dimanche 30 septembre 2012

NdS # 4

Oasis – Olivier Caruso.

Donner de la voix est un média particulier qui diffuse des nouvelles sous format audio que j'ai découvert grâce à ce texte d'Olivier Caruso (et ce fut une très belle découverte et du format et de l'auteur). Le lecteur réussit à donner au texte toute sa profondeur, sa lancinance aussi et j'ai laissé sa voix me porter le long de cet étrange univers par cette narratrice à la voix désespérée.

Pourquoi le lire ?

Pour la force du personnage, pour l'univers, pour la plume et la voix.

Une scène clé : la fin, puissante et désespérée.

Un personnage : La narratrice.

Un petit aperçu ? : Quand tu as relevé la tête, tu as poussé un cri de panique. Vingt sosies de ton amour perdu te clouaient du regard.

Approche-toi. Prends-moi dans tes bras.

Où trouver la nouvelle ? : Pour l'écouter, c'est par ici.

 I.

vendredi 28 septembre 2012

Fin'Amor - P&M


Titre : Fin’Amor, Piments & Muscade n°15
Auteurs : Laëtitia Genetay, Aodez S. Bora, Ophélie Bruneau, Valérie Simon, Olivier Boile
Illustrateurs : Stéphane Sabourin et Ophélie Bruneau
Éditeur : L’Armoire aux Épices
Nombre de pages : 64
Prix : 4 euros



Quatrième de couverture :
Prenez place, gentes dames et beaux sires, nos troubadours vont vous conter des récits merveilleux pour fêter la venue du printemps.

Sous vos yeux, de preux chevaliers mettront en jeu leur vie, leur nom et leur honneur pour atteindre le cœur et le corps de leurs belles. Quant aux dames, elles sauront aussi faire preuve de courage, de droiture, et d'initiative si les circonstances l'exigent. Pour tous, le plaisir est au bout des épreuves. Ils ranimeront pour vous, grâce à cette pincée de Piments & Muscade, les joutes amoureuses et les cours de Fin'Amor.


Mon avis :
Ce numéro de Piments et Muscade est de très bonne qualité, aussi bien dans les textes présentés que dans les illustrations. Un numéro en or donc, qui justifie sans doute le petit ruban de satin doré mettant en valeur le fanzine.

Mon coup de cœur dans ce volume est :
* "Blanche dans la lumière du printemps" de Valérie Simon. Alors que son mari part en campagne, un bel inconnu se propose de partager la couche de Blanche… Le vocabulaire médiévisant sert un érotisme troublant. Les habitudes de l’héroïne (tout comme les nôtres) sont un peu bousculées, pour le meilleur.

Les autres nouvelles :
* Dans "La Chimère d’argent et l’ours de sable", complots politiques se marient avec érotisme aux dépens du beau chevalier Théobald.
* "Erwan et Isobel" raconte une histoire d’amour impossible entre une reine et son assistant. Le style est fluide et la narration maîtrisée.
* "Joy" d’Ophélie Bruneau est un poème en octosyllabes de science fantasy. L’histoire d’un soldat épris de sa capitaine, la fois touchante et loufoque, a toute sa place dans le fanzine.
* "Georges et le mystificateur de dieu" est une nouvelle de fantasy burlesque mettant en scène un chevalier et son fidèle dragon. La nouvelle est originale et amusante, dommage cependant que l’érotisme n’y soit pas plus prononcé.

Le petit plus : L’illustration de couverture, très colorée, par Stéphane Sabourin. Enfin un dessinateur qui dessine des hommes, des vrais, avec des épaules et des cuisses musclées !

M.

mercredi 26 septembre 2012

Muséums - Christophe Thill


Titre : Muséums
Auteurs : Nico Bally, Emmanuelle Cart-Tanneur, Olivier Caruso, Nelly Chadour, Romain Champion, Cédric Citharel, Fabien Clavel, Julie Conseil, Robert Darvel, Romain d’Huissier, Franck Ferric, François Fierobe, Anne Goulard, Gudule, Julien Heylbroeck, Jess Kaan, A. Kowski, Léo Lallot, Loïc Lendemaine, Bernard Léonetti, Aurélie Ligier, Jean-François Lubin, Irène Maubreuil, David Miserque, Terry Montcalm, Mathias Moucha, Georges Mugand, Régine Philippe, Véronique Pingault, Pascal Sacré, Ludmila Safyane, Blanche Saint-Roch, Jean-François Seignol, Bernard Weiss.
Éditeur : Malpertuis
Nombre de pages : 406
Prix : 18 euros




