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lundi 8 juillet 2013

Focus : Aude Cenga

Aude Cenga est l’une des nouvellistes qui ouvrent la collection Micro de Walrus (dont on a déjà dit beaucoup de bien ici). Ayant déjà rencontré le style de l’auteur, je me suis précipitée sur ses deux nouvelles pour aller au-delà des extraits lus çà et là. 




Les Saigneurs

Résumé de l’éditeur : À Abaddon, ce cloaque nauséabond, on rate sa vie et on se suicide pour tuer le temps. Les humains s’accommodaient de la situation jusqu’au jour où les vampires décident de révolutionner le paysage audiovisuel abadonnien. Ils produisent un nouveau genre de télé-réalité, fun et familial, où les candidats s’entretuent en direct pour gagner quelques billets. Les créatures profitent de l’engouement pour sélectionner leurs futurs membres grâce au concept phare : Deviens un vampire. Et les jurés ont leur propre conception de la perfection.


Le résumé m’a séduite et j’ai été heureuse de découvrir que l’humour noir qui le caractérise se retrouve aussi dans la nouvelle. L’idée de la télé-réalité vampirique est sympathique mais ne serait pas grand-chose sans l’angle choisi par l’auteur, sans la dérision et le cynisme de son écriture. Tout repose sur le fait que l’humanité sombre petit à petit dans la déchéance et la grisaille, plus rien ne les intéresse et même les télé-réalités les plus absurdes ou les plus horribles ne suffisent pas à maintenir leur attention. L’émission Deviens un vampire permet un sursaut d’intérêt chez les téléspectateurs et on découvre alors que les vampires profitent plus de la vie que l’humanité qui se contente de la suivre sur ses écrans.
Une nouvelle à prendre au troisième ou quatrième degré servit avec un cynisme des plus savoureux.



Anastasis


Résumé de l’éditeur : Perdu dans un blizzard terrible au milieu des montagnes américaines, Lodrick fait une sinistre rencontre qui va changer sa vie à tout jamais. De retour en France quelques semaines plus tard, ce n’est plus le même homme : tiraillé par une faim carnassière et sans limites, il semble possédé par une présence diabolique. Samia, sa compagne, ne le reconnaît plus. Pire, elle sent la peur l’envahir une fois rentrés à la maison : l’amour se change en terreur et l’appartement en tombeau. Car celui qui est revenu du désert glacé n’est plus Lodrick : c’est un ennemi, un envahisseur. Une menace sombre plus vieille que l’Humanité elle-même, et qui est bien décidée à prendre le pouvoir.


Tout comme Les Saigneurs, Anastasis, fait preuve d’un humour noir, sombre, qui filtre souvent avec l’horreur mais qui m’a tout de même fait sourire à plusieurs reprises. Ici aussi, nous sommes en présence de créatures sorties des peurs les plus enfouies des hommes mais la comparaison s’arrête là. Anastasis est un texte cruel, sans concession, violent et empli de rage. Si j’ai trouvé le début bien mené, j’ai eu l’impression, par la suite, que l’auteur a préféré mettre en avant les ambiances et les descriptions au détriment d’une intrigue un peu plus développée. Je suis ressortie de ma lecture un peu frustrée par le manque d’explications de fond mais la tête emplie d’images terrifiantes.



Pour lire les nouvelles n'hésitez pas aller voir la page de l'auteur sur le site des éditions Walrus. 

mardi 2 juillet 2013

Dragon de Glace - George R. R. Martin

Titre : Dragon de glace.

Auteur : George R. R. Martin

Éditeur : Actu SF

Nombre de pages : 191

Prix : 12 €

Couverture : Andy Brase 



Quatrième de couverture : 

“D’un blanc cristallin, ce blanc dur et froid, presque bleu, le dragon de glace était couvert de givre ; quand il se déplaçait, sa peau se craquelait telle la croûte de neige sous les bottes d’un marcheur et des paillettes de glace en tombaient. Il avait des yeux clairs, profonds, glacés. Il avait des glaçons pour dents, trois rangées de lances inégales, blanches dans la caverne bleue de sa bouche.
S’il battait des ailes, la bise se levait, la neige voltigeait, tourbillonnait, le monde se recroquevillait, frissonnait.
S’il ouvrait sa vaste gueule pour souffler, il n’en jaillissait pas le feu à la puanteur sulfureuse des dragons inférieurs.
Le dragon de glace soufflait du froid.”

Auteur du fabuleux cycle du Trône de Fer, George R. R. Martin nous prouve à travers les quatre nouvelles de ce recueil qu’il est aussi bon romancier que nouvelliste. Il sait tisser des intrigues passionnantes et des personnages puissants, aussi attirants qu’inquiétants.

Ce recueil contient notamment L’Homme en forme de poire, prix Bram Stoker et Portrait de Famille, prix Nebula.

Mon avis : 

On ne présente plus George R. R. Martin le fantastique auteur du Trône de Fer. Ayant commencé il y a peu la saga, j’ai décidé de faire une pause pour m’intéresser à ce petit recueil dont j’avais entendu beaucoup de bien. Composé de quatre nouvelles, il permet de retrouver l’auteur de fantasy grâce aux deux premières et de découvrir (si vous ne lui connaissiez pas cette casquette) l’auteur de fantastique à travers les deux autres.

Dragon de glace : la nouvelle qui donne son titre au recueil raconte l’histoire d’une petite fille née en hiver dont le caractère et la sensibilité sont liés à cette saison. La vie de celle-ci est rythmée par l’attente de son anniversaire car, si son fermier de père, son frère et sa sœur s’enthousiasment à l’arrivée de l’été, elle elle attend avec impatience l’arrivée du froid qui annonce celle du dragon de glace, créature rare et indomptable à laquelle elle s’est liée d’amitié.
De ce texte, j’ai avant tout retenu la facilité avec laquelle George R. R. Martin m’a attachée à son personnage. Une page et demie a suffi pour me donner l’envie de tout savoir sur elle, de suivre avec passion ses aventures et ses réflexions, de lire au plus vite la suite pour apprendre ce qui allait arriver. La fin de la nouvelle m’a chamboulée aux larmes par sa manière de mêler résignation et bonheur à venir. Une très jolie rencontre, loin des intrigues de Westeros mais qui montre que l’auteur est un grand écrivain en plus d’être un grand conteur.

Dans les Contrées perdues est une autre nouvelle de fantasy même si, par sa forme et le déroulement de son article, je la rapprochais plus au conte. L’histoire contée est celle d’une sorcière, Alys la Grise, qui ressemble à celles qui ont bercé mon enfance (une vieille femme qui vit dans un petit village, crainte et respectée) et qui a pour particularité de ne jamais refuser ce qu’on lui demande. Lorsque la Reine lui réclame le pouvoir de se changer en loup, Alys la Grise part dans les Contrées perdues, étendue hostile, située par delà les montagnes et peuplée de créatures qui peuplent l’imagination des hommes. L’intrigue m’a semblé moins profonde que celle de la nouvelle précédente mais les deux sont liées par l’amertume que j’ai ressentie à la fin. Si dans Dragon de Glace, elle est voilée par un sentiment de joie familial, elle est exacerbée dans ce texte par l’aspect froid d’Alys et par la conclusion que connaît le couple formé par la reine et son champion.

L’homme en forme de poire est une nouvelle fantastique assez classique mais servie par une écriture qui fait lentement monter la paranoïa et du personnage et du lecteur. Nouvelle angoissante, elle est mise en avant par cet homme, en forme de poire, qui n’a d’autre identité que celle-ci et qui passe ses journées à manger des chips et boire du coca, tout en observant les allées et venues de la jeune femme qui vient d’emménager dans le même immeuble que lui. La tension crée par ce regard et par l’inquiétude grandissante de cette femme est savoureuse et la fin, classique certes, toujours aussi efficace.

