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mardi 2 juillet 2013

Dragon de Glace - George R. R. Martin

Titre : Dragon de glace.

Auteur : George R. R. Martin

Éditeur : Actu SF

Nombre de pages : 191

Prix : 12 €

Couverture : Andy Brase 



Quatrième de couverture : 

“D’un blanc cristallin, ce blanc dur et froid, presque bleu, le dragon de glace était couvert de givre ; quand il se déplaçait, sa peau se craquelait telle la croûte de neige sous les bottes d’un marcheur et des paillettes de glace en tombaient. Il avait des yeux clairs, profonds, glacés. Il avait des glaçons pour dents, trois rangées de lances inégales, blanches dans la caverne bleue de sa bouche.
S’il battait des ailes, la bise se levait, la neige voltigeait, tourbillonnait, le monde se recroquevillait, frissonnait.
S’il ouvrait sa vaste gueule pour souffler, il n’en jaillissait pas le feu à la puanteur sulfureuse des dragons inférieurs.
Le dragon de glace soufflait du froid.”

Auteur du fabuleux cycle du Trône de Fer, George R. R. Martin nous prouve à travers les quatre nouvelles de ce recueil qu’il est aussi bon romancier que nouvelliste. Il sait tisser des intrigues passionnantes et des personnages puissants, aussi attirants qu’inquiétants.

Ce recueil contient notamment L’Homme en forme de poire, prix Bram Stoker et Portrait de Famille, prix Nebula.

Mon avis : 

On ne présente plus George R. R. Martin le fantastique auteur du Trône de Fer. Ayant commencé il y a peu la saga, j’ai décidé de faire une pause pour m’intéresser à ce petit recueil dont j’avais entendu beaucoup de bien. Composé de quatre nouvelles, il permet de retrouver l’auteur de fantasy grâce aux deux premières et de découvrir (si vous ne lui connaissiez pas cette casquette) l’auteur de fantastique à travers les deux autres.

Dragon de glace : la nouvelle qui donne son titre au recueil raconte l’histoire d’une petite fille née en hiver dont le caractère et la sensibilité sont liés à cette saison. La vie de celle-ci est rythmée par l’attente de son anniversaire car, si son fermier de père, son frère et sa sœur s’enthousiasment à l’arrivée de l’été, elle elle attend avec impatience l’arrivée du froid qui annonce celle du dragon de glace, créature rare et indomptable à laquelle elle s’est liée d’amitié.
De ce texte, j’ai avant tout retenu la facilité avec laquelle George R. R. Martin m’a attachée à son personnage. Une page et demie a suffi pour me donner l’envie de tout savoir sur elle, de suivre avec passion ses aventures et ses réflexions, de lire au plus vite la suite pour apprendre ce qui allait arriver. La fin de la nouvelle m’a chamboulée aux larmes par sa manière de mêler résignation et bonheur à venir. Une très jolie rencontre, loin des intrigues de Westeros mais qui montre que l’auteur est un grand écrivain en plus d’être un grand conteur.

Dans les Contrées perdues est une autre nouvelle de fantasy même si, par sa forme et le déroulement de son article, je la rapprochais plus au conte. L’histoire contée est celle d’une sorcière, Alys la Grise, qui ressemble à celles qui ont bercé mon enfance (une vieille femme qui vit dans un petit village, crainte et respectée) et qui a pour particularité de ne jamais refuser ce qu’on lui demande. Lorsque la Reine lui réclame le pouvoir de se changer en loup, Alys la Grise part dans les Contrées perdues, étendue hostile, située par delà les montagnes et peuplée de créatures qui peuplent l’imagination des hommes. L’intrigue m’a semblé moins profonde que celle de la nouvelle précédente mais les deux sont liées par l’amertume que j’ai ressentie à la fin. Si dans Dragon de Glace, elle est voilée par un sentiment de joie familial, elle est exacerbée dans ce texte par l’aspect froid d’Alys et par la conclusion que connaît le couple formé par la reine et son champion.

L’homme en forme de poire est une nouvelle fantastique assez classique mais servie par une écriture qui fait lentement monter la paranoïa et du personnage et du lecteur. Nouvelle angoissante, elle est mise en avant par cet homme, en forme de poire, qui n’a d’autre identité que celle-ci et qui passe ses journées à manger des chips et boire du coca, tout en observant les allées et venues de la jeune femme qui vient d’emménager dans le même immeuble que lui. La tension crée par ce regard et par l’inquiétude grandissante de cette femme est savoureuse et la fin, classique certes, toujours aussi efficace.