Quatrième de couverture :
Palais de la science, institution culturelle, mais aussi lieu de rêverie, le muséum est un endroit riche d’une indéniable et complexe poésie. De nombreuses présences s’y côtoient : brillants chercheurs et obscurs employés, visiteurs parfois studieux et parfois beaucoup moins, à la recherche d’une information, d’un sujet de croquis, voire d’un lieu de rendez-vous discret... Sans oublier ses véritables stars, qui toisent la foule du haut de leur piédestal ou du fond de leur vitrine : qu’elles soient récentes ou antédiluviennes, animaux, végétaux ou minéraux, ou bien encore objets manufacturés.
*
A travers ces 34 nouvelles, parcourez des musées réels ou imaginaires et découvrez leurs secrets. Quels mystères tous ces cabinets et ces tiroirs de bois verni peuvent-ils bien recéler ?

Mon avis :
Avec les 34 nouvelles de son anthologie, Christophe Thill nous emmène dans les profondeurs d’un muséum tentaculaire. Ces textes sont autant de vitrines exposant le mystère des origines, des philosophies de l’art, des créatures fantastiques, des malédictions ou encore des objets dotés de vie.

Mes deux coups de cœur dans ce volume sont :
* “Le Sourire du dodo” d’Olivier Caruso. Les mots de cette nouvelle sont cousus comme pour former une tapisserie qui prend sens à la fin de son exécution. Des refrains rythment une mécanique implacable qui nous emmène jusqu’à la conclusion d’étranges expériences menées par un scientifique obsédé par ses recherches.
* “Le Musée des âmes” de Jean-François Seignol. En dépit d’un titre assez classique, cette nouvelle nous promène dans un muséum d’exobiologie, avec un langage aussi exotique que poétique.

D’autres nouvelles que j'ai aimées :
* “Guide du muséum de Rascanges” de François Fierobe. Cette visite guidée originale et pince-sans-rire s’apparente à un exercice de style très réussi.
* “L’Affaire de l’épidémie dansante” de Nico Bally. Un texte rafraichissant qui transporte le lecteur dans un univers coloré et féérique, avec un style enlevé.
* “La Véritable Histoire du Quetzalcoatlus” de Régine Philippe. Un enfant rencontre un vieil homme qui lui apprend la taxidermie. J’ai totalement adhéré à l’ambiance sombre et oppressante de ce texte, même si la fin m’a paru un peu décevante.
* “Chroniques d’un cabinet de curiosités” de Claire Goulard. Un assistant doit répertorier la collection d’un vieil illuminé qui a rassemblé toutes sortes d’objets et de créatures. Cette histoire captivante lie le muséum au monde féérique.
* “Musée-homme” de Robert Darvel. J’ai eu un peu de mal à accrocher au début de ce texte, puis je me suis laissée séduire par son humour absurde. J’aime l’idée développée, à savoir : le musée est le monde, chaque visiteur est le monde.
* “Bicéphalite” de Julien Heylbroeck. Un récit horrifiant qui tourne autour d’un fœtus malformé. Je n’ai pas réussi à lâcher le texte jusqu’à sa conclusion.
* “Le Directeur des ressources humaines : l’autre” de Mathias Moucha. Le héros doit recruter des veilleurs de nuit pour son musée, ce qui n’est pas de tout repos. Le rythme est enlevé, l’histoire cruelle mais efficace.
* “L’Objet K” d’A. Kowsky. Dans une ambiance lovecraftienne, l’auteur se livre notamment à une réflexion intéressante sur la vanité de la vie symbolisée par les restes humains.
* “Le Secret de Canaletto” de David Miserque. Derrière une toile mystérieuse d’un artiste vénitien se cache un secret qui dépasse tout ce que peuvent imaginer les personnages… Fascinant.
* “La Lyre à trois cordes” de Julie Conseil. À travers un style fluide, l’auteur fait ressurgir les mythes de l’antiquité grecque dans un musée actuel.
* “La Machine des Incas” de Georges Mugand. Un texte contemplatif : ce sont les petits incidents de la vie qui forment la trame du récit, et le sens ne vient pas forcément de l’action.
* “Les Rouages du destin de Terry Montcalm. Un automate écrit sur son pupitre nuit après nuit. On a envie de croire qu’il peut vraiment communiquer avec les gardiens de nuit qui s’y intéressent. Une histoire très vivante.