La dernière nouvelle, Portrait de famille, met en parallèle les relations entre un auteur et sa famille et un auteur et ses personnages. Relations conflictuelles, fusionnelles, désespérées, elles permettent à Martin de mettre en avant toutes les psychoses de l’être humain avec une plume sèche, dure, qui ne fait aucune concession. Ici encore, la chute nous plonge dans une réflexion amère qui m’a laissé un goût de bile dans la bouche.

Un recueil qui s’avère à la fois très divers mais qui s’attarde à mettre en avant les côtés les plus obscures de l’être humain et les conséquences, parfois dramatiques, de ses choix. À lire sans hésitation.

Le petit plus :

L’ambiance des nouvelles entre postulats classiques, dépaysement, atmosphères oppressantes et émotion.

samedi 29 juin 2013

Des nouvelles au soleil

Pas de chronique pour le moment parce que je profite de mes vacances pour lire une partie des nouvelles de ma PAL mais je vous concocte quand même un article sur mes lectures en cours et donc sur les avis à venir. 






Dragon de Glace est un recueil de George R. R. Martin dont j’ai beaucoup entendu parler sans me motiver à le lire. C’est chose faite (grâce à la fin des concours et un après-midi ensoleillé passé aux Jardins des Tuileries) et je suis contente d’avoir sauté le pas. De Martin, je ne connaissais que la facette auteur de fantasy grandiose et complexe ; ce recueil m’a permis de rencontrer l’auteur d’un fantastique ambigu et empli d’angoisse. 






Le premier titre de la collection « Micro » des éditions Walrus (Cosmic Karma dont on parle ici) m’ayant beaucoup plu, j’ai décidé de télécharger deux nouvelles d’un auteur que je ne connaissais pas mais dont j’attends désormais les prochains textes avec impatience : Aude Cenga. Là encore, une chronique à venir très bientôt mais, pour vous donner un aperçu, c’est plein de noirceur, de cynisme et très incisif.






Je continue aussi ma découverte de la collection E-Courts des éditions Voy’el avec la nouvelle Au service des insectes de Cindy Van Wilder. Si les nouvelles de Vanessa Terral m’avaient dépaysée, celle de Cindy Van Wilder dévoile un univers beaucoup plus apocalyptique mais tout aussi maîtrisé.


Plus qu’à rédiger toutes ces chroniques et continuer mes lectures !


lundi 8 avril 2013

Origines # 2 - Lovecraft

Après Maupassant, voilà le moment de se replonger dans l'univers mystérieux et horrifique de Lovecraft, un auteur prolifique de la première moitié du XXème siècle. Les éditions Mnémos ont sélectionné des nouvelles et novellas emblématiques réunies dans Les Montagnes hallucinées et autres récits d'exploration, avec une traduction toute fraîche de David Camus.


Pour 22,5 euros, Mnémos propose six récits étalés sur 329 pages en grand format.
J'apprécie énormément Lovecraft et je me suis régalée avec ce choix de textes.

Mes impressions :
Lovecraft, architecte de cités démesurées, mais perdues à jamais, créateur de monstres qui mènent les hommes à la folie, écrivain aux phrases tortueuses et aux légendes mystérieuses... En fait, je crois qu'il me plaît parce qu'il parle souvent de tentacules ^^ Tous les récits de ce recueil sont à la première personne du singulier, ce qui augmente l'identification aux différents narrateurs.

* "Dagon" : Un homme perdu au milieu de l'océan échoue sur une rive boueuse et rencontre un monstre des profondeurs qui marque son esprit à jamais. Une nouvelle plus évocatrice que descriptive.

* "La Cité sans nom" : Au cœur du désert, le narrateur s'enfonce dans les tréfonds d'une cité où semblent avoir vécu d'étranges reptiles.

* "Prisonnier des pharaons" : Un prestidigitateur visite avec délices les trésors de l'Égypte, mais son séjour se transforme vite en cauchemar. Une nouvelle très couleur locale, immersive. On se croirait dans les souks décrits par Lovecraft.
 

* "L'Appel de Cthulhu" : J'ai lu beaucoup de textes de Lovecraft, mais curieusement, jamais celui-là, celui qui fonde la légende de l'affreuse divinité au corps recouvert de tentacules et aux ailes de chauve-souris. Pendant la lecture, tout l'univers décrit par Lovecraft me donnait une impression de déjà-vécu, comme si la légende de Cthulhu m'était si familière que j'en connaissais déjà la teneur.
Pour le plaisir, le début :
"La chose la plus miséricordieuse qui soit au monde est bien, je crois, l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il contient. Nous vivons sur un paisible îlot d'ignorance  perdu au milieu des noirs océans d'infini, au large desquels nous n'avons jamais été destinés à naviguer. Les sciences, chacune tendue vers son propre objectif, nous ont jusqu'à présent relativement épargnés ; mais un jour viendra où le rapprochement de toutes ces connaissances éparses nous ouvrira des perspectives si terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons, que cette révélation nous rendra fous ou nous fera fuir la lumière mortelle pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres."
* "Les Montagnes hallucinées" : J'ai déjà chroniqué cette novella ici, je ne vais pas recommencer. Toutefois, je voudrais quand même redire que cette histoire de cité perdue dans l'Antarctique est un bijou.

* "Dans l'abîme du temps" : Un éminent professeur d'université vit une amnésie de cinq ans pendant laquelle sa personnalité est transformée. Lorsqu'il enquête sur cette période inexpliquée, il découvre un peuple à la sagesse incroyable mais à l'aspect repoussant. Et leurs ennemis sont pires encore... C'est peut-être l'histoire du recueil que j'ai la moins aimée car elle vire parfois au catalogue de descriptions de la cité, des mœurs ou des caractéristiques des créatures qui intéressent le héros.

jeudi 4 avril 2013

L'Amicale des jeteurs de sorts - Thomas Bauduret et Christophe Thill

Pour l'anthologie officielle de Zone Franche 2013, festival de l'imaginaire de Bagneux, Malpertuis a fait un pari original : traiter le thème de la sorcellerie à travers des textes fantastiques.


Titre : L'Amicale des jeteurs de sorts

Auteurs : Nico Bally, Karim Berrouka, Emmanuelle Cart-Tanneur, Olivier Caruso, Lucie Chenu, Julie Conseil, Bénédicte Coudière, Romain d’Huissier, Robert Darvel, Frank Ferric, Laurent Fétis, Jacques Fuentealba, Anthelme Hauchecorne, Léo Henry, Julien Heylbroeck, Bernard Leonetti, Claude Mamier, Laurent Mantese, Christian Perrot, Simon Sanahujas, Jean- François Seignol, Ketty Steward, Sylas, Jan Thirion.

Pages : 337

Prix : 16 euros




Quatrième de couverture :
Et si un simple baladeur pouvait déterminer l’avenir ? Pourquoi un homme se passionnerait-il pour un couple de siamois somnambules et télépathes ? Des accros au fast-food peuvent-ils créer à leur insu une nouvelle forme de magie ? Les bonnes actions guérissent-elles le cancer ?


Tous les magiciens ne portent pas des chapeaux pointus, certaines sorcières se passent aisément de baguette ou de balai. Ils sont parmi nous, et les courants de magie serpentent dans les endroits les plus banals, s’invitent dans les objets de tous les jours et peuvent même sillonner l’espace intersidéral. Vingt-quatre auteurs ont relevé le défi et vous invitent à les rencontrer. Ils ont promis-juré de ne pas changer un seul lecteur en crapaud.


Mon avis :
Une anthologie de qualité, avec cependant des nouvelles bien plus ensorcelantes que les autres à mon goût.
Panorama des textes qui m'ont envoûtée ci-dessous.

