceux un peu contemplatifs, lents, centré sur un personnage, et qui viennent, en une phrase, renverser toutes vos certitudes (bon je triche un peu, le texte prend toute sa force à deux paragraphes de la fin mais la dernière porte à elle seule 95% de la tension). "Où vont les Reines" fait parti de ces textes qui me bouleversent, dont la force m'émeut encore à leur simple évocation et je suis heureuse d'avoir craqué pour l'anthologie, ne serait-ce que pour cette découverte.

"Le monstre de Westerham" d'Érik Wietzel permet de s'intéresser un peu plus au rôle du dragon non seulement envers les hommes mais aussi envers ses semblables. La nouvelle prend le contrepied à ce qu'on attend d'elle et crée un univers que j'aurai aimé explorer davantage. Servis par un style précis et direct, les enjeux humains et dragoniens (dragoniques ?) permettent à l'intrigue de prendre de l'ampleur et de gagner petit à petit en tension. La relation entre les deux personnages est bien pensée et, même si je trouve que la fin aurait pu être plus forte, elle n'en demeure pas moins juste et dans la lignée du reste du texte.

Avec "Under a lilac tree" Mathieu Gaborit prend la première place sur le podium de mes nouvelles préférées de l'anthologie. Sur fond d'urban fantasy – que je n'apprécie que rarement et modérément – il offre à Paris un voile onirique et poétique. Chaque image évoquée est à la fois forte et éthérée et elles s'enchaînent, comme des visions troubles, tout au long du texte. J'ai aimé l'atmosphère qui se couvre de givre à mesure que la Reine/Muse tente de remplir son devoir, les évocations visuelles suscitées par les descriptions, la place du rêve dans les pensées de l'artiste, toute cette réflexion sur l'imagination et la création. Je me suis laissée emporter par les mots, par la sensation de froid qui gagne en intensité à mesure qu'avance le récit, j'ai chevauché les ailes du dragon et vu, sous moi, le Paris de Mathieu Gaborit se dessiner. Je le remercie d'avoir mis un peu de magie et de fantasy dans mon quotidien, les trajets en bus ou en métro ne seront plus les mêmes désormais.

J'ai été heureuse de retrouver la plume, fine et sensible de Nathalie Dau grâce à sa nouvelle "Cet œil brillant qui la fixait". Une fois n'est pas coutume, Nathalie Dau évoque l'amour et le sacrifice et le désir de liberté qui exacerbe l'ensemble. C'est une histoire belle et triste qu'elle nous conte, pleine de dualités et de liens qui se forment, de douleur, de compassion, de compréhension. Je me suis laissée portée d'un bout à l'autre comme on se laisse porter par les contes et, une fois le voyage terminé, j'ai été emplie de ce sentiment étrange de sérénité qui marque la fin des belles histoires.

C'est à Mélanie Fazi que revient la lourde tâche de clôturer l'anthologie et c'est, une fois encore, un excellent choix de la part de Sylvie Miller et Lionel Davoust. "Les sœurs de la Tarasque" a été, pour moi, une leçon d'écriture. Les sentiments confus des personnages, le monde décrit sans en avoir l'air, la subtilité dans l'atmosphère et la tension qui monte dans le cœur de la jeune Rachel. La force des personnages de Mélanie Fazi m'a impressionnée, elle peint ces adolescentes – avec leurs luttes intérieures, leur jalousie, leurs espoirs, leurs contradictions – avec une telle justesse que j'en suis restée admirative. Une très elle manière de terminer la lecture de cette anthologie.


I.