Le petit plus : La préface passionnée de l’anthologiste Christhophe Thill. Je crois que si je n’aimais pas déjà les musées, il me les aurait fait aimer :-)

M.

dimanche 23 septembre 2012

Concours L'Après-Dieux


 Bonjour à tous !

Pour fêter l'arrivée de l'automne, les feuilles qui roussissent et les chats qui se pelotonnent sur vos genoux pour échapper au froid (parce que malgré l'automne, l'hiver arrive), un monde de Nouvelles et les Éditions Griffe d'Encre vous proposent de participer à un petit concours pour gagner la dernière parution des Editions Griffe d'Encre : L'Après-dieux, novella de Maëlig Duval.
 


Le concours sera ouvert du 23 septembre jusqu'au 1er octobre, minuit. Pour participer, rien de plus simple : il vous suffit d'envoyer par mail les réponses aux questions suivantes (mail à envoyer à nouvellessfff@gmail.com).

- Combien y a-t-il de plumes sur la couverture ?

- Qu'est-ce que l'auteur de L'Après-dieux a de grand et fort ?


- Quel événement a détruit les villages dans la novella ?

- Qui a dessiné la couverture de L'Après-dieux ?


- Qui dirige la collection Novellas chez Griffe d’Encre ?

Si vous n'arrivez pas à trouver les réponses, ne vous inquiétez pas, allez plutôt faire un tour sur le site de Griffe d'Encre et sur la page consacrée à la novella et à son auteur.


Petites formalités :

- Les gagnants seront tirés au sort parmi les participants ayant donné les bonnes réponses au questionnaire.

- Il y a 5 exemplaires de la novella à gagner.

- Les organisateurs se réservent le droit d’écourter, de prolonger ou d’annuler le jeu si les circonstances l’exigent. Leur responsabilité ne saurait être engagée de ce fait. La participation au concours implique l’acceptation entière et sans réserve du règlement et des résultats. En cas de difficultés éventuelles non prévues au présent règlement ou en ce qui concerne son interprétation ou son application, les organisateurs seront seuls compétents et leurs décisions seront souveraines et sans appel.

- Les coordonnées des participants ne seront ni transmises à des tiers ni utilisées pour tout autre usage que le présent jeu-concours.


Et maintenant, à vous de jouer !

NdS # 3

Poneys de Kij Johnson.

Toujours chez Angle Mort, je profite des anciens numéros pour faire vivre cette rubrique, une nouvelle déjantée, drôle et sombre à la fois. Une nouvelle pour tous ceux qui connaissent ces petits poneys multicolores aux odeurs de fraise.

Pourquoi le lire ? : Pour la thématique centrale et la capacité de l'auteur de mêler dans un univers barbe à papa une tension dramatique et horrifique.

Une scène clé : la fête de découpage.

Un personnage : Starblossom (ou la Plus Populaire).

Un petit aperçu ? : Elles [les fillettes] ont attrapé un poney rose et blanc au lasso. Ses yeux et sa bouche sont tout ronds, pour exprimer sa surprise. Un point d’exclamation flotte au-dessus de sa tête.

Où trouver la nouvelle ? : Par ici pour la lire en ligne, par là pour acheter le numéro complet.

I.

vendredi 21 septembre 2012

Monstres ! - Jacques Fuentealba

Titre : Monstres !

Auteurs : Lewis Shiner, Bill Congreve, Jeffrey Thomas, Alan Baxter, Lavie Tidhar, Steve Rasnic Tem, Kaaron Warren, Pablo Dobrinin, Fermín Moreno, Carlos Gardini, Pedro Escudero, Marc R. Soto, Nuria C. Botey, David Pierru, Yohan Vasse, Celia Deiana, Nelly Chadour, Timothée Rey, Marija Nielsen, Leonor Lara, Marc-Olivier Aiken.