Je commence par mes deux coups de cœur :
* "Le sorcier de Bressac" de Laurent Mantese : Trois cadres perdus dans la campagne se réfugient dans un vieux château. La nouvelle joue sur les contrastes : contraste entre le ton très XIXème et le contexte moderne dans lequel évoluent les héros, contraste entre l'ambiance sinistre et l'incrédulité des personnages. Finalement, cela donne une nouvelle à la fois horrifique et humoristique. Un petit bémol pour la fin que j'ai trouvée un peu précipitée.

* "Le Marchand de réalité" de Simon Sanahujas : Plus que l'histoire, qui mêle les thèmes de la magie et la quête de pouvoir, c'est la narration qui m'a séduite. L'auteur s'est livré à un exercice de style très original qui mélange deux possibles dans les rêves d'un oniromancien, sur demande d'un jeune noble désespéré.

Suivent les potions très agréables à avaler :
* "Bataille" de Claude Mamier met en scène une partie de cartes cruelle entre Titania et Obéron. L'ennui qui pèse sur leurs existences menace les humains. Le ton est plutôt mélancolique.

* "La Nuit où tu m'aimeras" de Jean-François Seignol : Un texte qui met du temps à démarrer jusqu'à ce qu'on s'habitue à la chaleur et à la moiteur de Buenos Aires. On se laisse alors entraîner par la sensualité des  corps unis par le tango.

* "Amour, siamois et sorcellerie" de Robert Darvel. Pour vous mettre dans le ton tout de suite, voilà comment débute la nouvelle :
"Si on vous demande pourquoi moi, Georges Chevat-Crozet, j'ai quitté mon adorable fiancée pour vivre avec un homme-tronc nanti d'un unique bras étiolé comme un tubercule, racontez l'histoire qui suit."
Ce récit loufoque implique une sœur et un frère siamois qui s'affrontent au moyen de l'alchimie, un observateur placide et la naissance d'un amour inattendu. Rires en perspective.

* "Magic Best-of" de Julien Heylbroeck : Un groupe d'hommes adeptes de junk food se retrouve aux prises avec une secte de sorciers mystérieux. De nombreux rebondissements dans cette nouvelle humoristique très réussie, où l'on s'attache vite aux personnages principaux.

* "Le butô atomique" d'Anthelme Hauchecorne : Maudit par une sorcière, un malade du cancer raconte son histoire à son médecin avec cynisme. Un texte drôle et dynamique.

* "Hong Kong by Night - Vengeance pour un dragon" de Romain d'Huissier : Ce texte exotique nous transporte dans les ruelles mal famées d'Hong Kong à la poursuite de créatures maléfiques. Une nouvelle très immersive.

* "Tordre le cou à la pensée magique" de Léo Henry : Un homme voit le futur dans son IPod, ce qui lui attire pas mal d'ennuis. Une nouvelle-thriller avec une chouette bande-son.

* "Vaisseau d'espoir, comment es-tu devenu vaisseau de douleur?" de Karim Berrouka: Dans ce texte de Science-fiction, les vaisseaux sont propulsés dans l'espace par une force étrange et inquiétante. L'auteur fait bien monter la sauce de l'horreur, notamment grâce au ton grinçant de son narrateur.

En bref, à des textes plus classiques dans la forme ou les idées, répondent de belles trouvailles d'écriture.
M.

mardi 5 mars 2013

Fragments d'une fantasy antique.

Anecdote : Grande amatrice de mythologie, je suis entrée dans le microcosme de la littérature SFFF française à travers l'anthologie Les Héritiers d'Homère (éditions Argemmios). Lorsque j'ai appris que Mnémos allait sortir un recueil autour des mythologies gréco-romaines, je me suis armée de patience pour en attendre la sortie. 



 


Titre : Fragments d'une fantasy antique

Auteurs : Romain Aspe, Fabien Clavel, Nathalie Dau, Lionel Davoust, Jeanne A. Debats, Nicolas Delong, Sylvie Miller & Philippe Wrad, Rachel Tanner.

Anthologiste :
David K. Nouvel

Éditeur :
Mnémos

Nombre de pages : 240 pages

Prix : 17 €

Couverture :
Rainbowchaser / Dreamstime

Quatrième de couverture
: N’avez-vous jamais rêvé de… 

Devenir le plus grand architecte du monde ?
Trouver des fragments perdus d’un roman à succès ?
Vous venger des Dieux… ou bien devenir leur détective privé attitré ?
Toucher un objet et savoir tout de son histoire ?
Répondre à la célèbre énigme du Sphinx ?
Mettre un terme à la faim dans le monde ?
Ou aimer un bel Apollon au point de l’avoir dans la peau ?

Neuf auteurs français, guidés par Homère et Virgile, sont partis en expédition dans le royaume d’Hypnos cueillir pour vous ces quelques fragments de rêves, et, telle une Pénélope des temps modernes, les ont tissés pour en faire des histoires, belles et vives, sanglantes et graves, anciennes et modernes. Ils ont, lors de leur périple, parcouru les immenses domaines de Rome et d’Athènes, parlé aux Dieux, mangé à la table de Trimalchion et se sont reposés sur les bords du Vésuve endormi. De retour sur nos rivages, ils sont maintenant le souffle contemporain des Muses. Écoutez leur chant, lisez leur prose, dégustez-les.
Ils sont à vous.

Ces huit nouvelles ont été écrites dans le cadre du colloque « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain » (7-9 juin 2012), organisé avec le soutien de l’École Pratique des Hautes Études et de l’Université de Rouen, afin de démontrer la vivacité de l’héritage gréco-latin dans les fictions contemporaines de Fantastique, Fantasy et Science-fiction.

Mon avis :


Dans l'ensemble, je dois reconnaître que j'ai bien fait d'attendre. Cette anthologie a été à la hauteur de mes attentes et plus encore.

Tout d'abord, avec la première nouvelle, « Sur un fragment perdu du Satyricon ». En choisissant d'écrire un des chapitres perdus du Satyricon, Fabien Clavel se met sous le patronage des grands auteurs antiques. Plutôt que de s'appuyer sur un mythe, il préfère travailler autour de la mythologie qui s'est créée autour de ce texte. L'histoire qui est racontée dans ce fragment perdu est celle d' homme qui va tomber sous le charme de Giton et tout faire pour se rapprocher au plus de l'être aimer. Au-delà de l'histoire d'amour, il y a une véritable mise ne avant de la vie Romaine. Les cultes, la vie quotidienne, la religion, tout y passe, il y a non seulement une vraie recherche sur la société mais aussi une recherche sur le style du Satiricon. Un bel exploit de la part de l'auteur et une jolie ouverture.

Le texte suivant, « Le miroir d’Electre » de Jeanne-A. Debats est étrange. Aujourd'hui encore, je ne sais si je l'ai aimé ou non. Il y a une complexité chez les personnages qui m'a perdu. L'absurdité de l'univers avait des reflets de l'Écume des jours mais je m'y suis parfois un peu trop perdue (m'accrochant au titre comme à une bouée). La manière dont Jeanne-A. Debats revisite le mythe d'Electre est intéressant et j'aurai aimé que le texte ce recentre sur le mythe plutôt que sur l'idée tentaculaire dévoilée à la fin (et qui m'a semblé trop compliqué à appréhender).

En revisitant le mythe du labyrinthe, Romain Aspe propose une nouvelle spirituelle sur les désirs des hommes. Icar est à la fois un fils aimant et un jeune homme qui brise les règles au risque de s'y brûler. Si j'ai trouvé le début intéressant mais sans trop savoir par quel bout le prendre, la réflexion sur la vraie nature du Labyrinthe m'a conquise et j'en suis sortie avec ce sentiment étrange entre l'incompréhension et l'émerveillement.

