jeudi 18 octobre 2012

Des nouvelles de Ta-Shima


Anecdote : Lorsqu'on m'a parlé de ce recueil, pour la première fois, je me suis dit, mouais, bof. J'ai appris qu'Adriana Lorusso avait écrit deux romans, se situant dans cet univers, publiés par Bragelonne et, en général, les romans de Bragelonne me plaisent rarement. Du coup, j'ai ouvert le livre avec un a priori plutôt négatif en me disant que, de toute manière, je n'étais pas obligée de tout lire. Et, une fois encore, le dieu des lecteurs (parce qu'il y en a un, si, si, croix de bois, croix de fer…) m'a encore montré que je pouvais faire un petit tas avec mes a priori et aller le brûler dans un coin (ça c'est la version gentille, l'autre est un peu plus douloureuse).

 

 


Titre : Des nouvelles de Ta-Shima

Auteur :
Adriana Lorusso

Éditeur : Ad Astra

Nombre de pages :
224

Prix : 13 €

Illustration :
Laurent Guillet

Quatrième de couverture : Ta-Shima, planète fascinante. Suite à sa colonisation accidentelle par les humains - les premiers d'entre eux étaient des fugitifs - et à leur cohabitation forcée avec la mortelle faune locale, Ta-Shima, au fil des âges, devient le centre d'enjeux politiques, humains, où se joue le destin de deux communautés, étroitement liées : les Asix et les Shiro. Avec, en toile de fond, l'ombre de la toute-puissante Fédération interstellaire...

Mon avis :

Des nouvelles de Ta-Shima nous entraînent sur une étrange planète, loin au-delà de notre système solaire (d'ailleurs, je me demande si la capitale de la Fédération est bien liée à notre Terre ou si je me suis totalement fourvoyée (mais là n'est pas la question)). On y verra aussi bien des autochtones, des immigrés ou des nouveaux venus qui découvrent cet univers pour la première fois et c'est avec plaisir que je me suis laissé guider par l'écriture d'Adrianna Lorusso, portée par ses images.

Je ne partage pas entièrement l'avis de l'éditeur à propos de la violence et de l'âpreté des nouvelles (le côté sans concession, par contre, je l'ai bien ressenti : l'auteur ne ménage pas ses personnages et encore moins ses lecteurs). J'ai trouvé que l'ensemble des textes oscillait entre une sourde mélancolie et une note d'espoir qui souhaite éclater ; c'est une tension très forte, perceptible à chaque nouvelle, qui offre au recueil un équilibre qui m'a beaucoup touché.

Le recueil s'ouvre avec "L'homme d'au-delà du soleil". On y suit les péripéties de N'Tari capitaine d'astronef qui perd son titre et son vaisseau suite à l'explosion d'un des moteurs de l'appareil. Obligé de retrouver sa concubine Asix (l'un des peuples de Ta-Shima) sur Ta-Shima, il doit également se soumettre à la vie de clan des Asix. À travers les péripéties qu'il rencontre, le lecteur découvre à la fois la planète et sa société. N'Tari va devoir apprendre à s'intégrer au clan de sa compagne, se comporter et vivre en Asix pour être accepté parmi eux. C'est ce dernier point qui est très fort. Adriana Lorusso introduit son univers à petites touches, sans perturber le lecteur. C'est une nouvelle qui permet de découvrir Ta-Shima mais aussi de réfléchir sur les relations entre les peuples qui y vivent et les autres, qui y viennent pour le commerce. Le message de tolérance qui coule le long de cette nouvelle se mêle à une réflexion sur l'être et le paraître qui m'a tout de suite plu.

"Mutation spontanée" est une nouvelle qui nous entraîne à l'intérieur des terres de Ta-Shima. Frey et son frère, Dic, deux jeunes Asix viennent d'être mutés dans une maison de vie pour y apporter de l'aide et subir divers tests. Cette fois, la société se dévoile de l'intérieur. Lire le quotidien de deux jeunes Asix permet une immersion un peu plus profonde. On en apprend ainsi un peu plus sur la relation entre Asix et Shiro, sur leur rôle respectif et sur leur manière de vivre (ensemble puis chacun de leur côté). Ce qui m'a plu, dans ce texte, c'est le contraste entre le paysage et le ton parfois bucolique et l'intrigue. L'atmosphère a anesthésié mon côté tatillon et je n'ai pas prêté attention à la force du fond, jusqu'à la fin qui m'a heurté de plein fouet.