Éditeur : Céléphaïs

Nombre de pages : 308

Prix : 12 euros





Quatrième de couverture :
Des eaux troubles de l’océan aux pistes des cirques les plus étranges, de l’apparente normalité de demeures anonymes aux villes cauchemardesques ou fantasmatiques, du passé légendaire aux futurs post-apocalyptiques, voyagez aux côtés de monstres du folklore (vampires, loups-garous, fantômes, Léviathan), de phénomènes de foire comme d’abominations échappant à toute classification. Tour à tour proches de nous, miroirs déformants ou hideuse altérité, les créatures qui peuplent cette anthologie vous convieront à un tour du monde de la littérature fantastique, à travers vingt-et-une nouvelles d’auteurs d’origine américaine, australienne, israélienne, espagnole, argentine, uruguayenne ou française.

Mon avis :

J'ai un rapport particulier avec cette anthologie vu que j'ai fait partie du comité de lecture et que j'ai traduit une des nouvelles. Cependant, une grande partie du recueil m'était inconnu quand j'ai découvert ses 21 textes monstrueux, dérangeants, parfois trash. Le thème s'est aussi prêté à des exercices de style déroutants ou jubilatoires. Une anthologie de grande qualité dans son ensemble.

Mes deux coups de cœur dans ce volume sont :

* “Fantômes” de Carlos Gardini. De mystérieux animaux marins visitent un village dont les habitants tentent d'exorciser la mort de leurs proches. Un texte lancinant et fanstasmagorique qui offre une approche originale sur le thème universel de la mort.

* “Ma femme est un shoggoth” de Jeffrey Thomas. Un jeune homme invoque une créature grâce à un vieux grimoire rédigé par les Anciens. Ce récit pulp à l'humour cynique fonctionne vraiment très bien.

D’autres nouvelles que j'ai aimées :
* “Blue” de Pablo Dobrinin. Dans ce texte qui raconte la légende d'une déesse obèse, on explore les thèmes de la religion et de l'extase.

* “Tania” de Fermin Moreno. Une recrue belle comme un ange arrive dans un cirque. Un récit court et cruel, très percutant.

* “Les meilleurs partent toujours les premiers” de Nelly Chadour. La doyenne du monde terrorise l'hôpital où elle finit ses jours. Un texte dynamique et drôle, qui a un petit goût de Misery de Stephen King.

* “À l'aube de la nuit” de Bill Congreve. Un récit policier dans lequel une adolescente est soupçonnée d'avoir commis des meurtres atroces. L'enquête est palpitante, je n'ai pas pu la lâcher avant la conclusion.

* “Altera in Alteram” de Léonor Lara. En emménageant dans son appartement, un homme s'éprend d'une curieuse créature. Les descriptions du désir sont somptueuses.

* “Liens de sang” de Lewis Shiner. Dans la ferme que viennent de reprendre les héros en bordure d'un marécage, des animaux sont découverts la gorge tranchée. L'horreur croît jusqu'au paroxysme. Les changements de points de vue fréquents sont fluides, très bien réussis.

* “Grand-Père Loup” de Steve Rasnic Tem. Une enfant découvre et apprivoise son étrange grand-père en dépit des réserves de ses parents. Une nouvelle douce-amère.

* “L'Evolution des espèces” de Nuria C. Botey. Un loup devenu homme jette un regard désabusé sur les humains du XXIème siècle. Un texte en forme de délire déjanté, jouissif.

* “Le Vieil Homme et la Mer. Et l'étranger. Et le Kraken.” de Pedro Escudero. Rien que le titre donne envie :-) L'auteur revisite la légende du Kraken du point de vue d'un vieux pêcheur. Un récit fascinant.


Le petit plus : Un extrait du “Vieil Homme et la Mer. Et l'étranger. Et le Kraken.” qui résume bien l'antho :
"- J'ai beaucoup bourlingué ma petite. J'ai vu bien des choses dans ce monde qui échappent à notre entendement. Elles ne s'apprennent pas dans les livres, du moins ceux dont la lecture est conseillée. Il existe trois types de monstres : ceux qu'il faut éradiquer, qu'importe le prix à payer ; ceux que l'on doit fuir et combattre uniquement si l'on est acculé; et ceux qu'il faut apaiser parce qu'ils sont au-delà de notre compréhension."