« Le Sphynx » de Rachel Tanner est une nouvelle extrêmement courte et efficace. L'angle d'approche est surprenant et j'en ai aimé l'aura de noirceur qui l'enveloppe. La figure du sphinx est magistralement mise en avant avec tout ce qu'elle a de bestial et de cruel. Savoureux !

Avec « Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse », Lionel Davoust nous propose une nouvelle qui prend la forme d'un rapport tout ce qu'il y a de plus officiel. Si ce genre de lecture me rebute la plupart du temps, ici, les références mythologiques distillées petit à petit et les touches d'humour noir m'ont plusieurs fois fait sourire et j'ai trouvé dans ce mélange entre mythologie et procédure un ton parfaitement délectable.

Il y a dans « Les Dieux veulent, les Dieux prennent », une réflexion sur l'être et le changement qui m'a beaucoup plu. Comment un personnage peut-il devenir son opposé (physiquement et moralement) par la faute des dieux ? Comment la colère, la rancune, peut-elle diriger toute une vie ? Nicolas Delong répond à ses questions avec une sensibilité certaine et ses personnages se nappent d'un voile de douleur et de vengeance.

Ayant déjà eu affaire au détective de Philippe Ward et Sylvie Miller, j'ai commencé « Voir Pompéi et mourir » un peu à reculons (non seulement elle est longue mais je n'apprécie pas plus que ça les aventures de Lasser). Ce n'est clairement pas une nouvelle pour moi. Trop de pulp, de rebondissement, trop peu de réflexions sur la mythologie. J'aime une nouvelle lorsqu'elle m'emporte intellectuellement pas lorsqu'elle est simplement divertissante et je n'ai malheureusement vu que le côté divertissant dans celle-ci. Je ne dis pas qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle, loin de là, les personnages sont dynamiques, l'intrigue intrigante, le côté pulp très bien dosé ; je suis certaine qu'elle peut plaire à beaucoup de monde, mais je ne suis clairement pas le public visé. Dommage.

« À couteau » de Nathalie Dau, qui vient clôturer l'anthologie est une pépite. Je m'attendais à beaucoup de choses lorsque j'ai vu le nom de l'auteur sur la couverture mais je ne pensais pas être surprise à ce point. On y retrouve la plume ultra-sensible de Nathalie Dau qui peint les sentiments humains (notamment les plus sombres) avec une justesse qui m'a fait frissonner. Apollon, dieu solaire et lumineux, se fait de plus en plus obscur, de plus en plus terrible, de plus en plus divin. Le mythe est pris sous un angle nouveau et Marsyas devient l'amant et non plus le rival. Mais toutes les histoires ont une fin et Nathalie Dau fait preuve d'un équilibre entre délicatesse et cruauté admirables pour clore la sienne en beauté.

Le petit plus : la maquette intérieure, camaïeu de brun et beige claire.

mardi 5 février 2013

Présumé coupable - Isabelle Guso

Anecdote : C'est la première novella qui m'est tombée dans les mains aussi, j'en garde un souvenir particulier. À l'époque de sa sortie, le texte a fait beaucoup

Titre : Présumé Coupable


Auteur : Isabelle Guso



Éditeur : Griffe d'Encre

Nombre de pages : 91

Prix : 9 €

Illustration : Zariel

Quatrième de couverture : 

Autour de mes démons, une armure de papier.
Mon Peter Pan dans sa tombe, ma forteresse.
Mentir puisqu’il le faut.
Lutter seul.
Et tenir bon.



Mon avis :
Il est difficile de parler de ce texte sans en dévoiler la thématique. De quoi parler alors ? Du personnage d'abord : un homme. Pas un homme simple (qui se prétend être simple ?), avec ses désirs, ses espérances et ses démons. Avec ses peurs aussi qu'il garde pour lui jusqu’à ce qu'un soir, après avoir peut-être trop bu (ou bien est-ce la pression, le besoin de parler qui s'est fait plus fort ?), il met un mot sur ce qu'il est.

C'est à ce moment qu'a commencé ma réflexion. Et je pense que c'est elle qui donne sa profondeur au texte d'Isabelle Guso. Il y a un équilibre entre la justesse et la simplicité de ses mots, des émotions de ses personnages. Sa manière de faire parler son héros est puissante, elle m'a enserré le coeur. Elle a réussi à ne pas le rendre pathétique mais à lui donner une profondeur qui amène à s'interroger sur son mal. Dans un univers à la fois trouble, cru et onirique, on va suivre cet homme dans son voyage à travers le Japon et jusqu'au plus profond de son esprit.


Je suis sortie de ma lecture avec un goût amer dans la bouche et j'ai adoré ça.

Le petit plus : la superbe couverture de Zariel et les annexes qui permettent d'approfondir le sujet.

jeudi 20 décembre 2012

Morts, dents, lames, hommage à la violence.

Anecdote : J'ai attendu durant de longs mois de pouvoir lire enfin cette anthologie. Alors, quand l'un de mes amis m'a dit que je pouvais l'avoir en avant-première pour la chroniquer, je me suis jetée dessus sans hésiter.

Titre : Morts dents lames, hommage à la violence.



 




 Anthologie dirigée par : Pénélope Labruyère-Snozzi


Auteurs :
Olivier Caruso, Rébecca Borakovsk, Mathieu Rivero, Christian Janone, Nolween Eawy, Lilian Bezard, Yves-Daniel Crouzet,Clémence Rochat, Siana,Vincent de Roche-Clairmont, Thomas Spok, Gaëlle Etienne, Christelle Lafont, Jeff Balek, Mathieu Fluxe,Guillaume Lemaître, Florence Freguin-Schneider, Christian Perrot, Pénélope Labruyère.


Éditeur : La Madolière

Nombre de pages : 225


Prix :
13 €


Présentation de l'éditeur : Morts Dents Lames est une collection de textes sanglants, dérangeants, morbides et violents. Tout ce que la littérature lissée du moment n'offre plus aux lecteurs en mal de sensations fortes.
Rangez vos couteaux et vos lames de rasoir, les auteurs de cette anthologie ont sorti les leurs pour vous découper des tranches de vies aux petits oignons. De l'inquisiteur pervers &aecute; l'anatomiste fou, du cannibale improbable au légiste pointilleux, de la fille innocente à l'adolescent complexé, la victime se cache parfois là où on ne l'attend pas.

19 nouvelles, 19 expériences de ce que la violence fait de mieux.

Mon avis :

Comme je l'écrivais à l'anthologiste il y a peu, j'ai été très étonnée à la lecture des textes présents. Je m'attendais à lire beaucoup de violence gratuite et de textes qui donnent sang et tripes justes pour les images et, heureusement, l'anthologie m'a détrompée. Cependant, tous les textes ne se valent pas et, plutôt que de faire un billet nouvelle par nouvelle, je traiterai les nouvelles par ensembles.

Seuls deux textes ne m'ont pas convaincue. Le premier, Ils, ne possède aucune réelle intrigue à mes yeux et les tortures subies par la femme m'ont semblé être là plus pour coller au thème que pour apporter quelque chose à l'histoire. La deuxième nouvelle qui ne m'a pas plu s'intitule Le thriller of Mouton Gris. Déjà, avec un titre pareil, ça partait mal pour moi et le côté grotesque de l'intrigue avec ses incohérences ne m'a pas touché. Je suppose que c'est une affaire de goût.