La dernière nouvelle, Portrait de famille, met en parallèle les relations entre un auteur et sa famille et un auteur et ses personnages. Relations conflictuelles, fusionnelles, désespérées, elles permettent à Martin de mettre en avant toutes les psychoses de l’être humain avec une plume sèche, dure, qui ne fait aucune concession. Ici encore, la chute nous plonge dans une réflexion amère qui m’a laissé un goût de bile dans la bouche.

Un recueil qui s’avère à la fois très divers mais qui s’attarde à mettre en avant les côtés les plus obscures de l’être humain et les conséquences, parfois dramatiques, de ses choix. À lire sans hésitation.

Le petit plus :

L’ambiance des nouvelles entre postulats classiques, dépaysement, atmosphères oppressantes et émotion.

samedi 29 juin 2013

Des nouvelles au soleil

Pas de chronique pour le moment parce que je profite de mes vacances pour lire une partie des nouvelles de ma PAL mais je vous concocte quand même un article sur mes lectures en cours et donc sur les avis à venir. 






Dragon de Glace est un recueil de George R. R. Martin dont j’ai beaucoup entendu parler sans me motiver à le lire. C’est chose faite (grâce à la fin des concours et un après-midi ensoleillé passé aux Jardins des Tuileries) et je suis contente d’avoir sauté le pas. De Martin, je ne connaissais que la facette auteur de fantasy grandiose et complexe ; ce recueil m’a permis de rencontrer l’auteur d’un fantastique ambigu et empli d’angoisse. 






Le premier titre de la collection « Micro » des éditions Walrus (Cosmic Karma dont on parle ici) m’ayant beaucoup plu, j’ai décidé de télécharger deux nouvelles d’un auteur que je ne connaissais pas mais dont j’attends désormais les prochains textes avec impatience : Aude Cenga. Là encore, une chronique à venir très bientôt mais, pour vous donner un aperçu, c’est plein de noirceur, de cynisme et très incisif.






Je continue aussi ma découverte de la collection E-Courts des éditions Voy’el avec la nouvelle Au service des insectes de Cindy Van Wilder. Si les nouvelles de Vanessa Terral m’avaient dépaysée, celle de Cindy Van Wilder dévoile un univers beaucoup plus apocalyptique mais tout aussi maîtrisé.


Plus qu’à rédiger toutes ces chroniques et continuer mes lectures !


mardi 5 mars 2013

Fragments d'une fantasy antique.

Anecdote : Grande amatrice de mythologie, je suis entrée dans le microcosme de la littérature SFFF française à travers l'anthologie Les Héritiers d'Homère (éditions Argemmios). Lorsque j'ai appris que Mnémos allait sortir un recueil autour des mythologies gréco-romaines, je me suis armée de patience pour en attendre la sortie. 



 


Titre : Fragments d'une fantasy antique

Auteurs : Romain Aspe, Fabien Clavel, Nathalie Dau, Lionel Davoust, Jeanne A. Debats, Nicolas Delong, Sylvie Miller & Philippe Wrad, Rachel Tanner.

Anthologiste :
David K. Nouvel

Éditeur :
Mnémos

Nombre de pages : 240 pages

Prix : 17 €

Couverture :
Rainbowchaser / Dreamstime

Quatrième de couverture
: N’avez-vous jamais rêvé de… 

Devenir le plus grand architecte du monde ?
Trouver des fragments perdus d’un roman à succès ?
Vous venger des Dieux… ou bien devenir leur détective privé attitré ?
Toucher un objet et savoir tout de son histoire ?
Répondre à la célèbre énigme du Sphinx ?
Mettre un terme à la faim dans le monde ?
Ou aimer un bel Apollon au point de l’avoir dans la peau ?

Neuf auteurs français, guidés par Homère et Virgile, sont partis en expédition dans le royaume d’Hypnos cueillir pour vous ces quelques fragments de rêves, et, telle une Pénélope des temps modernes, les ont tissés pour en faire des histoires, belles et vives, sanglantes et graves, anciennes et modernes. Ils ont, lors de leur périple, parcouru les immenses domaines de Rome et d’Athènes, parlé aux Dieux, mangé à la table de Trimalchion et se sont reposés sur les bords du Vésuve endormi. De retour sur nos rivages, ils sont maintenant le souffle contemporain des Muses. Écoutez leur chant, lisez leur prose, dégustez-les.
Ils sont à vous.