Avec "Miséricorde et Pénitence", on quitte Ta-Shima pour aller s'intéresser à Neudachren, capitale de la Fédération, et à la religion qui s'y est développée sous le nom du Temple. Miséricorde est un moine, orphelin, ni meilleur ni pire que la plupart d'entre eux mais sa ressemblance avec les Asix le conduit à devenir missionnaire sur Ta-Shima. Une fois arrivé, il s'aperçoit que le Temple utilise la famine qui s'étend sur la planète pour échanger des heures de cours religieux contre de la nourriture. C'est à ce moment que le personnage de Miséricorde prend toute son ampleur et je m'y suis très rapidement attaché. Sa naïveté oblige le lecteur à s'interroger sur la mission du Temple (assez classique dans son développement) mais aussi sur le caractère des Ta-Shimoda. Avec le recul, je m'aperçois que la nouvelle marque un vrai tournant dans le récit : on commence enfin à cerner les interactions entre Asix et Shiros mais aussi entre Ta-Shimoda et citoyens de la Fédération et les nouvelles qui suivent nous entraînent doucement vers la fin, inéluctable, de la dernière nouvelle.

"Les Asix font du tourisme" est une nouvelle à l'apparence plus légère que la précédente. Un groupe d'Asix travaillant sur un astronef fait escale à Neudachren puisqu'ils n'a rien d'autre à faire (j'aime la mentalité des Asix, elle est savoureuse). À partir de là, les situations s'enchaînent, rocambolesques et loufoques. Mais toute la beauté et la force de ce texte résident dans sa fin, celle où on voit les Asix redevenir eux même en rentrant sur leur planète. Et là, la cruauté sous-jacente dévoilée légèrement dans les nouvelles précédentes explose.

Avec "L'animal de compagnie", Adriana Lorusso nous entraîne, une fois encore, sur les traces d'un Asix : Yann n'a jamais été très doué à l'école mais il a un don avec les animaux. Aussi, lorsqu'il se voit affecté à un des plus grands élevages de Ta-Shima, c'est comme un rêve qui se réalise. Mais à force de rester proche des animaux, Yann s'éloigne de ses compagnons. Cette nouvelle forme une sorte de parenthèse avec l'ensemble du recueil. "Une sorte" seulement parce que l'auteur nous entraîne encore sur les traces de la psychologie Asix et de la relation qu'a ce peuple avec Ta-Shima. La relation entre Yann et son animal de compagnie peut être vue comme une métaphore de la relation Shiro/Asix et là est toute la force de la nouvelle : elle n'est qu'un reflet de ce qui va arriver dans le texte suivant.

Comme son nom l'indique, "La fin du monde" va nous montrer la fin d'un monde mais, jusqu'à la toute fin de la nouvelle je n'ai pas bien compris de quoi il était question. Parce que l'écriture d'Adriana Lorusso est subtile et elle prouve une nouvelle fois son habileté à jouer avec sa plume. Tantôt évidente tantôt pleine de mystère, cette dernière nouvelle m'a bouleversé. Nous n'assistons pas seulement à la fin d'un monde mais aussi à la fin d'une aventure. C'est ici que se termine notre chemin aux côtés des Asix et des Shiros, c'est ici aussi qu'on s'aperçoit de la méticulosité de l'auteur et de l'éditeur, de ma manière dont ils ont tissé doucement leur toile. Ce sont des adieux que nous font les personnages et chacune des nouvelles n'a servi qu'à nous mener vers ce point.

Le petit plus : cette perfection dans le déroulement des nouvelles et dans la manière de jouer avec les émotions (et des personnages et des lecteurs). Tout cela atteste que, décidément, Ad Astra est une maison d'édition à suivre assidûment !

7 commentaires:

  1. L'auteur(e) remercie.
    Me sentir comprise à fond par un lecteur, me donne toujurs envie de lui dire: on ne se connaît pas, mais on a partagé quelque chose.

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  2. Je suis heureuse d'avoir partagé ce quelque chose également (et j'espère découvrir rapidement vos autres textes).

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  3. Ca peut se lire indépendamment des romans, alors, bonne nouvelle !

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    1. J'ai commencé par les nouvelles et ça ne m'a posé aucun problème. Maintenant, j'ai hâte de lire les romans.

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  4. Oui, tout à fait. Toutefois, si on décide qu’on aime et qu’on va lire les deux romans, je suggère de laisser provisoirement de côté la dernière nouvelle du recueil pour ne la lire qu’en suite

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  5. Je devrais l'avoir sous peu, heureux de voir cet avis positif !

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    1. J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi.
      I.

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