Viennent ensuite les textes dont je reconnais certaines qualités mais qui n'ont pas su me convaincre. Le chef-d'œuvre, part d'une bonne idée : un homme cherche à rassembler, en une musique improbable, les sons des corps torturés mais l'auteur n'exploite pas assez son idée et c'est dommage parce que ça sonne comme une envolée lyrique qui tomberait soudain à plat. C'est le problème que j'ai rencontré aussi dans les nouvelles Biocarburant et Tic-Tac : une idée intéressante mais qui ne possède pas de développement au point que je m'en suis rapidement désintéressée. À l'inverse, j'ai trouvé que L'homme à la pelle se perdait trop souvent dans des détails inutiles qui m'ont fait perdre le fil de la nouvelle au point que j'ai du en relire trois fois la fin pour bien la comprendre. C'est dommage parce que le style de l'auteur était vraiment intéressant et j'aurais aimé lire quelque chose d'un peu moins complexe. J'ai une impression assez étrange vis-à-vis d'Adelphe Ambroisie Je trouve que les scènes de tortures sont vraiment très fortes et que l'ensemble se tient bien, jusqu'à la chute. J'ai trouvé ça un peu trop facile et mon impression première s'est vue modifiée, les scènes qui m'avaient plu n'ayant plus la cohérence première. annA est un texte étrange et lancinant, parfois contemplatif, parfois éclairé de flashs sanglants bien dosés. Cependant, le style beaucoup trop poétique de la nouvelle m'a rebutée. Je suis très sensible à ce genre de chose aussi j'aime qu'un auteur qui utilise la poésie pour les besoins de son texte en connaisse les limites. Ici, il y en a clairement trop et le texte devient lourd.

Le baiser de Simon Soavi et Sous sa peau sont deux nouvelles troubles et sombres, servies par deux styles assez percutants malgré quelques ruptures qui m'ont parfois sortie de ma lecture. Quelques grammes d'humanité est une nouvelle brève, très brève, mais l'intrigue ici est appuyée par l'horreur qui est à peine dévoilée et qui prend donc plus de puissance. Je ne parlerai pas de Poupée Larsen puisque j'ai déjà dit tout le bien que j'en ai pensé dans l'article sur la nouvelle de la semaine. Je passerai donc directement aux nouvelles que j'ai le plus apprécié.

La cité comme les petits crayons rouges sont des nouvelles à la fois percutante et lancinante. Il y a un je ne sais quoi qui plane dans l'air, comme un parfum douceâtre qui donne au texte une ambiance particulière et savoureuse.

Entrez dit-il est, à l'inverse, traversé par un certain humour. Les personnages sont bien campés et j'ai aimé la subtilité de l'auteur dans le traitement du sujet et dans le choix de la chute.

Le sang des cailles mêle mysticisme égyptien et sentiments amoureux dans une nouvelle oppressante. Ici, la naïveté du personnage féminin accentue l'ambiguïté du personnage masculin dans un face-à-face malsain à souhait (et ça fait du bien de lire quelque chose d'insidieusement malsain après avoir lu une multitude de textes remplis de tripes et de sang).

Maintenant, le top 3 :

Au début, je ne pensais pas aimer Les frangins du 77. Je n'ai pas bien compris où l'auteur voulait aller et je trouvais le côté malsain un peu trop injustifié. Mais, petit à petit, cette longue nouvelle gagne en force et en cohérence. Les personnages s'approfondissent, parviennent à devenir à la fois touchants et ignobles et j'ai souri doucement à la fin, attachée malgré moi à ces deux frangins.

Pour moi, Anatomie, une histoire de l'âme, doit être lue à voix haute pour mieux s'imprégner du style de l'auteur, à la fois distant et percutant. J'aime les images qui s'en détachent, les théories, la tournure des phrases. L'histoire peut paraître un peu facile et parfois pas très cohérente mais ces petits défauts sont vite balayés par la manière dont les styles s'imbriquent pour mieux lier l'ensemble.

Si je devais n'avoir qu'un coup de cœur, ce serait Amercian Dream 2010. Ce n'est pas seulement l'intrigue qui est intéressante – histoire de deux hommes, deux amis d'enfance et de la guerre. Il y a ici tous les ingrédients pour faire une grande nouvelle. Des personnages bien campés, à peine esquissés mais cohérents, des dialogues précis, puissants, une intrigue simple mais bien ficelée, une atmosphère à mi-chemin entre celle des villes perdues au fin fond des USA et celle étouffante du campement militaire. Chaque scène est juste, chaque mot sa place, le style est incisif et sans concession. Bref, un vrai coup de cœur.

Le petit plus du livre : la présentation des auteurs. J'ai trouvé ça original et bien pensé. 

I.

dimanche 16 décembre 2012

NdS #14 L'elixir de longue vie - Balzac

L'élixir de longue vie - Honoré de Balzac


De temps en temps, un retour vers les classiques peut faire beaucoup de bien, notamment avec cette nouvelle de Balzac qui revisite le mythe de Don Juan.

Pourquoi lire cette nouvelle ?

Pour voir un Don Juan assez éloigné de notre imagination collective, pour le suivre un peu dans sa vie et dans sa mort aussi.


Une scène clé : La finale. Je n'en dit pas trop mais elle vaut le détour, entre horreur et rires.

Un personnage : Le fils de Don Juan, aussi pieux que son père était libertin.

Un petit aperçu ? : La nuit était noire. Le silencieux serviteur qui conduisait le jeune homme vers une chambre mortuaire éclairait assez mal son maître, de sorte que ma MORT, aidée par le froid, le silence, l'obscurité et par une réaction d'ivresse, put glisser quelques réflexions dans l'âme de ce dissipateur. Il interrogea sa vie et devint pensif comme un homme qui va voir juger un de ses procès.

Où trouver la nouvelle ? : Vous pouvez la télécharger pour la lire sur votre ebook à partir d'une des librairie spécialisée dans les livres sans droits d'auteurs ou bien la trouver dans votre librairie papier (le livre de poche l'édite seule à 1€50).

I.

Borders, anthologie dirigée par Charlotte Bousquet


Anecdote : La thématique très intéressante de cette antho et la taille, relativement courte, des nouvelles m'a tout de suite séduite. Ne me restait plus qu'à trouver le temps de lire et d'écrire ce billet (le deuxième point m'ayant demandé, comme souvent, beaucoup plus de temps que le premier).


Titre : Borders


 


Auteurs : Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy – Ambre Dubois

Éditeur : CDS

Nombre de pages : 105

Prix : 8 €

Couverture : Patrick Imbert

Quatrième de couverture :
Il y a toujours un choix, quelle que soit la nature de la frontière, même s'il n'est pas toujours fait par celui qui le subit. Est-ce qu'être un homme ou pas, finalement, ne résumerait pas simplement à cela ? (Hélène Ramdani)

Sirènes, manipulations génétiques, enclaves entre les mondes et les hommes… Borders, ce sont dix nouvelles sur les seuils et les passages, sur les frontières entre le même et l'autre, entre les hommes et entre les genres…

Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy et Ambre Dubois ont prêté leur plume à cette anthologie dont les droits sont entièrement reversés à RESF.

Oserez-vous, avec eux, la traversée des frontières ?


Mon avis : 

Cette petite anthologie est une petite merveille mêlant très justement puissance et poésie. *quelques petites fautes de mise en pages*

"Celle qui n'a pas lieu d'être", de Li-Cam, est un texte fort, en demi-teinte, à la narratrice poignante dans son mal-être. Clara est 'née sans frontière', une belle formule pour dire qu'elle a l'esprit entre deux mondes et qu'elle n'appartient ni vraiment à l'un, ni vraiment à l'autre. Cette impression de non-appartenance est rendue avec une plume précise et sensible qui dévoile ce texte, mélange d'espoir et de mélancolie. Une très belle ouverture pour cette anthologie.

Sophie Dabat nous plonge dans les brumes de Bretagne et dans ses légendes. Avec "La cave à Margot" elle entraîne le lecteur à la poursuite de fantômes, d'hommes, femmes ou enfants oubliés du monde qui n'aspirent qu'à passer de l'autre côté, même s'ils ne savent pas vraiment ce qui s'y trouve.