Ces huit nouvelles ont été écrites dans le cadre du colloque « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain » (7-9 juin 2012), organisé avec le soutien de l’École Pratique des Hautes Études et de l’Université de Rouen, afin de démontrer la vivacité de l’héritage gréco-latin dans les fictions contemporaines de Fantastique, Fantasy et Science-fiction.

Mon avis :


Dans l'ensemble, je dois reconnaître que j'ai bien fait d'attendre. Cette anthologie a été à la hauteur de mes attentes et plus encore.

Tout d'abord, avec la première nouvelle, « Sur un fragment perdu du Satyricon ». En choisissant d'écrire un des chapitres perdus du Satyricon, Fabien Clavel se met sous le patronage des grands auteurs antiques. Plutôt que de s'appuyer sur un mythe, il préfère travailler autour de la mythologie qui s'est créée autour de ce texte. L'histoire qui est racontée dans ce fragment perdu est celle d' homme qui va tomber sous le charme de Giton et tout faire pour se rapprocher au plus de l'être aimer. Au-delà de l'histoire d'amour, il y a une véritable mise ne avant de la vie Romaine. Les cultes, la vie quotidienne, la religion, tout y passe, il y a non seulement une vraie recherche sur la société mais aussi une recherche sur le style du Satiricon. Un bel exploit de la part de l'auteur et une jolie ouverture.

Le texte suivant, « Le miroir d’Electre » de Jeanne-A. Debats est étrange. Aujourd'hui encore, je ne sais si je l'ai aimé ou non. Il y a une complexité chez les personnages qui m'a perdu. L'absurdité de l'univers avait des reflets de l'Écume des jours mais je m'y suis parfois un peu trop perdue (m'accrochant au titre comme à une bouée). La manière dont Jeanne-A. Debats revisite le mythe d'Electre est intéressant et j'aurai aimé que le texte ce recentre sur le mythe plutôt que sur l'idée tentaculaire dévoilée à la fin (et qui m'a semblé trop compliqué à appréhender).

En revisitant le mythe du labyrinthe, Romain Aspe propose une nouvelle spirituelle sur les désirs des hommes. Icar est à la fois un fils aimant et un jeune homme qui brise les règles au risque de s'y brûler. Si j'ai trouvé le début intéressant mais sans trop savoir par quel bout le prendre, la réflexion sur la vraie nature du Labyrinthe m'a conquise et j'en suis sortie avec ce sentiment étrange entre l'incompréhension et l'émerveillement.

« Le Sphynx » de Rachel Tanner est une nouvelle extrêmement courte et efficace. L'angle d'approche est surprenant et j'en ai aimé l'aura de noirceur qui l'enveloppe. La figure du sphinx est magistralement mise en avant avec tout ce qu'elle a de bestial et de cruel. Savoureux !

Avec « Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse », Lionel Davoust nous propose une nouvelle qui prend la forme d'un rapport tout ce qu'il y a de plus officiel. Si ce genre de lecture me rebute la plupart du temps, ici, les références mythologiques distillées petit à petit et les touches d'humour noir m'ont plusieurs fois fait sourire et j'ai trouvé dans ce mélange entre mythologie et procédure un ton parfaitement délectable.

Il y a dans « Les Dieux veulent, les Dieux prennent », une réflexion sur l'être et le changement qui m'a beaucoup plu. Comment un personnage peut-il devenir son opposé (physiquement et moralement) par la faute des dieux ? Comment la colère, la rancune, peut-elle diriger toute une vie ? Nicolas Delong répond à ses questions avec une sensibilité certaine et ses personnages se nappent d'un voile de douleur et de vengeance.

Ayant déjà eu affaire au détective de Philippe Ward et Sylvie Miller, j'ai commencé « Voir Pompéi et mourir » un peu à reculons (non seulement elle est longue mais je n'apprécie pas plus que ça les aventures de Lasser). Ce n'est clairement pas une nouvelle pour moi. Trop de pulp, de rebondissement, trop peu de réflexions sur la mythologie. J'aime une nouvelle lorsqu'elle m'emporte intellectuellement pas lorsqu'elle est simplement divertissante et je n'ai malheureusement vu que le côté divertissant dans celle-ci. Je ne dis pas qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle, loin de là, les personnages sont dynamiques, l'intrigue intrigante, le côté pulp très bien dosé ; je suis certaine qu'elle peut plaire à beaucoup de monde, mais je ne suis clairement pas le public visé. Dommage.

