mercredi 30 juillet 2014

La reprise du mercredi : Bifrost n°75

Le dernier numéro de Bifrost, consacré à Poul Anderson est l'un des rares livres papier que j'ai emportés dans ma valise cet été. Fini dans la matinée au bord de l'eau (histoire de montrer que je bosse un peu même en vacances), j'ai dévoré chacune des nouvelles et j'ai été merveilleusement charmée par la plume de Poul Anderson que je ne connaissais pas encore.

Derrière sa superbe couverture de Philipe Caza, se cachent quatre nouvelles de SF qui m'ont permis de replonger dans ce genre avec délectation.




Quatrième de couverture :

Le dernier homme sur Terre ignorait qu’il était le dernier. Et il s’en serait fichu s’il l’avait su. Il n’avait rencontré que de rares humains au cours de sa vie, aucun depuis que sa femme avait cessé de tousser pour se taire à jamais. Quand était-ce arrivé, cela aussi il l’ignorait. Il ne tenait pas le compte des années, ni de quoi que ce soit d’autre. Elle n’était plus pour lui qu’un souvenir flou, mais il en allait de même de tout ce qui datait un peu. La survie au jour le jour mobilisait toute sa ruse et toute sa force, du moins ce qu’il en restait. [...]

Le dernier homme était né dans une ville qui s’appelait jadis Atlanta. Il l’avait fuie lorsqu’une bande de cannibales s’y était établie, rôdant dans ses rues et ses couloirs en quête de viande fraîche. Ils étaient fort communs quelques générations plus tôt, mais leur gibier se faisait rare désormais. Ceux-là périrent bientôt de diverses façons...

Poul Anderson
In Memoriam


Mon avis :

Le numéro s'ouvre sur une jolie nouvelle de Poul Anderson, à l'honneur dans ce numéro. Tout voyage s'arrête nous amène à la rencontre de Norman Kane, télépathe de son état. On y découvre le quotidien de l'homme envahi par les pensées des autres. Le tout parsemé de touches de souvenirs comme autant d'éclats passés. La nouvelle a un je-ne-sais-quoi de sensible, d'émouvant, le regard que pose Norman sur le monde est à la fois lucide mais teinté d'une touche d'espoir qui m'a conquise.

Reallife 3.0 de Jean-Marc Ligny propose une vision nouvelle des réalités virtuelles. Le narrateur de la nouvelle a été sélectionné pour tester la version 3.0 du jeu Reallife et grâce à elle, son monde va alors changer. Ce qui m'a plu dans ce texte, c'est le contre pied pris par rapport aux réalités virtuelles et la manière de traiter le sujet. L'ensemble est servi avec une touche certaine de cynisme, d'humour (plus ou moins noir) et d'émotions.

Le nouvelle de Ken Liu, Faits pour être ensemble, nous plonge dans la vie de Sai, vie qui est réglée grâce à Tilly, une I.A. qui a développé diablement loin le concept d'assistant personnel (jusqu'à persuader Sai qu'il préférerait prendre un smoothie qu'un café le matin). Comme dans la nouvelle de Jean-Marc Ligny, celle de Ken Liu s'intéresse à la place de la technologie dans notre quotidien. Quelles en sont les limites ? Est-ce qu'elle nous aide réellement à vivre mieux ? Faits pour être ensemble propose une réponse légèrement douce-amère à ces questions, à la fois terriblement réaliste et terriblement fataliste.

Bifrost redonne la plume à Poul Anderson pour conclure sa rubrique *Interstyles* et je vous avoue que si j'ai beaucoup aimé le premier texte de l'auteur, le deuxième m'a tout simplement chamboulée. In memoriam commence par nous présenter le dernier homme avant de s'étendre et d'aller encore plus loin en présentant l'histoire de la Terre, de ce qui va s'y passer après la fin de l'humanité. Pas de dialogues, pas d'action à proprement parlé, juste la description d'un monde qui évolue, qui change au fil des millénaires. Mais il n'y a pas que ça. Il y a là une ode à la nature, à la beauté de la planète, de l'univers, de la vie dans ce qu'elle a de plus général. Les mots résonnent les uns avec les autres, créant des paysages gigantesques et sublimes, des images de destruction et de renaissance. Et la fin... je n'ai pas de mots pour décrire mon état à la lecture du dernier paragraphe tellement celui-ci était fort et porteur d'espoir. J'en suis ressortie les joues baignées de larmes, le sourire aux lèvres et la tête emplie de merveilles.

Le petit plus du livre : Comme d'habitude, le dossier critique est toujours intéressant quand on connait les goûts des chroniqueurs de Bifrost mais ici, c'est surtout le dossier très intéressant sur Poul Anderson que je voulais mettre en avant. Moi qui ne connaissais pas l'auteur, je me suis retrouvée à la fin de ma lecture avec 3 textes de lui à mettre en haut de ma PAL. 

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