Alors, faites bien attention à vous ! ;-)


M.

mercredi 19 septembre 2012

Proverbes I - Magali Duez & Michaël Fontayne


Anecdote : La première fois que je suis allée au festival de Bagneux, je savais que Zariel, l'un des illustrateurs de Griffe d'Encre, allait être là. J'ai donc empoché mon Présumé coupable, impatiente à l'idée d'avoir ma dédicace. J'ignorais alors que Nicolas Trève était également présent. Un peu honteuse, je lui ai alors dit que je n'avais pas pensé à prendre mon exemplaire de Proverbes I. Ni une, ni deux, il prend une feuille blanche et me fait une magnifique dédicace tandis que je le regarde avec plein d'admiration dans les yeux. 


Titre : Proverbes I.

Anthologistes : Magali Duez & Michaël Fontayne 



Auteurs : Isabelle Guso, Frédérique Lorient, Ghislaine Maïmoun, Véronique Pingault, Laurence Rodriguez, Nathalie Salvi. 

Éditeur : Griffe d'Encre 

Nombre de pages : 104 

Prix : 9 € 

Illustration : Nicolas Trève 

Quatrième de couverture : 
Bien avant que l'humanité ne se regroupe virtuellement en grand village planétaire, les petits villages disposaient d'un moyen sûr pour transmettre le savoir et repousser les noirs corbeaux de l'inconnu : le proverbe. 

Sibyllin ou sentencieux, réconfortant ou cinglant, il a réponse à tout, même lorsqu'on l'interroge sur lui-même : ainsi, pour les Marocains, "Le proverbe est la lampe des mots" tandis qu'en Chine on affirme que "Lorsqu'on a appris le livre des proverbes, on n'a plus d'efforts à faire pour parler." 

Qu'ils les corroborent ou témoignent de leurs limites, six auteurs ont mis en scène six de ces proverbes. Car s'il y a bien manière d'éprouver leur réalité, c'est en les confrontant à la fiction. 

Mon avis : 

J'ai acheté Proverbes I sans bien connaître les éditions Griffe d'Encre. Je m'attendais à lire des textes amusants ou légers et je suis ressortie de cette lecture un brin déprimée, mais avec un goût agréable en tête. Une bien étrange anthologie. 

La nouvelle qui ouvre le recueil, "La Vengeance est un plat qui se mange froid" de Ghislaine Maïmoun, est courte (un peu plus de deux pages) et percutante. Elle part d'une scène commune : un garçon, Thibault, ne veut pas manger ses petits pois. Et la scène continue, se déroule comme se sont déroulées toutes les scènes de ce genre dans la vraie vie : la tension et la voix montent, les regards s'affrontent, les esprits s'échauffent. La nouvelle est assez banale jusqu'à la chute, qui lui donne toute sa force et qui provoque un insidieux frisson au creux du dos. 

"Pour vivre heureux, vivons cachés", nouvelle de Frédérique Lorient, m'a semblé un peu désordonnée. Je n'ai pas réussi à rentrer dans cet univers hypersurveillé duquel Victor commence sérieusement à se lasser (jusqu'à commettre des actes que la morale réprouve). L'écriture maîtrisée, mais froide m'a empêché de m'intéresser vraiment aux personnages et à l'intrigue. Victor m'a semblé à la fois trop passif et trop envahissant et ma curiosité n'a pas été assez satisfaite quant aux explications sur l'univers qui est donné à voir. 

Avec "Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir", Laurence Rodriguez signe une nouvelle dans un monde onirique qui cache bien des choses. Danse ses rêves, une jeune fille rencontre un garçon duquel elle tombe amoureuse. S'ensuivent plusieurs discussions sur leur monde respectif, jusqu'au moment où ils décident de faire un échange. Le texte est, une fois encore, bien écrit et l'intrigue intéressante, mais j'ai trouvé qu'elle s'essoufflait un peu vers la fin, de ce fait, je n'ai pas été surprise par la chute. 

Nathalie Salvi utilise le proverbe "L'habit ne fais pas le moine", pour mettre en scène la vie d'Agathe petite fille modèle (dans les deux sens du terme), coqueluche de Modelissima. Mais, derrière les beaux habits et les sourires angéliques, l'esprit d'Agathe s'endurcit suite aux brimades de ses camarades d'école qui n'aiment pas voir leurs parents s'extasier devant sa perfection. La nouvelle, portée par un personnage très fort, est bien menée du début à la fin. L'ambiance de perfection glacée fait froid dans le dos et la rébellion d'Agathe illustre bien son mal être. Seul petit bémol, j'ai trouvé une certaine distance dans le texte qui m'a empêché d'éprouver des sentiments pour Agathe. 