« À couteau » de Nathalie Dau, qui vient clôturer l'anthologie est une pépite. Je m'attendais à beaucoup de choses lorsque j'ai vu le nom de l'auteur sur la couverture mais je ne pensais pas être surprise à ce point. On y retrouve la plume ultra-sensible de Nathalie Dau qui peint les sentiments humains (notamment les plus sombres) avec une justesse qui m'a fait frissonner. Apollon, dieu solaire et lumineux, se fait de plus en plus obscur, de plus en plus terrible, de plus en plus divin. Le mythe est pris sous un angle nouveau et Marsyas devient l'amant et non plus le rival. Mais toutes les histoires ont une fin et Nathalie Dau fait preuve d'un équilibre entre délicatesse et cruauté admirables pour clore la sienne en beauté.

Le petit plus : la maquette intérieure, camaïeu de brun et beige claire.

dimanche 20 janvier 2013

NdS # 15 Le Roi des elfes - Philip K. Dick


"Le Roi des elfes - Philip K. Dick"

Pourquoi lire cette nouvelle ? 
C'est une des seules nouvelles de fantasy publiée par Philip K. Dick. Et c'est du bon !



Une scène clé : La découverte du roi des trolls et la lutte qui s'ensuit entre les elfes et les trolls.

Un personnage : Shadrach Jones, un vieux pompiste qui doit assumer de nouvelles responsabilités assez éloignées de sa vie tranquille.

Un petit aperçu ? : 

"- Je regrette, Phineas, répondit Shadrach. je regrette d'avoir à passer par tes terres. Mais j'ai rendez-vous au vieux chêne.
- À une heure pareille ?" L'autre baissa la tête. "Qu'est-ce que tu as, Shadrach ? Qui diable dois-tu rencontrer en pleine nuit sur ma propriété ?
- Les elfes. Nous devons préparer la guerre contre les trolls.
- Ça par exemple !"

Où trouver la nouvelle ? : Dans le recueil Le Roi des Elfes, disponible par exemple sur Immatériel.

M.

dimanche 16 décembre 2012

Borders, anthologie dirigée par Charlotte Bousquet


Anecdote : La thématique très intéressante de cette antho et la taille, relativement courte, des nouvelles m'a tout de suite séduite. Ne me restait plus qu'à trouver le temps de lire et d'écrire ce billet (le deuxième point m'ayant demandé, comme souvent, beaucoup plus de temps que le premier).


Titre : Borders


 


Auteurs : Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy – Ambre Dubois

Éditeur : CDS

Nombre de pages : 105

Prix : 8 €

Couverture : Patrick Imbert

Quatrième de couverture :
Il y a toujours un choix, quelle que soit la nature de la frontière, même s'il n'est pas toujours fait par celui qui le subit. Est-ce qu'être un homme ou pas, finalement, ne résumerait pas simplement à cela ? (Hélène Ramdani)

Sirènes, manipulations génétiques, enclaves entre les mondes et les hommes… Borders, ce sont dix nouvelles sur les seuils et les passages, sur les frontières entre le même et l'autre, entre les hommes et entre les genres…

Yael Assia – David Bry – Li-Cam – Fabien Clavel – Marie-Anne Cleden – Teptida Hay – Sophie Dabat – Franck Ferric – Don Lorenjy et Ambre Dubois ont prêté leur plume à cette anthologie dont les droits sont entièrement reversés à RESF.

Oserez-vous, avec eux, la traversée des frontières ?


Mon avis : 

Cette petite anthologie est une petite merveille mêlant très justement puissance et poésie. *quelques petites fautes de mise en pages*

"Celle qui n'a pas lieu d'être", de Li-Cam, est un texte fort, en demi-teinte, à la narratrice poignante dans son mal-être. Clara est 'née sans frontière', une belle formule pour dire qu'elle a l'esprit entre deux mondes et qu'elle n'appartient ni vraiment à l'un, ni vraiment à l'autre. Cette impression de non-appartenance est rendue avec une plume précise et sensible qui dévoile ce texte, mélange d'espoir et de mélancolie. Une très belle ouverture pour cette anthologie.

Sophie Dabat nous plonge dans les brumes de Bretagne et dans ses légendes. Avec "La cave à Margot" elle entraîne le lecteur à la poursuite de fantômes, d'hommes, femmes ou enfants oubliés du monde qui n'aspirent qu'à passer de l'autre côté, même s'ils ne savent pas vraiment ce qui s'y trouve.