"Change de ciel tu changeras d'étoile" Marie-Anne Cleden est une nouvelle plus longue est posée que les autres. C'est peut-être ce qui m'a empêché de véritablement rentrer dedans. Le style très visuel est au service d'une histoire étrange, celle d'une jeune femme cherchant son frère dans la frontière entre les mondes. Une bonne nouvelle mais qui ne possède pas le côté percutant des autres.

"Ce que l'homme croit" de David Bry est au premier abord une nouvelle assez classique. Un homme demande, soir après soir à un mage de lui montrer le fantôme de son aimée. Et soir après soir, le mage s'exécute. Toute la beauté de la nouvelle repose sur sa chute, une réflexion mélancolique sur le besoin de l'homme à croire en certaines choses, même si, au fond de lui, il sait qu'il se trompe.

Laurent Gidon signe avec "Les intrusions granuleuses" la nouvelle la plus équilibrée d'un point de vu stylistique. Ici, pas de narration, juste un dialogue entre deux personnes dans un univers de science-fiction. Les paroles s'enchaînent, nous dévoilent un univers étrange où les hommes vivent dans leurs rêves. Jusqu'au couac, au grain de sable dans la machine. La maîtrise du dialogue, la manière dont les mots se suivent pour persuader l'autre, est un vrai régal.

"Et les souvenirs glissèrent vers l'océan" de Tepthida Hay parle d'amour et de sacrifices. C'est une belle nouvelle, émouvante et poignante mais peut-être un peu trop lancinante au point que je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans cet univers.

"Les terres du roi sombre" d'Ambre Dubois nous entraînent dans Londres au XIXe siècle, ville emplie de brumes et de mystères. Un homme qui se plaît à maltraiter les femmes qu'il courtise va rentrer sur les terres du roi sombres, il en ressortira changé pour son plus grand malheur. La thématique de la frontière est traitée d'une manière qui m'a semblé un peu plus simple que dans les autres textes et j'en ai trouvé l'intrigue et sa chute un peu fades, peut-être trop moralisatrices à mon goût.

"Eux plutôt que moi" de Franck Ferric est une pépite de justesse et de sensibilité. C'est l'histoire d'un homme qui garde une porte, symbole de la frontière entre un monde et un autre. Je ne peux en dire plus pour ne pas gâcher la "surprise" mais, quand j'ai découvert où se trouvait cet homme, je me suis pris une claque et, ensuite, j'ai continué de lire le texte avec de l'admiration dans les yeux. Il y a de la justesse, dans ce texte mais toute sa force vient du personnage, terrible et pathétique en même temps. Un régal à la lecture.

"La maison" de Yael Assia est aussi un coup de cœur. Courte, percutante, puissante dans les émotions qu'elle m'a fait ressentir, cette nouvelle est à la fois touchante et dérangeante. À travers l'histoire d'une famille à la recherche d'un foyer, Yael Assia montre que même des personnes en marge du monde peuvent avoir des désirs humains.

Après la lecture des deux dernières nouvelles, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans "L'enclave" de Fabien Clavel. Étrange monde, étranges personnages, étrange atmosphère, je n'ai pas bien compris le décor de l'intrigue. Puis, je me suis laissée emporter (sur cet océan sombre qui s'épare l'île de départ d'un monde en périphérie où vivent les exilés) et, si le début fut ardu, la suite me montra que j'ai bien fait de persévérer dans ma lecture. Toute la puissance de Fabien Clavel est de jouer sur le côté attendu de sa chute pour la sublimé prouvant que même les fins les plus attendues peuvent être grandioses. Et je salue l'anthologiste d'avoir choisi ce texte pour clore cette anthologie.

Le petit plus : la taille réduite des textes qui en fait, pour la plupart d'entre eux, un concentré de puissance évocatrice et de sensibilité.


I.

dimanche 2 décembre 2012

NdS#12 28 jours – Sylvain Lasjuilliarias.


28 jours – Sylvain Lasjuilliarias

En ouvrant l'anthologie Malpertuis III, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Du fantastique, certes, mais ça reste très vague. La nouvelle de Sylvain Lasjuilliarias est une petite douceur savoureuse à lire malgré la dureté du thème et elle permet d'entrer doucement dans l'anthologie avec une plume légère sur un sujet grave.


Pourquoi la lire ?

Pour le côté très prenant de l'intrigue. Le cycle au centre de la nouvelle est à la fois attendu et original et la manière dont il est traité, tout en subtilité, permet de se laisser emporter par le récit et de ne pas le lâcher avant le point final.

Une scène clé : celle du 29 février 10h38, lorsque tout s'écroule et tout renaît.

Un personnage : Le narrateur, émouvant et sans concessions.

Un petit aperçu ? : 


Jeudi 25 février 02h23 Réveille-toi, c'est le moment.
Je m'ébroue et me redresse dans le lit, haletant comme un poisson hors de l'eau. Les yeux à moitié collés, je me lève et j'effectue le rituel. Un verre d'eau citronnée sur la table de nuit, des suppositoires d'analgésiques, des serviettes, une bassine vide à côté du lit. Je t'accorde un dernier regarde, tu te tords de douleur sur les couvertures. Tu sues, tes mèches noires sont collées contre tes tempes. Je ferme la porte sans un mot et me couche sur le canapé. Des bouchons dans les oreilles, un livre. Le sommeil va mettre un peu de temps à revenir.

Où trouver la nouvelle ? : En faisant un tour par ici, les éditions Malpertuis expliquent mieux que moi comment se procurer leurs ouvrages.

dimanche 25 novembre 2012

Nouveauté de la semaine

Parce qu'on parle aussi des livres à paraître (et pas de livres à paillettes, ne confondons pas tout), un billet rapide pour présenter la nouvelle anthologie des éditions du Petit Caveau, dirigée par  : 



Au sommaire, douze auteurs se sont attaqués au mythe pour lui offrir un petit ravalement de façade et nous sortir des sentiers battus et des clichés.
Voici ce qu'en dit l'éditeur :


Il est grand, il est beau, il est fort. Sa beauté fait rêver, son regard ténébreux envoûte chaque femme qui le croise. Il dicte ses propres lois, règne dans l’ombre sur le monde. Il fascine autant qu’il effraie ; on redoute de croiser sa route par une nuit sans lune. Le vampire … STOP.
On rembobine et on recommence. Des vampires à cette image, c’est ennuyant, n’est-ce pas ? Ils ne sont pas tous des héros, des créatures dotées d’une puissance sans limite, ils ont aussi des peurs, des tics, des phobies, des faiblesses. Ces vampires malgré eux, ces antihéros, on les oublie bien trop souvent.
Alors aujourd’hui, douze auteurs ont décidé de les mettre sous les feux de la rampe !

 Si vous êtes intéressés, les souscriptions pour l'anthologie sont lancées, n'hésitez pas !

dimanche 18 novembre 2012

NdS # 11

Je ne suis pas une légende ! de Catherine Dufour.

Quand je pense à Catherine Dufour c'est son roman, Blanche neige et les lance-missiles qui me vient en tête. De la fantasy burlesque à l'humour particulier que je n'arrive pas toujours à suivre. Cependant, quand j'ai vu le titre de cette nouvelle sur la plateforme numérique du Bélial, je n'ai pas pu résister et, moins d'une heure après, je terminais ma lecture le sourire aux lèvres.

Pourquoi la lire ? Pour la parodie du roman de Mastherton (si vous avez lu 'Je suis une légende') et pour l'humour noir.

Une scène clé : Quand le personnage découvre ce qui se passe dans les ascenseurs, la nuit.

Un personnage : Malo (bon, il n'y a que lui de vraiment fort mais il est très bien campé).