"On n’est jamais si bien servi que par soi-même" est sans doute ma nouvelle préférée de l'anthologie. Elizabeth est une femme qui aime que les choses soient bien faites, à tel point qu'elle préfère effectuer bon nombre de tâches ménagères puisque personne de son entourage ne sait les faire aussi bien qu'elle. Heureusement, la société Ancilla à la solution à ses problèmes. Aussi froide et sans issue que les autres, elle a ce je-ne-sais-quoi de profond qui m'a fait frissonner. L'écriture simple et sans fioritures va droit au but et donne à l'histoire à la fois un côté touchant et terrible. Elizabeth et Jean-Pierre sont des personnages diablement bien écrits et je les ai suivis avec plaisir jusqu'à la fin (savoureuse d'ironie). 

J'aime l'écriture d'Isabel Guso depuis son inoubliable Présumé Coupable (toujours chez Griffe d'Encre (décidément, ils publient des trucs très chouettes)) et j'ai été heureuse de la retrouver à la fin de cette anthologie. "Là où frappe le professeur, une rose fleurit" nous parle du rôle de mère à travers la voix de la narratrice et ses problèmes avec sa fille, des problèmes qui grandissent en même temps que l'enfant. Comme dans Présumé Coupable, la thématique est forte, frappe là où ça fait mal (sans jeu de mots) et posent les questions qui fâchent. Je suis ressortie de ma lecture la tête pleine et le regard légèrement différent. Aujourd'hui encore, je ne sais pas trop, de manière concrète, ce que cette nouvelle m'a apporté, mais je sais qu'elle m'a apporté quelque chose.  


Le petit plus : De manière générale, la façon dont les auteurs s'approprient les proverbes.  

I.

mardi 18 septembre 2012

Appel à Textes

Le webzine Itinéraire-Bis lance un appel à texte sur le thème de la Ville.
Pour avoir plus d'infos, c'est par ici.






"Villes
Il existe une multitude de villes. Villes du passé, retracées laborieusement par les archéologues, aux secrets bien gardés par les siècles. Villes imaginaires, utopiques ou futuristes, où l’on projette les idéaux et les angoisses du présent. Villes mythiques, disparues sans laisser de traces. Villes actuelles, pauvres ou flamboyantes, celles que nous habitons ou visitons.
Les villes ont chacune une histoire et une personnalité. Carrefours des cultures, point de convergence des routes, lieu d’échanges, de commerce, de manifestations culturelles. Villes fortifiées, villes assiégées, capitales, lieux de l’Histoire, villes coloniales, avant-postes d’un rêve d’expansion. Lieu de débauche, de perdition, mais aussi d’étude, de création, des rassemblements politiques, des émeutes et des barricades.

Racontez-nous des histoires urbaines. Qu’elle soit de légende ou très réelle, la ville ne doit pas seulement être le décor de votre récit, mais un acteur à part entière, un personnage vivant et complexe. Voire, pourquoi pas, le personnage principal… ? À vous de laisser vagabonder votre imagination par rues et boulevards, dans les méandres des quartiers populaires ou bien le long de la symétrie pompeuse des quartiers d’affaire. Un seul mot d’ordre : étonnez-nous !

Envoyez-nous vos nouvelles (une par auteur) au format .doc ou .odt, 40000 signes maximum espaces compris, à l'adresse suivante : lescheminsdetraverse.rennes @ gmail.com  (supprimez les espaces)(attention: notre formulaire de contact ne fonctionne pas :/) avant le 15 décembre 2012 pour une parution fin janvier 2013. Tous genres acceptés. Pas d’exigences précises de présentation, essayez simplement de faire clair et aéré."

Aguas Calientes - P&M


Pourquoi P&M : pour les nouvelles érotiques, souvent de bonne, voir très bonne, qualité, pour les thématiques originales et pour les illustrations parfois superbes.

Couverture : pas xxxSo (couverture qui illustre aussi la nouvelle À fleur de peau d'Agnès Marot).

Auteurs : Laëtitia Genetay, Cléo Muceignet, Agnès Marot, Marie-Anne Cleden et Cindy Van Wilder, Cécile Delacour.