"Change de ciel tu changeras d'étoile" Marie-Anne Cleden est une nouvelle plus longue est posée que les autres. C'est peut-être ce qui m'a empêché de véritablement rentrer dedans. Le style très visuel est au service d'une histoire étrange, celle d'une jeune femme cherchant son frère dans la frontière entre les mondes. Une bonne nouvelle mais qui ne possède pas le côté percutant des autres.

"Ce que l'homme croit" de David Bry est au premier abord une nouvelle assez classique. Un homme demande, soir après soir à un mage de lui montrer le fantôme de son aimée. Et soir après soir, le mage s'exécute. Toute la beauté de la nouvelle repose sur sa chute, une réflexion mélancolique sur le besoin de l'homme à croire en certaines choses, même si, au fond de lui, il sait qu'il se trompe.

Laurent Gidon signe avec "Les intrusions granuleuses" la nouvelle la plus équilibrée d'un point de vu stylistique. Ici, pas de narration, juste un dialogue entre deux personnes dans un univers de science-fiction. Les paroles s'enchaînent, nous dévoilent un univers étrange où les hommes vivent dans leurs rêves. Jusqu'au couac, au grain de sable dans la machine. La maîtrise du dialogue, la manière dont les mots se suivent pour persuader l'autre, est un vrai régal.

"Et les souvenirs glissèrent vers l'océan" de Tepthida Hay parle d'amour et de sacrifices. C'est une belle nouvelle, émouvante et poignante mais peut-être un peu trop lancinante au point que je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans cet univers.

"Les terres du roi sombre" d'Ambre Dubois nous entraînent dans Londres au XIXe siècle, ville emplie de brumes et de mystères. Un homme qui se plaît à maltraiter les femmes qu'il courtise va rentrer sur les terres du roi sombres, il en ressortira changé pour son plus grand malheur. La thématique de la frontière est traitée d'une manière qui m'a semblé un peu plus simple que dans les autres textes et j'en ai trouvé l'intrigue et sa chute un peu fades, peut-être trop moralisatrices à mon goût.

"Eux plutôt que moi" de Franck Ferric est une pépite de justesse et de sensibilité. C'est l'histoire d'un homme qui garde une porte, symbole de la frontière entre un monde et un autre. Je ne peux en dire plus pour ne pas gâcher la "surprise" mais, quand j'ai découvert où se trouvait cet homme, je me suis pris une claque et, ensuite, j'ai continué de lire le texte avec de l'admiration dans les yeux. Il y a de la justesse, dans ce texte mais toute sa force vient du personnage, terrible et pathétique en même temps. Un régal à la lecture.

"La maison" de Yael Assia est aussi un coup de cœur. Courte, percutante, puissante dans les émotions qu'elle m'a fait ressentir, cette nouvelle est à la fois touchante et dérangeante. À travers l'histoire d'une famille à la recherche d'un foyer, Yael Assia montre que même des personnes en marge du monde peuvent avoir des désirs humains.

Après la lecture des deux dernières nouvelles, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans "L'enclave" de Fabien Clavel. Étrange monde, étranges personnages, étrange atmosphère, je n'ai pas bien compris le décor de l'intrigue. Puis, je me suis laissée emporter (sur cet océan sombre qui s'épare l'île de départ d'un monde en périphérie où vivent les exilés) et, si le début fut ardu, la suite me montra que j'ai bien fait de persévérer dans ma lecture. Toute la puissance de Fabien Clavel est de jouer sur le côté attendu de sa chute pour la sublimé prouvant que même les fins les plus attendues peuvent être grandioses. Et je salue l'anthologiste d'avoir choisi ce texte pour clore cette anthologie.

Le petit plus : la taille réduite des textes qui en fait, pour la plupart d'entre eux, un concentré de puissance évocatrice et de sensibilité.


I.

dimanche 4 novembre 2012

NdS # 9

Le serpent à collerette - Francis Berthelot.


La plume de Francis Berthelot est particulière. Tantôt grave, tantôt enjouée, elle garde une poésie diffuse et montre une maîtrise parfaite de la justesse du ton et des personnages. Dans cette longue nouvelle, Francis Berthelot narre un conte étrange aux personnages tourmentés, mais toujours proches du lecteur.

Pourquoi la lire ?

Pour la plume de monsieur Berthelot, pour les cauchemars aux allures de Dali et pour la leçon d'écriture, encore.

Une scène clé : La première fois où le serpent vient dans le lit de Prunelle.

Un personnage : Prunelle, pour sa force, ses faiblesses et sa naïveté.