Un petit aperçu ? : […] il se promena nu et couvert de rouge à lèvres, décora les arbres avec des robes de mariées magnifiques, vida des seaux de peinture bleue sur le pavé puis y jeta toutes les plumes d'un magasin de literie – et on aurait dit un ciel à terre, plus vrai que vrai, d'un bleu dur et laqué, mouillé, moutonnant de duvet immaculé et de feuilles d'automne multicolores.

Où trouver la nouvelle ? : Sur la plateforme numérique du Bélial.

dimanche 28 octobre 2012

NdS # 8

Compte-rendu de certains évènements survenus à Londres – China Mieville

Le site du Belial propose chaque mois une nouvelle à télécharger gratuitement. Celle de juin 2012 était une nouvelle de China Mieville qui venait de remporter le Grand Prix de l'Imaginaire après cinq autres grands prix internationaux en 2009 et 2010 (dont le prix Hugo) pour son roman The City & the City.


Pitch : 

L'auteur internationalement connu China Mieville ( :-D ) reçoit un colis destiné à un certain Charles Melville, habitant dans une rue dont le nom ressemble à celle du mauvais destinataire. Le narrateur ouvre le paquet et découvre une pile de vieux papiers qui rapportent les agissements d'un club enquêtant sur d'improbables "rues sauvages".


Pourquoi la lire ?
Pour percer le mystère des documents mystérieux et presque incompréhensibles en même temps que le narrateur, documents qui nous entraînent inexorablement plus loin dans la lecture jusqu'à la conclusion, magnifique. Parce que China Mieville, comme à chaque fois qu'il évoque le thème de la ville dans ses textes, le traite avec une maestria et un réalisme confondant.


Une scène clé : La scène découverte du vieux paquet.


Un personnage : Le narrateur, qui partage ses pensées avec nous au fur et à mesure de sa lecture.



Un petit aperçu ? : 

"J'ai du mal à travailler, ces temps-ci. Je fais très attention aux carrefours. Je fixe du regard les pourtours de brique (ou de ciment, ou de pierre) où les autres rues croisent celles que je parcours, en m'efforçant de me rappeler si je les ai déjà remarquées. je lève brusquement la tête en passant, pour repérer toute survenance précipitée. Je ne cesse d'apercevoir des mouvements furtifs sans découvrir autre chose, en redressant soudain la tête, qu'un arbre agité par le vent ou une fenêtre ouverte. Mon angoisse - sans doute, pour être franc, devrais-je dire "mon pressentiment" - ne me quitte jamais."

Où trouver la nouvelle ?  Dans le Bifrost 53, où elle est parue originellement à commander sur le site du Belial ou à trouver d’occasion à la librairie Scylla à Paris (par exemple).

mercredi 24 octobre 2012

Origines # 1

Voici le premier billet d’une série destinée à vous faire redécouvrir les classiques de la nouvelle SFFF. La rétrospective d'aujourd'hui est consacrée à Maupassant, lequel, vous l’apprendrez sans surprise, est un de mes auteurs préférés. J’ai relu ses contes fantastiques dans une vieille édition, mais de votre côté, n’hésitez pas à les télécharger gratuitement sur ce site, par exemple. 



Dans mon recueil, un certain nombre de textes sont à la limite du genre et personnellement, je ne les y aurais pas classées. Je me suis donc focalisée sur les nouvelles les plus fantastiques. Parmi celles-ci voici ma crème de la crème, fourrée aux incontournables : 

* Aussi bien dans “Main d’Écorché” que dans “La Main”, un membre momifié se mue en arme dangereuse. Le second texte est postérieur au premier et lui est à mon avis supérieur. L’aspect enquête est plus fouillé et l’ambiance plus angoissante que dans sa prédécesseuse (si j’ose m’exprimer de la sorte). 

* Dans “La Chevelure”, un homme se prend de passion pour une tresse blonde retrouvée à l’intérieur d’un vieux meuble. On suit la progression de sa folie à travers son journal (un artifice narratif dont Maupassant est friand). 

* Je m’en voudrais de ne pas citer le célébrissime “Horla”, précédé de deux versions, l'une intitulée “Le Horla” aussi, l’autre “Lettres d’un fou”. Chaque nouvelle gagne en tension et en immersion jusqu’au paroxysme de l’horreur dans la plus longue version. Un must read. 

* “L’Auberge” est un magnifique texte où se mêlent des descriptions somptueuses des Alpes en hiver à un huis-clos angoissant à l’intérieur d’un gîte isolé. Cette nouvelle était une découverte pour moi (et pourtant, j’en ai lu du Maupassant !) et un véritable coup de cœur. 

* Enfin, je signale à votre curiosité deux nouvelles de SF légère (des années 1880, donc) : 
> "L’Endormeuse", un texte surprenant sur l’euthanasie, encore très d’actualité ; 
> "L’Homme de Mars", où l’auteur développe des problématiques auxquelles il s’intéressait déjà dans le Horla, telles que la vie sur d’autres planètes ou l’évolution de l’espèce humaine.

D'autres nouvelles fantastiques de Maupassant vous ont-elles marqué ?

M.

dimanche 21 octobre 2012

NdS # 7

Indicible ! de Jacques Fuentealba.

Les thématiques de Pénombre, fanzine du projet Transition, m'ont toujours plu même si parfois, je trouvais que les textes n'allaient pas au bout de leurs idées. Le n°3, consacré à la foule est le premier à m'avoir offert une nouvelle pile comme je les attendais, sombre, terrible et sans espoir.

Pourquoi la lire ? Pour l'ambiance de ténèbres et d'horreur et pour les monstres que les écrivains créent parfois avec trop de réalisme.

Une scène clé : La découverte de l'Homme de Sang, du Boucher de la Pluie, des Écorchés de l'Enfer (j'aurai aimé lire une nouvelle avec chacun d'entre eux).

Un personnage : L'Homme de Sang, une idée brillante.

Un petit aperçu ? : "Comment ? Pourquoi et enfin, Qui ou Quoi ? dit-elle en désignant les cartes de gauche puis celles du milieu et de droite.

— Comment ? répéta-t-elle en retournant la première carte. Le Diable. Un pacte, un rituel ou une cérémonie païenne. De la sorcellerie… (Ses yeux s'agrandirent.) Ou de la magie noire. Vous avez joué avec le feu."


Où trouver la nouvelle ? : Faites un saut sur le site du fanzine.

dimanche 14 octobre 2012

NdS # 6

Raven Party - Nathalie Dau


Munie depuis peu d'un ebook, je me suis aventurée dans les contrées sombres des textes numériques en me jetant en premier sur les textes proposés gratuitement par les éditeurs (je vous épargne le côté épique de mes tentatives de payement en ligne, je ne pense pas que ce soit vraiment intéressant). Donc, pour promouvoir un auteur/recueil/anthologie, certaines maisons d'édition n'hésitent pas à offrir une nouvelle pour que le lecteur se fasse une idée de l'ensemble de l'anthologie/recueil. J'ai été très agréablement surprise de voir que "Raven Party", extrait des Contes Myalgiques II de Nathalie Dau était proposé gratuitement par Griffe d'Encre. Je remercie donc Griffe d'Encre pour cette initiative et Nathalie Dau pour cette nouvelle. Vos recueils sont à présent sur le haut de ma pile à lire.

Pourquoi lire la nouvelle ?


Pour la plume de Nathalie Dau, émouvante et précise et pour ses personnages qui le sont tout autant.

Une scène clé : Lorsque Lise rencontre Erl.

Un personnage : Erl, évidemment (entouré de mystères et de ténèbres, comment ne pas succomber).

Un petit aperçu ? : Il n'y eut plus d'angoisse, et plus de larmes ni de doute. La vie devint un rêve sombre, que la lune éclairait d'un sourire.