Nombre de pages : 52

Prix : 4 €

Quatrième de couverture : Bienvenue dans le centre de bien-être l'Armoire aux Épices. Niché au cœur d'un cadre naturel, vous y découvrirez un véritable havre de paix. Laissez-vous bercer par nos masseurs professionnels pour une harmonie parfaite entre le corps et l'esprit. Sublimez votre corps par les soins troglodytes : nos prêtresses des baumes vous ouvrent leurs sources souterraines pour des bains de plaisir.

À votre écoute et votre entière disposition, notre équipe vous propose des prestations haut de gamme afin de vous accompagner sur le chemin de la plénitude.

Mon avis :

En général, j'aime bien ce que fait P&M, je trouve ça distrayant et sympa mais sans plus (parce qu'en général, les histoires peintes sont à des lieues de l'idée que je me fais d'une relation ou de la sexualité en général). En découvrant Vanille Givrée, le webzine de P&M, j'ai décidé de revoir mon opinion (parce que les deux premières nouvelles sont drôles, fraîches et très justes (même si l'une d'elles parle de peluches)). Du coup, j'ai décidé de relire les P&M que j'avais sous la main avec un œil un peu moins critique et j'y ai éprouvé un vrai plaisir de lecture. Pourquoi commencer par Aguas Calentes alors ? Tout simplement parce qu'il s'agit de celui qui m'a le plus touché de manière générale (sans doute parce qu'il est un peu plus sombre que les autres).

"Pile ou face" de Laëtitia Genetay est une nouvelle de fantasy sombre avec un héros pile comme je l'aime. Choisir la grotte pour décor est une excellente idée, l'atmosphère s'emplit d'ombres et de vapeurs. Les personnages sont bien écrits, leurs réactions touchantes et la fin très juste. J'ai été très sensible au personnage d'Hector à cause de son expérience, de ses blessures, sans pathos ou exagération (alors que Maryse m'a semblé un peu trop caricaturale dans certaines de ses réactions). Une belle nouvelle pour ouvrir ce numéro.

La nouvelle de Cléo Muceignet, "Perles d'écumes", est sans doute celle que j'ai préférée. Écrite avec une plume sensuelle et pudique (si si ça existe), la relation entre les deux jeunes filles est décrite avec une justesse rare. D'habitude, les textes érotiques lesbiens écrits par des femmes me font lever les yeux au ciel parce que j'ai l'impression que l'auteur idéalise une telle relation, mais Cléo Muceignet manie trop bien ses personnages pour créer cette impression. J'ai été enchantée par cette lecture et j'espère pouvoir très vite lire d'autre texte de cet auteur.

J'ai une histoire un peu particulière avec la nouvelle d'Agnès Marot, "À fleur de peau", puisque j'en ai lu la première mouture sur le site Cocyclics et elle ne m'avait pas plus emballé que ça (Agnès sait assez bien pourquoi d'ailleurs :) ) du coup, je n'étais pas super motivée pour lire la nouvelle dans le zine, heureusement, je n'ai pas écouté mon manque de motivation ! Cette nouvelle est peut-être celle qui m'a le plus touché. L'évolution de l'héroïne, l'épreuve qu'elle a subie, sa manière de l'affronter et d'y faire face m'a profondément ému. La fin m'a même fait monter les larmes aux yeux. Agnès Marot est une incorrigible romantique et je pense que cette façon de voir la vie donne à ses textes une puissante note d'espoir.

"Au bonheur des dames" nous plonge dans une société parisienne début XXe siècle extrêmement bien décrite. La première scène, celle ou apparaissent les protagonistes, m'a fait faire un voyage dans le passé et je remercie chaleureusement Marie-Anne Cleden et Cindy Van Wilder de m'avoir fait assez confiance pour me laisser bêta-lire leur texte. La version finale, corrigé une fois encore par l'équipe de P&M est encore meilleure et, si je déplore toujours cette vision très féminine du corps féminin justement, je trouve que les personnages ont gagné en profondeur.

"L’élégante et le Pilote", de Cécile Delacour m'a un peu perturbé. J'ai aimé l'écriture et les personnages, mais j'ai l'impression de ne pas avoir tout compris. Pour moi, il manque un truc qui me fasse vraiment accrocher. Je ne retiens de ce texte qu'un sentiment de confusion très agréable, certes, mais de confusion quand même.


I.