Un petit aperçu ? : Au pays des Forêts Secrètes se trouvait jadis, en bord de mer, une petite ville austère et gaie nommée Gurmance. Les maisons, blanchies à la chaux, avaient des colombages de couleur, des fenêtres aux carreaux minuscules, des balcons fleuris de colchiques et des toits dont les tuiles vertes luisaient au soleil. Des ruelles pavées de galets serpentaient entre le vieux port, la place des kermesses, l’hôtel du bourgmestre et la chapelle des Trépassés. Et, dans les cent boutiques qui s’y égrenaient, on vendait de la céramique, du drap, des sarcloirs, du pain bis, des ex-voto, des tranches d’espadon et des poupées de cire.

Où trouver la nouvelle ? : Sur la plateforme numérique du Bélial ou dans leur boutique en ligne ou commandez le recueil à votre libraire préféré.

jeudi 6 septembre 2012

Reines et Dragons - Sylvie Miller et Lionel Davoust

Anecdote : Je me suis précipitée sur l'anthologie le jour de sa sortie pour avoir un petit bout d'Imaginales avec moi (n'ayant pas pu y aller) et c'est une carte postale du festival, que des amis grenouilles m'ont envoyée, qui m'a servi de marque-page durant la fin de ma lecture.


Titre : Reines et Dragons

Anthologie dirigée par : Sylvie Miller et Lionel Davoust (premier essai réussi pour les successeurs de Stéphanie Nicot).

Auteurs : Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Nathalie Dau, Anne Fakhouri, Mélanie Fazi, Mathieu Gaborit, Thomas Geha, Vincent Gessler, Chantal Robillard, Adrien Tomas, Erik Wietzel.

Éditeur : Mnémos.

Nombre de pages : 204

Prix : 18 €

Illustration : Kerem Beyit.

Quatrième de couverture : "Les ailes immenses. Le corps vaste. La tête cornue et mobile au bout du cou. Et ces plaques d'écailles d'un bleu noir. La reine Ayline aurait pu défaillir si elle n'avait connu une succession d'épreuves, si elle n'avait été ballottée d'un cauchemar à l'autre. Son cœur était celui d'une guerrière : il n'était pas invincible mais il ne cesserait de battre qu'au prix d'une défense farouche. Elle sortit son glaive du fourreau ; il lui sembla dérisoire face à la puissance du monstre qui se percha sur l'édifice, ailes toujours déployées."

[…]

D'un univers à l'autre, de l'exaltation aventureuse à la retenue intimiste, tout l'éventail de la Fantasy se déploie, porté par sa créature la plus légendaire et par sa figure la plus complexe. Drégonjon et son Elfrie, Chuchoteurs de dragons, Reines protectrices ou vengeresses, Sœurs de la Tarasque, Éveilleuse entre les mondes, Déesse aux deux visages : vivez les frissons de l'épopée et de l'émotion, assistez à la confrontation de ces Reines et Dragons !

Mon avis :

L'anthologie Victimes et Bourreaux m'ayant laissé un peu sur ma faim, j'ai commencé celle-ci avec une pincée d'appréhension : si j'aime les dragons sous leurs formes les plus diverses, les personnages féminins gagnent rarement mes faveurs aussi, le côté 'reines' m'a fait grincer des dents en le découvrant mais l'appel des dragons a été plus fort et je ne regrette pas d'y avoir succombé.

D'une manière générale, Reines et Dragons est une anthologie bien pensée. Les textes s'enchaînent de manière cohérente et, pour une fois, je n'ai fait qu'une entorse à mon habitude de lire dans le désordre : j'ai craqué pour le titre "Under a lilac tree" et je n'ai pas pu me retenir de la lire juste après celle d'Adrien Tomas. J'ai également apprécié la diversité des univers, la grandiloquence des décors et la poésie présente de mille manières dans chacun des textes réunis ici (encore bravo à Sylvie Miller et Lionel Davoust, ils ont fait un beau travail). C'est cette pluralité qui fait, à mon avis, toute la magie de cette anthologie : chaque auteur a réussi à donner à la relation Reines/Dragons, une force et une profondeur qui lui est propre c'est ce qui fait toute la saveur de cette anthologie. Je ne m'attarderai pas sur les relations entre les deux créatures de peur de déflorer l'intrigue des nouvelles mais je n'ai été déçue par aucune d'entre elles et, si j'avais peur de trouver des schémas classiques, j'ai été grandement détrompée.