Où trouver la nouvelle ? : Sur le site de Griffe d'Encre.

vendredi 5 octobre 2012

Crépuscules - Thierry Di Rollo

Anecdote : J'ai découvert Thierry di Rollo grâce aux Trois reliques d'Orvil Fisher que j'ai acheté parce que j'ai trouvé la couverture vraiment magnifique et je n'ai jamais regretté cette impulsion. Depuis, je me noie dans l'univers sombre de cet auteur avec grand plaisir.


Titre : Crépuscules

Auteur : Thierry di Rollo

Éditeur : actusf (collection les 3 souhaits)

Nombre de pages : 108

Prix : 8 €

Illustration : Lasth

Quatrième de couverture : Thierry Di Rollo est l’une des voix les plus passionnantes de la science-fiction en France. Chacune de ses histoires possède une force peu commune avec une poésie du désespoir effroyablement belle. Si ses univers sont noirs, c’est pour mieux dénoncer la folie humaine et tous les abus de notre société.

En six nouvelles, il nous entraîne dans des futurs qui déchantent et qui interpellent. Vous visiterez les mines de la planète Loren III, découvrirez d’étranges hippopotames chercheurs d’or, assisterez à des crucifixions puis, dans un autre récit, à l’étrange résurrection de cadavres...

Des textes superbes dans lesquels la mort n’est présente que pour mieux célébrer la vie.
Né en 1959 à Lyon, Thierry Di Rollo est l’auteur de plusieurs romans, dont La Lumière des Morts, La Profondeur des tombes et Le Syndrome de l’éléphant. Après Cendres, Crépuscules est son deuxième recueil chez Actusf.

Mon avis : Ce court recueil est une petite merveille. J'y ai retrouvé tout ce que j'avais aimé chez Orvil Fisher et plus encore. Les six nouvelles qui la composent possèdent chacune leur souffle propre mais on retrouve en filigrane un sentiment de mal-être, un côté sombre qui agit comme un fil rouge sur l'ensemble du recueil. Les textes sont sans espoir, lents parfois, durs et terribles souvent, et possèdent cette force évocatrice qui permet au lecteur de sentir le texte, de l'absorber et d'avoir, une heure, un jour, un mois après la lecture, cet arrière-goût particulier sur l'esprit qui donne envie de replonger dans les univers de Thierry di Rollo.

Avec Éléphants bleus, la première nouvelle, on découvre l'auteur de SF, celui qui peint la noirceur des mondes et donne aux animaux de la savane une place prépondérante. J'avais aimé les descriptions des girafes dans Les trois reliques d'Orvil Fisher, j'ai retrouvé ici la même magie dans celles des éléphants bleus. Mais il ne faut pas s'y tromper, la nouvelle n'est pas centrée sur eux. On suit ici une enquête sur Loren III, planète minière sur laquelle des mineurs meurent de manière étrange. Les mines et les entrepôts emplis de travailleurs offrent un décor poussiéreux, une atmosphère suffocante. L'intrigue autour de la mort de mineurs et leur relation avec d'étranges oiseaux est palpitante et la fin, touchée par une légère mélancolie m'a beaucoup touchée.

On reste dans le même univers (mais sur une autre planète) avec Hippo ! qui nous fait suivre le développement d'une nouvelle IA à l'apparence d'hippopotame qui permet d'aller fouiller le fond des fleuves à la recherche de l'or enfouit dans la vase.
L'ambiance est un peu moins forte que dans la nouvelle précédente mais la nouvelle est plus rythmée. C'est tout aussi agréable à lire et l'idée d'IA en forme d'hippopotames parfaitement justifiée et gagatisante pour quelqu'un qui, comme moi, aime ces espèces de grosses bêtes.  


Seconde mort m'a laissé un goût étrange sur les lèvres. J'ai été surprise de revenir au fantastique après mon intrusion dans la SF de Thierry di Rollo aussi j'ai eu un peu de mal à entrer dans la nouvelle mais rapidement, les personnages se sont imposés à moi et je me suis laissée emporter. Seconde mort c'est une histoire d'amour et de foi (pas religieuse, non, mystérieuse plutôt, celle qui vous fait voir au-delà du mur des réalités). C'est un texte assez étrange, parfois saccadé au début mais qui prend son envole petit à petit jusqu'à cette superbe dernière phrase que j'ai lue et relue à haute voix, comme une prière pour le personnage.


Un dernier sourire est la nouvelle que j'ai préférée du recueil. Elle est courte, puissante et très évocatrice. Je ne peux en dire trop pour ne pas spoiler tellement elle condense toutes les informations en un seul poing qu'elle vous envoie à la figure par la suite. La thématique peut paraître classique mais j'ai trouvé là une vision intéressante de l'âme humaine et de la notion de monstre.

La ville où la mort n'existait pas est, pour moi, une sorte de parenthèse, comme un souffle dans le recueil, pour mieux amener la dernière nouvelle. Il est question, ici, d'une histoire à rebours qui commence le réveil dans un cercueil et la transformation, progressive, du mort en vivant. La réflexion sur les changements incontrôlables et sur les réactions qu'ils entraînement est intéressante à suivre et le texte coule, fluide, au rythme de cette évolution à contre-courant.

La dernière nouvelle clôt avec brio ce court recueil. Tournée autour de la religion et la crucifixion, Le crépuscule des dieux est un texte tout en nuances et en mystère. Je n'ai pas tout compris à la première lecture et je pense que même après deux relectures, je n'en ai pas saisi toutes les subtilités. Cela ne m'a pas empêché de profiter de la fluidité et de l'atmosphère oppressante qui règne ici. Il y a une poésie certaine qui se dégage des dialogues et des réflexions des personnages et même si je suis passée à côté du sens profond de ce texte, il n'a pas atténué mon plaisir de lectrice ni par rapport à la nouvelle, ni par rapport à l'ensemble du recueil.

I.

dimanche 30 septembre 2012

NdS # 4

Oasis – Olivier Caruso.

Donner de la voix est un média particulier qui diffuse des nouvelles sous format audio que j'ai découvert grâce à ce texte d'Olivier Caruso (et ce fut une très belle découverte et du format et de l'auteur). Le lecteur réussit à donner au texte toute sa profondeur, sa lancinance aussi et j'ai laissé sa voix me porter le long de cet étrange univers par cette narratrice à la voix désespérée.

Pourquoi le lire ?

Pour la force du personnage, pour l'univers, pour la plume et la voix.

Une scène clé : la fin, puissante et désespérée.

Un personnage : La narratrice.

Un petit aperçu ? : Quand tu as relevé la tête, tu as poussé un cri de panique. Vingt sosies de ton amour perdu te clouaient du regard.

Approche-toi. Prends-moi dans tes bras.

Où trouver la nouvelle ? : Pour l'écouter, c'est par ici.

 I.

dimanche 23 septembre 2012

NdS # 3

Poneys de Kij Johnson.

Toujours chez Angle Mort, je profite des anciens numéros pour faire vivre cette rubrique, une nouvelle déjantée, drôle et sombre à la fois. Une nouvelle pour tous ceux qui connaissent ces petits poneys multicolores aux odeurs de fraise.

Pourquoi le lire ? : Pour la thématique centrale et la capacité de l'auteur de mêler dans un univers barbe à papa une tension dramatique et horrifique.

Une scène clé : la fête de découpage.

Un personnage : Starblossom (ou la Plus Populaire).

Un petit aperçu ? : Elles [les fillettes] ont attrapé un poney rose et blanc au lasso. Ses yeux et sa bouche sont tout ronds, pour exprimer sa surprise. Un point d’exclamation flotte au-dessus de sa tête.

Où trouver la nouvelle ? : Par ici pour la lire en ligne, par là pour acheter le numéro complet.

I.