Les nouvelles :

L'anthologie commence par une belle œuvre poétique de Chantal Robillard : "Le dit du Drégonjon et de son Elfrie". Dans leur préface, Sylvie Miller et Lionel Davoust conseillent au lecteur de lire ce texte à voix haute et ils ont bien raison ! Un dit est une forme de poème vouée à être lue à haute voix (si si c'est même dit dans le dit (aha aha aha)) et Chantal Robillard maîtrise ce genre avec un brio certain. Le texte est entraînant et parfait pour entrer dans l'anthologie même si j'ai mis un moment à rentrer dedans (à cause du rythme non classique des vers). Cependant, une fois ce souci passé, je me suis laissé porter par l'histoire de ces Elfries et du Drégonjon. L'univers est à peine effleuré mais on en sent toute la profondeur en quelques phrases bien placées. J'ai aimé cette écriture qui touche juste, cette violence qui n'a pas besoin de dizaines de lignes pour la justifier, l'expliquer, etc. Ajoutez à tout ça une psychologie des personnages bien maîtrisés et un retournement inattendu et vous avez une très bonne première nouvelle.

Thomas Geha offre, avec ses "Chuchoteurs du dragon" une nouvelle ancrée dans un univers riche que j'aurai aimé découvrir plus en profondeur mais, si je reste sur ma faim à ce propos, je dois reconnaître que le reste tient ses promesses. Ici, la relation entre la reine et le dragon commence à prendre forme, s'immisce dans les rêves plus que dans la réalité. Le décor que dessine Thomas Geha prend alors toute son importance. La reine Hiodes est perdue dans un palais dans lequel elle n'aurait jamais voulu se trouver, entourée d'hommes rompus aux complots de cours, dans une atmosphère qui s'obscurcit à chaque instant. L'atmosphère angoissante se resserre autour des personnages tandis que le mystère qui entoure le dragon se lève et donne toute son ampleur à l'intrigue. La chute n'a fait que renforcer mon opinion sur ce texte et sur l'auteur, une très belle découverte.

Je ne connaissais pas Adrien Tomas avant de découvrir sa nouvelle, "Ophëa", bien jolie découverte. Ophëa, reine d'un royaume qu'elle tente de diriger après la mort de son roi, se retrouve contrainte à trouver un nouvel époux pour le bien du royaume. Rusée comme Pénélope, elle décide de n'épouser que l'homme ayant assez de courage et de bravoure pour tuer le dragon qui causa la mort de son mari. C'est là que la nouvelle prend les habits de l'épopée. Mais il ne faut pas se tromper et penser ne trouver là qu'un texte classique de chevaliers et dragons, car Adrien Tomas sait où il va et, une fois terminée, la nouvelle n'en est que plus délectable.

"Au cœur du Dragon d'Anne" Fakhouri est une nouvelle au style fluide et à l'univers intéressant mais j'ai trouvé les personnages traités un peu trop rapidement pour que je puisse m'y attacher réellement. Ceci dit, j'ai aimé l'originalité du monde crée par l'auteur et sa manière de nous le faire découvrir. Malheureusement, j'ai lu sa nouvelle juste après celle de Mathieu Gaborit (l'une des meilleures nouvelles de l'antho pour moi), donc mon avis était forcément biaisé par ma lecture précédente.

Le texte de Justine Nigoret aurait pu être mon texte préféré s'il avait été un peu plus court. "Achab amoureux" ou "La grande déesse de fer de la miséricorde" (le premier titre se trouve en tête de chaque page, le second au début de la nouvelle et, comme j'aime les deux, je n'ai pas su trancher) est un texte barré, surréaliste, il y a un vrai travail sur la langue, sur sa poésie mais aussi sur la quête et sur la fantasy en général. Le décor peint est grandiose et tordu à souhait. Bref, il y a une foule de choses qui fait que j'aime cette nouvelle mais j'ai trouvé qu'elle s'essoufflait sur la fin, que l'ambition du texte étouffait le texte lui-même et c'est dommage (même si la nouvelle reste la plus courte de l'anthologie).

"Morflam" de Pierre Bordage est un récit simple dans sa forme mais, sublimé par la plume fluide et entraînante de l'auteur, se transforme en une nouvelle qui, si elle ne transcende pas le genre reste originale et extrêmement agréable à lire. Une vraie bouffé d'air frai après l'univers déjanté de Justine Nigoret. J'aime ces textes où je sens que l'auteur n'a pas cherché à en faire des tonnes, juste à offrir à son lecteur un agréable moment, et c'est réussi.

De Charlotte Bousquet, j'avoue ne connaître que le côté novelliste et j'ai été contente de la retrouver dans cette anthologie avec sa nouvelle "Azr'Khila". Ce que j'apprécie chez elle c'est sa manière de traiter la violence, avec une subtilité qui de voile rien mais qui permet de la sublimer et de la dénoncer avec doigté. J'ai également aimé le choix du décor : des étendues arides, des peuples nomades, des divinités cruelles et protectrices, des odeurs d'épices, de sang et de chèvres (j'aime les chèvres et leurs odeurs et je l'assume). La reine de l'histoire est peut-être ma préférée de toutes et j'ai aimé la manière dont Charlotte Bousquet a su la magnifier, la rendre forte, puissante et attachante.

"Où vont les Reines" est un texte dont je suis ressortie avec un goût amer aux lèvres, sensation que j'apprécie tout particulièrement. Je ne savais pas trop quoi penser de ce texte avant de lire la dernière phrase. J'aime les textes qui vous portent sans vous chambouler, ceux un peu contemplatifs, lents, centré sur un personnage, et qui viennent, en une phrase, renverser toutes vos certitudes (bon je triche un peu, le texte prend toute sa force à deux paragraphes de la fin mais la dernière porte à elle seule 95% de la tension). "Où vont les Reines" fait parti de ces textes qui me bouleversent, dont la force m'émeut encore à leur simple évocation et je suis heureuse d'avoir craqué pour l'anthologie, ne serait-ce que pour cette découverte.

"Le monstre de Westerham" d'Érik Wietzel permet de s'intéresser un peu plus au rôle du dragon non seulement envers les hommes mais aussi envers ses semblables. La nouvelle prend le contrepied à ce qu'on attend d'elle et crée un univers que j'aurai aimé explorer davantage. Servis par un style précis et direct, les enjeux humains et dragoniens (dragoniques ?) permettent à l'intrigue de prendre de l'ampleur et de gagner petit à petit en tension. La relation entre les deux personnages est bien pensée et, même si je trouve que la fin aurait pu être plus forte, elle n'en demeure pas moins juste et dans la lignée du reste du texte.

Avec "Under a lilac tree" Mathieu Gaborit prend la première place sur le podium de mes nouvelles préférées de l'anthologie. Sur fond d'urban fantasy – que je n'apprécie que rarement et modérément – il offre à Paris un voile onirique et poétique. Chaque image évoquée est à la fois forte et éthérée et elles s'enchaînent, comme des visions troubles, tout au long du texte. J'ai aimé l'atmosphère qui se couvre de givre à mesure que la Reine/Muse tente de remplir son devoir, les évocations visuelles suscitées par les descriptions, la place du rêve dans les pensées de l'artiste, toute cette réflexion sur l'imagination et la création. Je me suis laissée emporter par les mots, par la sensation de froid qui gagne en intensité à mesure qu'avance le récit, j'ai chevauché les ailes du dragon et vu, sous moi, le Paris de Mathieu Gaborit se dessiner. Je le remercie d'avoir mis un peu de magie et de fantasy dans mon quotidien, les trajets en bus ou en métro ne seront plus les mêmes désormais.

J'ai été heureuse de retrouver la plume, fine et sensible de Nathalie Dau grâce à sa nouvelle "Cet œil brillant qui la fixait". Une fois n'est pas coutume, Nathalie Dau évoque l'amour et le sacrifice et le désir de liberté qui exacerbe l'ensemble. C'est une histoire belle et triste qu'elle nous conte, pleine de dualités et de liens qui se forment, de douleur, de compassion, de compréhension. Je me suis laissée portée d'un bout à l'autre comme on se laisse porter par les contes et, une fois le voyage terminé, j'ai été emplie de ce sentiment étrange de sérénité qui marque la fin des belles histoires.

C'est à Mélanie Fazi que revient la lourde tâche de clôturer l'anthologie et c'est, une fois encore, un excellent choix de la part de Sylvie Miller et Lionel Davoust. "Les sœurs de la Tarasque" a été, pour moi, une leçon d'écriture. Les sentiments confus des personnages, le monde décrit sans en avoir l'air, la subtilité dans l'atmosphère et la tension qui monte dans le cœur de la jeune Rachel. La force des personnages de Mélanie Fazi m'a impressionnée, elle peint ces adolescentes – avec leurs luttes intérieures, leur jalousie, leurs espoirs, leurs contradictions – avec une telle justesse que j'en suis restée admirative. Une très elle manière de terminer la lecture de cette anthologie.


I.